Procès Abdeslam: "Mon silence ne fait pas de moi un criminel"

05/02/18 à 06:20 - Mise à jour à 11:25

Source: Afp

Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos jihadistes qui ont attaqué Paris le 13 novembre 2015, jugé à Bruxelles dans un autre dossier, a exprimé lundi, dés le début de ce procès son refus de répondre aux questions.

Procès Abdeslam: "Mon silence ne fait pas de moi un criminel"

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"Je ne souhaite répondre à aucune question", a indiqué lundi matin Salah Abdeslam devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. "On m'a demandé de venir, je suis venu. Il y a un procès et j'en suis l'acteur, on m'accuse, je suis ici, je garde le silence, et mon silence ne fait pas de moi un coupable ni un criminel. Il y a des preuves tangibles et scientifiques dans le dossier, je veux qu'on me juge sur ça."

Il s'est muré dans le silence devant les enquêteurs depuis son incarcération en France en avril 2016.

Salah Abdeslam comparaît pour la première fois publiquement lundi à Bruxelles, pour sa participation présumée à une fusillade avec des policiers à la fin de sa cavale en mars 2016 à Bruxelles.

Ce procès en correctionnelle n'est qu'un préambule à celui qui aura lieu en France pour les attentats qui y ont fait 130 morts. Mais il est très attendu pour savoir si le petit délinquant devenu "ennemi public numéro un" sortira du mutisme qu'il observe face aux enquêteurs français.

Ayari confirme qu'il a passé plusieurs semaines rue du Dries avec Abdeslam et Belkaïd

Sofien Ayari a admis lundi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles qu'il se trouvait bien dans l'appartement de la rue du Dries, à Forest, le 15 mars 2016, avec Mohamed Belkaid et Salah Abdeslam. Il y a passé "plusieurs semaines" mais dit ne pas savoir qui louait l'appartement. Sofien Ayari s'occupait surtout des courses, avec de l'argent fourni par Belkaïd, selon lui. Il dit ne pas se rappeler si les armes qui ont été retrouvées dans l'appartement étaient déjà là lorsqu'il est arrivé.

L'auteur de l'attentat à Brussels Airport le 22 mars, Ibrahim El Bakraoui, est venu plusieurs fois rue du Dries, principalement pour voir Belkaïd, a aussi affirmé le prévenu.

Procès Abdeslam: "Mon silence ne fait pas de moi un criminel"

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Sofien Ayari est arrivé en Allemagne avec un flot de migrants, rencontrant en route Osama Krayem, soupçonné d'avoir acheté les sacs utilisés pour les attentats de Bruxelles. Son objectif n'était "pas forcément" de se rendre en Belgique, selon lui. La présidente lui a fait remarquer que des faux papiers au nom des deux hommes avaient pourtant été confectionnés en Belgique une semaine avant que Salah Abdeslam ne vienne les chercher en Allemagne, le 3 octobre. Pendant les semaines suivantes, il n'a "rien fait de spécial".

Interrogé sur la présence sur un mur de l'appartement d'un drapeau de l'organisation djihadiste Etat islamique (EI), le prévenu, qui s'exprime de plus en plus par la voix d'un interprète, n'est "pas toujours d'accord" avec l'EI, a-t-il affirmé, précisant seulement qu'il soutenait les actions du groupe contre Bachar al-Assad. Au moment de l'intervention policière, Sofien Ayari affirme qu'il était dans la pièce du fond de l'appartement. Selon lui, seul Belkaïd a tiré sur les agents. Après un premier échange, il a trouvé ce dernier allongé, apparemment inconscient, et a pensé qu'il était mort. Sofien Ayari refuse régulièrement de répondre aux questions plus détaillées de la présidente Marie-France Keutgen, indiquant qu'il s'en tenait aux déclarations faites lors de ses auditions et qu'il ne voulait pas en dire davantage.

La constitution de partie civile de V-Europe mise en continuation au 29 mars

Après une dizaine de minutes d'interruption, l'audience a repris devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. La question de la constitution de partie civile de l'association de victimes des attentats de Bruxelles V-Europe a été mise en continuation au 29 mars.

Afin de respecter les droits tant de la partie civile que de la défense, le tribunal a décidé de mettre la question en continuation.

Les débats au fond vont donc bien avoir lieu cette semaine, mais V-Europe n'aura pas la parole. La position de la défense est attendue pour le 22 février.

Luc Hennart : "Il y aura débat sur la peine maximale qui peut être infligée"

Luc Hennart.

Luc Hennart. © Belga

L'ampleur de la peine à laquelle pourront être condamnés Salah Abdeslam et Sofien Ayari, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, fera inévitablement l'objet de débats entre le procureur fédéral et la défense, a expliqué lundi matin le président du tribunal de première instance de Bruxelles, Luc Hennart. La loi permettant la correctionnalisation de tels dossiers, entre-temps annulée par la Cour constitutionnelle, prévoyait qu'une peine de 40 ans pouvait être infligée.

Les centaines de journalistes accrédités ont mis de longues minutes à pénétrer dans le palais de justice lundi matin, en raison des mesures de sécurité particulières mises en place par la police.

Même s'il concède que son téléphone a particulièrement chauffé durant les derniers jours précédant ce procès "incontestablement hors-norme", Luc Hennart se dit "serein et heureux" du déroulement des événements jusqu'à présent.

Le président du tribunal de première instance a fait face à de nombreuses questions sur l'ampleur de la peine qui pourrait être infligée aux deux prévenus. "Il y aura des débats", prévoit-il. "C'est une conséquence de l'arrêt qui a annulé la loi sur la correctionnalisation de tels faits. Si le procureur réclame 40 ans de réclusion, il est probable que la défense fera valoir que la peine maximale est de 20 ans."

En principe, le procès devrait débuter à 8h45, par la lecture des faits reprochés aux prévenus par la présidente Marie-France Keutgen.

La constitution de partie civile attendue d'une association de victimes des attentats de Bruxelles n'entraînera pas de report, a encore assuré M. Hennart.

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