Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

14/05/13 à 12:20 - Mise à jour à 12:20

Prisons : le tour de vis coulait de source

Ce mardi, la Chambre devrait voter la réforme de la "loi Dupont", réduisant du coup les droits des détenus et renforçant ceux des directeurs et gardiens de nos prisons.

Prisons : le tour de vis coulait de source

© BELGA

Une réforme-réaction, après la multitude d'incidents survenus ces dernières années dans le milieu carcéral belge (évasions et tentatives d'évasion violentes, avec prises d'otage, agressions de gardiens, grèves, etc). Une réforme-prolongement aussi, après celle qui a durci, l'an passé, les conditions de libération anticipée, en écho à l'indignation d'une partie de la population, et de la presse, et de la classe politique, suscitée par la sortie de geôle de Michelle Martin.

Une réforme presque logique, donc. Bien dans l'air du temps, en tout cas, qui voit se succéder les revendications et les décisions des autorités de pratiquement tous les secteurs rabotant les droits pour accroître les obligations, d'un peu tout le monde. Et donc, pour sécuriser les pénitenciers belges, en attendant d'en construire de nouveaux, plus modernes, plus solides, plus spacieux, les détenus seront désormais davantage et plus lourdement sanctionnés, plus souvent intégralement fouillés, responsables des dégâts qu'ils auront causés, punis si on trouve des objets interdits (comme des GSM) dans leur cellule... En regardant froidement les choses, on mentirait en affirmant que toutes les mesures de la réforme sont scandaleuses. Plusieurs d'entre elles relèvent même du bon sens, de l'évidence. Et de s'interroger : pourquoi n'était-ce donc pas le cas, déjà ?

"Ces mesures incarnent aussi "un retour en arrière", déplore l'Observatoire des prisons et la Ligue des droits de l'homme. Ce n'est pas faux, puisque cette réforme annule des modus vivendi et operandi coulés en loi en 2005. Une nouvelle fois, elles sont prises sous la pression de l'émotion. Et elles ne règlent pas la question de la surpopulation carcérale, ni l'insuffisante formation des gardiens, ni les soucis causés par le taux d'absentéisme de ces gardiens, dû à des droits acquis (là aussi) autant qu'à la pénibilité du travail. Elles induisent un risque d'humiliation systématique des prisonniers. Elles réduisent encore les possibilités de réinsertion dans "la vraie vie", la peine purgée. Elles pénalisent les détenus non dangereux (le plus grand nombre), qui paient le régime imposé aux plus violents. Elles n'apaiseront rien.

Oui.

Mais elles reflètent ce que notre société est devenue, en quelques années, sous la pression des crises de tout type, d'une nouvelle libération de la parole individuelle et collective et d'une façon très "audimative" de gouverner (comme de faire opposition aux gouvernants) : toujours plus radicale et convaincue que ce qu'on appelait le progressisme n'a mené qu'au laxisme, à la passivité, à l'impunité.

Et qu'il est donc temps de siffler la fin de la récréation. En serrant la vis partout.

On peut le déplorer. Mais pas s'en étonner.

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