Benoit Mathieu
Journaliste Trends Tendances, spécialiste de l'énergie et des marques (retail).
Opinion

30/11/12 à 12:54 - Mise à jour à 12:54

Prix de l'énergie : une cacophonie regrettable

Certains craignent la fin du monde pour décembre 2012. En Belgique, c'est plutôt le 1er janvier 2013 qui fait fantasmer : le Belge pourra-t-il encore allumer la lumière ou se faire cuire un oeuf sans voir sa facture instantanément exploser ? Il est temps que le gouvernement siffle la fin de la récréation. Et de remettre certains points sur les "i".

Prix de l'énergie : une cacophonie regrettable

© Thinkstock

A la base, pourtant, tout était simple. En avril, le gouvernement décidait de geler les prix de l'électricité et du gaz. Pour neuf mois, grand maximum. Le temps de prendre une série de mesures correctrices, dont celle-ci : faire divorcer l'évolution des tarifs des humeurs du pétrole afin de la faire coller aux Bourses européennes de l'électricité et du gaz. Une excellente idée. Alors, bien sûr, d'autres priorités se sont invitées à l'agenda fédéral : boucler un budget, par exemple...

N'empêche, le gouvernement a loupé le coche. A un mois de l'échéance fatidique, deux visions s'affrontent toujours. Même pas sur le principe de base, mais sur une modalité d'application : faut-il prévoir une période de transition laissant le temps à certains fournisseurs de s'adapter aux nouvelles règles du jeu ? Oui ou non ; au final, peu importe. La question aurait dû être tranchée depuis belle lurette. A présent, ce sont les fournisseurs eux-mêmes qui demandent que soit sifflée la fin de la récréation. Les patrons de Lampiris viennent de se fendre d'une lettre adressée aux ministres en charge du dossier, leur demandant d'enfin mettre un terme à l'insécurité juridique qu'ils ont instaurée. Cela fait mauvais genre. Une énième tentative pour trouver un compromis ministériel se déroulait ce matin même.

Les fournisseurs feront ce qu'ils veulent en janvier ! Les prix vont augmenter d'un coup de 15% ! Voilà ce que l'on entend, de-ci, de-là. Quelques précisions. Même si l'arrêté fixant les nouvelles règles n'est pas prêt - une option qui devient plus que vraisemblable -, le régulateur de l'énergie est toujours là pour veiller à ce que les (anciens) paramètres d'indexation soient correctement appliqués. Selon les estimations, ces paramètres auraient grimpé d'environ 14 % pour l'électricité et de 8 à 13 % pour le gaz. Pas de panique, déjà : cette hausse ne concerne que la composante "énergie" de la facture, soit environ 40 % du total de la douloureuse. Votre facture ne grimpera donc pas de 15 %. Et puis : à quoi s'attendait-on ? Le Belge, grand ingénu, espérait-il vraiment qu'un tarif gelé neuf mois durant parte à la baisse une fois libéré ? Même en suivant le cours des Bourses, la facture allait s'alourdir. Forcément : sur les marchés, le gaz est plus cher en hiver que durant le printemps. C'est la logique même.

Autant s'y faire dès maintenant. A moins que l'on ne découvre d'immenses réserves de gaz dans ses anciens charbonnages, en Belgique, la facture énergétique ne fera vraisemblablement qu'augmenter - aux autorités publiques d'encadrer le mieux possible ce mouvement. Parce que la Belgique ne dispose, jusqu'à nouvel ordre, d'aucune réserve de pétrole ou de gaz. Parce que l'inévitable développement des énergies renouvelables nécessitera encore des mesures de soutien public. Parce que d'énormes investissements dans les infrastructures attendent les gestionnaires des réseaux (lire le dossier sur les tarifs de distribution dans le Trends-Tendances paru ce jeudi). Se plaindre ne changera rien ; autant consacrer ce temps à se demander comment mieux (donc moins) la consommer, cette énergie.

Et surtout : comparez ! Certains fournisseurs sont nettement moins chers que d'autres, à l'heure actuelle. Et ce sera toujours le cas au mois de janvier. Il n'est pas dit non plus que tous les fournisseurs augmenteront leurs tarifs. La preuve : flairant le bon coup marketing, l'un d'entre eux a annoncé, cette semaine, que le prix de son gaz baissera (très légèrement, mais tout de même) en janvier 2013, suite à une compression de ses coûts. On vous le rappelle, pour la route : changer de crémerie, c'est gratuit. Au cas où.

Benoît Mathieu

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