Près de 450 détenus considérés comme radicalisés au début de 2018

29/05/18 à 18:40 - Mise à jour à 18:41

Source: Belga

Près de 450 prisonniers étaient considérés comme étant radicalisés, selon un recensement communiqué en janvier de cette année. Parmi eux, 237 déténus, condamnés ou internés faisaient l'objet d'un suivi par la Sûreté de l'Etat et par la cellule extrémisme de la Direction des établissements pénitentiaires. La Sûreté de l'Etat a identifié environ 210 autres détenus présentant des indices de radicalisation éventuelle mais pouvant faire l'objet d'un suivi plus flexible.

Près de 450 détenus considérés comme radicalisés au début de 2018

La prison d'Ittre. © BELGA/Nicolas Maeterlinck

Les chiffres figurent dans le rapport de la commission d'enquête parlementaire mise sur pied après les attentats du 22 mars 2016, dont un chapitre est consacré au radicalisme dans les prisons.

"Le lien entre le radicalisme (violent) et l'enfermement n'est pas neuf. L'effet de la privation de liberté, couplé aux codes en vigueur au sein de la communauté carcérale, constitue un terreau très fertile pour l'émergence ou la recrudescence d'opinions radicales. Un grand nombre d'auteurs radicalisés d'actes terroristes ont un passé carcéral. Cette constatation vaut également pour certains auteurs des attentats du 22 mars", note la commission.

"De plus en plus souvent, des idées inspirées par une forme radicale de l'islam s'expriment ouvertement dans les prisons belges. Si le trafic de stupéfiants et d'autres faits similaires déterminaient déjà depuis longtemps les relations entre les détenus, le radicalisme religieux s'y est ajouté en tant qu'élément de structuration de ces relations", ajoute-t-elle.

Les prisons d'Ittre et de Hasselt disposent d'une aile réservée aux meneurs, recruteurs et idéologues afin de les isoler des autres prisonniers. Cinq prisons disposent d'une équipe satellite destinée à accueillir les détenus devant faire l'objet d'un suivi particulier (Andenne, Lantin, Saint-Gilles, Bruges et Gand).

Trois objectifs sont assignés à la politique balbutiante de déradicalisation en prison: confinement, normalisation et désengagement. Il est ressorti des auditions menées par la commission que le confinement ne peut être parfaitement étanche. Les détenus font preuve de beaucoup de créativité pour continuer à communiquer, par exemple en criant la nuit d'une aile à l'autre dans une langue inconnue des gardiens, en transmettant des messages lors des promenades, etc. L'objectif d'un désengagement des détenus est le moins avancé et, à entendre les directeurs de prison, semble relever du voeu pieu dans un contexte d'enfermement déjà très peu propice à la réinsertion du détenu lambda.

Le seul objectif le mieux atteint semble être celui de la normalisation du régime de détention afin d'en éviter les effets préjudiciables. La commission a formulé plusieurs recommandations, notamment l'évaluation et la recherche de bonnes pratiques, la formation et la sensibilisation du personnel, l'amélioration de l'accompagnement religieux (les conseillers islamiques sont souvent rejetés par les détenus radicalisés) et l'échange d'informations entre les différents services: prisons, services de renseignement mais aussi tribunaux d'application des peines. Le problème est épineux car en général l'information est confidentielle: elle provient des services de renseignement ou d'une enquête en cours. Ainsi, lorsque le tribunal d'application des peines a dû se prononcer sur le cas de l'un des kamikazes du 22 mars, Ibrahim El Bakraoui, le dossier ne contenait aucun élément relatif à sa radicalisation.

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