Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

02/10/13 à 11:36 - Mise à jour à 11:36

PS et CD&V écrivent le conte de fées belge

Le storytelling belgo-belge du PS et CD&V entend valoriser la recette belge et démontrer que notre pays relève la tête. Dernier exemple en date: l'accord culturel Flamands - francophones. Pour faire barrage à un autre storytelling: celui, flamando-flamand, de la N-VA.

PS et CD&V écrivent le conte de fées belge

© Image Globe

Le storytelling, cet art de raconter des histoires captivantes venu des Etats-Unis, vit de beaux jours en Belgique. Né lors de la campagne électorale de Ronald Reagan dans les années 1980, cette technique de communication dépasse les messages stéréotypés du marketing d'antan pour bâtir un discours à la manière d'un conte de fées. Elle permet de "vendre" une politique au sens large, de témoigner de la cohérence d'une vision.

Il suffisait d'écouter Elio Di Rupo mardi à Gand pour s'en convaincre. Avec une scénarisation digne d'Hollywood, en moins passionnant peut-être, le Premier ministre a mis bout à bout les différents accomplissements de son gouvernement, de la sixième réforme de l'Etat - vendue jusqu'à la nausée - au respect des engagements budgétaires européens en passant par la "stratégie de la relance", pour construire ce qu'il a baptisé la "recette belge". La première illustration de ce discours construit avait déjà eu lieu en juin et juillet lorsque, tour à tour, le gouvernement fédéral avait adopté les textes définitifs de la réforme de l'Etat, bouclé un budget en équilibre, conclu un accord historique sur le statut ouvriers/ employés avant de gérer une soi-disant surprenante passation de pouvoir au Palais d'Albert II à Philippe Ier. En réalité, ce climax orgasmique belgo-belge avant le 21 juillet était minutieusement programmé. Avec, en guise de soutien extra politique bien opportun, les succès sportifs des Diables rouges et le retour de Stromae qualifié de "nouveau Jacques Brel".

A la fin de son discours gantois, Elio Di Rupo posait d'ailleurs les jalons futur de ce vent nouveau belge en mettant en avant différentes personnalités en vue sur le plan international, dont le scientifique de l'ULB François Englert qui pourrait décrocher la semaine prochaine le prix Nobel de Physique pour sa découverte du boson de Higgs. Rien n'est trop beau pour vanter nos vertus.
Le modèle belge fonctionne: c'est aussi ce qu'entend démontrer l'accord de coopération culturel entre les deux principales Communautés du pays. Depuis la création des Communautés, il y a quarante ans de cela, jamais elles n'avaient rédigé de texte structurant leur dialogue. Pendant ce temps, elles multipliaient pourtant les ouvertures au monde, de Hawaï au Vietnam. Le frein? C'était le sacro-saint principe de territorialité et, plus concrètement, le célèbrissime BHV désormais rangé aux oubliettes de l'Histoire. Tandis que les milieux culturels montraient l'exemple en collaborant, du théâtre à la danse en passant par le musique, le politique restait à la traîne.

Deux femmes ont pris sur elles de briser enfin la glace, les ministres de la Culture Fadila Laanan et Joke Schauvliege. Ce n'est pas un hasard. La première est socialiste, a seconde est chrétienne-démocrate flamande: ce sont les deux formations politiques qui ont endossé la responsabilité - lourde - de montrer que le modèle belge fonctionne encore.

L'enjeu politique est crucial dans la perspective de la "mère de toutes les élections" du 25 mai prochain. Il s'agit de faire barrage au storytelling flamando-flamand construit par les nationalistes. Tout aussi minutieusement, la N-VA recense tous les exemples où notre "fédéralisme de méfiance" et les différences de sensibilité politiques entre le Nord et le Sud bloquent les réformes, empêchent de prendre des caps clairs ou de répondre aux réalités économiques de l'heure.

L'avantage de ce double storytelling? L'électeur aura un choix clair à formuler au moment de rentrer dans l'isoloir. En Flandre, surtout, où se jouera à nouveau l'avenir du pays en 2014. Et ce, même si ces deux contes de fées sont l'un et l'autre trompeurs ou excessifs.
On attend toujours, par contre, un storytelling clair bruxellois et wallon permettant d'y voir clair entre les positions des uns et des autres pour l'avenir de l'espace francophone...

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