Yves Desmet
Opinion

26/08/10 à 16:08 - Mise à jour à 16:08

Psychodrame

Pendant quelque temps, les résultats des dernières élections législatives ont semblé constituer une bonne base pour aboutir à un pacte entre les deux grandes communautés linguistiques du pays : deux leaders, Elio Di Rupo et Bart De Wever, avaient gagné haut la main les élections et étaient censés conclure un accord que tous les autres devraient accepter sans maugréer.

Par Yves Desmet, Editorialiste au Morgen

Le moment était propice pour arrêter la stérile guerre des tranchées communautaire qui sévissait depuis plus de trois années. Mais l'état de grâce n'a pas duré : plus les négociations traînent, plus elles ressembleront à une procession d'Echternach, où chaque accord partiel engrangé, si menu soit-il, sera suivi immédiatement par une mini-crise.

Le spectre de 2007 a fait sa réapparition, de façon inaperçue d'abord, mais inexorablement. La discrétion originelle a cédé la place à la divulgation textuelle du contenu des discussions ; les fuites et les spéculations foisonnent à nouveau de plus belle. Plutôt que de rechercher la bonne solution, chacun semble camper sur la meilleure position stratégique possible pour expliquer, le moment venu, l'échec des négociations et surtout pour justifier pourquoi son parti n'en est en rien coupable.

Le spectacle n'est guère édifiant : il est inspiré par les émotions, les calculs électoraux et la surenchère politique plutôt que par les choix réels qui s'imposent au pays. Ceux-ci ne sont pourtant pas hyper-compliqués. La population, au Nord et au Sud, ne demande pas mieux que les rivalités communautaires finissent par se dissiper. Elle ne veut pas la scission du pays, mais le règlement du problème BHV et le transfert de davantage de compétences - financières aussi - aux entités fédérées. Elle réclame un accord qui répartit équitablement les indispensables efforts budgétaires entre tous les citoyens. Elle souhaite ardemment l'élaboration d'un programme économique qui renoue avec la croissance et la prospérité.

L'accord conclu sur la réforme de la loi de financement est un méli-mélo de jolis principes. Tout le monde est servi, tout le monde est content. Sans vergogne, on a marié le feu et l'eau : voilà le parfait exemple du surréalisme à la belge. Tôt ou tard, la confrontation de toutes ces belles promesses à la dure réalité démontrera leur inanité. Après plus de septante jours de négociations, le résultat est plus que décevant.

La crainte que le prix d'un compromis ne soit trop élevé anéantit l'espoir qu'un bon accord produira de réels bénéfices aux deux communautés. Les politiciens sont prisonniers du syndrome de Stockholm, de la logique de leurs négociations quotidiennes, de l'importance démesurée qu'ils attachent au moindre progrès ou recul à la table des négociations. A l'extérieur, attend une population qui ne comprend pas que le pays est plus bloqué que jamais, malgré un scrutin on ne peut plus clair le 13 juin.

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