Procès Sadia Bis : le père et la mère condamnés à 25 et 15 ans de prison

20/12/12 à 06:25 - Mise à jour à 06:25

Source: Le Vif

Mahmood Shiekh Tariq et Parveen Zahida ont été condamnés jeudi par la cour d'assises de Namur à respectivement 25 et 15 ans de prison pour l'assassinat de leur fille Sadia, en octobre 2007.

Procès Sadia Bis : le père et la mère condamnés à 25 et 15 ans de prison

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Les jurés ont retenu la gravité extrême des faits commis à l'encontre de la victime "brillante, aimée de tous et promise à un bel avenir". Ils estiment que les parents ont agi avec un mépris inadmissible pour la vie humaine, et qui plus est à l'égard de leur propre fille.

Concernant le père, la cour considère qu'il a manqué à ses promesses vis-à-vis de sa fille, et ce pour qu'elle se soumette au mariage arrangé avec son fiancé pakistanais. Il a choisi la pire des solutions en éliminant sa fille pour rétablir l'honneur bafoué de la famille, a-t-on relevé.

En outre, plutôt que d'accomplir la matérialité des faits lui-même, il a fait exécuter l'acte par son propre fils, a pointé la cour, qui a aussi dénoncé son absence totale de remords.

Pour ce qui est de la mère, la cour a retenu son chantage affectif. "Elle a usé de l'ascendant qu'elle avait sur son fils pour l'emmener dans l'entreprise criminelle." La soeur de Sadia, Tahira, s'est interrogé à l'annonce du verdict. "Vous trouvez normal de condamner des gens vieux et malades? Ont-ils seulement commis ce crime?"

La cour n'a pas donné une peine contre une crime, mais contre une civilisation dont ils ont peur, estime-t-elle. "Rien ne prouve que mes parents sont coupables, je suis dégoûtée. La cour nous a pris nos parents alors qu'on a déjà perdu une soeur, et que ma petite soeur et mon frère sont en prison. Ils n'ont pas compris", a conclu Tahira.

En décembre 2011, lors du premier procès, le père avait écopé de la même peine, tandis que la mère avait été condamnée à 20 ans.

Pour rappel, Mahmood Shiekh Tariq et Parveen Zahida avaient été condamnés respectivement à vingt-cinq et vingt ans de prison en décembre 2011 après qu'ils aient été reconnus coupables par la cour d'assises du Hainaut de l'assassinat de leur fille. Il avaient introduit un pourvoi en cassation, d'où ce second procès devant la cour d'assises de Namur.

Pour le jury, "si les auteurs matériels sont Mudusar (frère de Sadia) et Sariya (soeur de Sadia), Mahmood Shiekh Tariq et Parveen Zahida ont directement participé aux faits par une stratégie concertée".

Les avocats de la défense avaient plaidé mardi l'acquittement de leurs clients. "Encore une fois, on n'a rien compris! C'est quoi la preuve? On veut condamner pour condamner? Je ne crois plus en la justice", a commenté Tahira, une des soeurs de Sadia.

Le procès aura permis de prendre en compte la condition de la femme

Le procès des parents de Sadia Sheikh aura eu le mérite de prendre en compte la condition de la femme face à la problématique des crimes d'honneur, estime jeudi l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes, partie civile au procès. "Beaucoup de travail doit encore être accompli pour sensibiliser les pouvoirs publics, la police, le parquet, l'opinion publique", ajoute l'institut.

"Aujourd'hui, la cour d'assisses de la province de Namur vient de reconnaître l'action de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes en tant que service de lutte contre les inégalités fondées sur le sexe", a réagi Michel Pasteel, directeur de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes.

L'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes s'était constitué partie civile afin que, pour la première fois en Belgique, le crime d'honneur soit condamné, le sexe de la victime étant reconnu comme circonstance aggravante et la tentative de mariage forcé sanctionnée. "C'est la première fois, après le premier arrêt de la cour d'assises de la Province de Hainaut, en Belgique qu'un tribunal prononce une condamnation pour une tentative de mariage forcé", indique l'IEFH. "Nos études tendent à montrer que nous ne voyions que la face visible de l'iceberg et qu'il est difficile pour les victimes de dénoncer ces faits", conclut Michel Pasteel.

L'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes est l'institution publique fédérale chargée, depuis 2002, de garantir et de promouvoir l'égalité des femmes et des hommes et de combattre toute forme de discrimination et d'inégalité basée sur le sexe.

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