PS - CDH : bras de fer à tous les étages

05/06/15 à 08:43 - Mise à jour à 08:43

Source: Le Vif/l'express

Les deux partenaires francophones jouent un jeu d'influences théâtral en Wallonie et se bagarrent idéologiquement à la Communauté française. Les humanistes neutralisent des socialistes fragilisés. Et les provoquent à Bruxelles, avec l'affaire Özdemir. Haute tension ?

PS - CDH : bras de fer à tous les étages

© Belga - FILIP DE SMET

Ce n'est pas encore la guerre ouverte entre socialistes et humanistes, mais les sources d'irritation se multiplient. Au risque de gripper la timide mécanique des gouvernements dirigés par les socialistes Magnette, Demotte et Vervoort. "J'ai confirmation que la situation se dégrade, on en parle beaucoup dans les couloirs du Parlement, jubile Pierre-Yves Jeholet, chef de groupe wallon du MR, dans l'opposition. PS et CDH se sont bien entendus au début pour détricoter tout l'héritage d'Ecolo, mais depuis quelques semaines, il y a des tensions presque tous les jours."

Wallonie : le CDH irrite

Tout débute un petit matin de juillet 2014. Après avoir eu des contacts sérieux avec Charles Michel après les élections pour envisager une formule rejetant le PS dans l'opposition à tous les niveaux de pouvoirs, Benoît Lutgen s'impatiente de ne plus recevoir de nouvelles de son homologue libéral. Après un dernier appel téléphonique, il accepte l'offre socialiste de composer les majorités régionales à Bruxelles et en Wallonie. "Si je ne conclus pas un accord à ce moment-là, nous aurions été dehors partout", dira-t-il plus tard. Dans l'aventure, le président humaniste exige toutefois d'être seul aux tables wallonne et francophone - le FDF s'imposant à Bruxelles. Objectif de Lutgen : être incontournable, pour gagner la négociation. "Nous avons obtenu qu'il n'y aurait pas de nouveaux impôts en Wallonie, se réjouit-on au CDH. Et nous avons exigé le respect de principes importants en matière d'enseignement."

Le résultat est palpable : les humanistes neutralisent les socialistes sur des pans entiers des politiques menées au sud du pays, en imposant leur vue en matière de fiscalité et de respect de la rigueur budgétaire. Et ils ne manquent jamais une occasion de se profiler au centre-droit. Au PS, on reconnaît que plusieurs sorties des ministres CDH ont été ressenties comme "des coups de poing dans la figure". Le ministre Carlo Di Antonio, surtout, les irrite avec ses effets d'annonce à répétition, voire les heurte de front quand il propose une gestion unique des aéroports wallons de Liège et de Charleroi ou lorsqu'il se prononce pour un service minimum aux TEC. Le vice-ministre-président Maxime Prévot n'est pas en reste avec ses plaidoyers pour l'intervention du privé dans les maisons de repos, la gestion des zonings ou des autoroutes. Même André Antoine, président du parlement wallon, ulcère le PS tant il tire la couverture à lui, anticipant une conférence de presse commune sur la Commission du renouveau démocratique par une interview solo ponctuée par ces mots : "Je ne suis pas un président d'apparat."

La majorité wallonne est, en réalité, une pièce de théâtre permanente. "Paul et Maxime s'entendent particulièrement bien, acquiesce un ministre PS. Quand il y a des tensions sur les dossiers sensibles, ils ont non seulement une compréhension des enjeux mais aussi de leurs différences. Cela leur permet à chacun de se positionner." "Sous la législature précédente, les débats au sein de la tripartite bloquaient le gouvernement, explique Christophe Collignon, chef de groupe PS. Ici, ils se font au parlement. Je préfère ça, c'est sain : cela prouve que le gouvernement fonctionne." Une forme de méthode Coué.

Communauté française : un vrai conflit

Le feu entre PS et CDH couvait davantage en Communauté française. L'arrêt de la Cour constitutionnelle tombé mi-mars, qualifiant de "facultatifs" les cours de religion et de morale dans l'enseignement officiel, a encore soufflé sur les braises. "Les choses se passaient plutôt bien jusque-là, confie un ministre socialiste. Mais cet arrêt est venu accélérer ce débat sur les cours philosophiques que nous voulions mener sereinement. Les piliers se sont réveillés, de part et d'autre : ils défilent dans nos bureaux. Dans les milieux laïques, certains se sont dit qu'après Charlie Hebdo, c'était le moment d'obtenir des avancées. Le Segec (réseau libre) n'a pas voulu rester en dehors du coup. Cela s'est crispé entre nous parce que chacun était soudain confronté à ses réalités. Mais il ne faut pas réveiller les démons de la guerre scolaire. Ce n'est plus le clivage dominant de la société."

"Ce sont là de vrais conflits parce que l'on touche à des matières qui divisent fortement PS et CDH sur le plan idéologique, commente Stéphane Hazée, chef de groupe Ecolo. Nous avons assisté ces derniers temps à de vrais actes d'hostilité." Plusieurs notes sensibles ont en effet "fuité" dans la presse, provoquant la colère de la ministre CDH en charge du dossier, Joëlle Milquet. André Flahaut, ministre PS du Budget, a provoqué de son côté un séisme en diffusant un communiqué de presse qui rappelait sa collègue humaniste à l'ordre et exigeait la création de deux heures de cours de citoyenneté.

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec :

  • l'agacement de Marie-Martine Schyns, cheffe de groupe CDH au parlement francophone
  • la bombe Milquet
  • Bruxelles : le pied de nez de Lutgen au PS

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