Prépension dans l'enseignement : "Nous visons 58 ans au lieu de 55 ans"

30/11/10 à 14:05 - Mise à jour à 14:05

Source: Le Vif

La négociation sectorielle 2012-2013 entre syndicats et Communauté française débute dans un contexte de sécheresse budgétaire. En ligne de mire : le départ à 55 ans. Marie-Dominique Simonet se prépare à des discussions agitées. Interview.

Prépension dans l'enseignement : "Nous visons 58 ans au lieu de 55 ans"

© Frederic Pauwels

Voilà, on y est. Et ça commence fort. "Nous avons placé cette négociation sous haute surveillance", avertit Pascal Chardome, de la CGSP-Enseignement. Dans sa première phase, qui porte sur le statut et les conditions de travail des enseignants - elle débute par une mise en jambes : il s'agit de s'accorder sur le calendrier et la méthode. Mais elle contient déjà des motifs de fâcherie : notamment, ce serpent de mer, le système qui permet aux enseignants de dételer à 55 ans. Auquel il faut trouver une alternative, sans avoir les moyens de la rendre plus attrayante.

Le Vif/L'Express : Alors que vous entamez la négociation sectorielle, vos relations sont-elles tendues avec les syndicats enseignants ? En tout cas, ils ont déjà annoncé un arrêt de travail le 30 novembre.

Marie-Dominique Simonet : C'est assez logique dans ce contexte privilégié et important, tout le monde se rappelle à mon bon souvenir.

Il y sera question du fameux décret "Robin des bois", qui invite les écoles les mieux dotées à abandonner des moyens au profit des établissements les plus démunis.

Si on veut améliorer la qualité de notre enseignement, il y a des actions à mener dans les endroits les plus difficiles. L'exécutif a décidé de débloquer, en 2009, 15 millions d'euros et en 2010, 10 millions d'argent frais pour l'encadrement différencié. Il restait à trouver 15 millions : 7 millions seront des moyens nouveaux. Restaient 8 millions. On les prendra via le système des vases communicants : les écoles les plus favorisées vont réduire leur personnel et leurs subventions pour soutenir les établissements dans le besoin. C'est de la solidarité.

Au printemps dernier, n'aviez-vous pas renoncé à cette piste ?

Non, je n'ai jamais dit cela. Ce sont les journalistes qui l'ont écrit.

Vous ne reculerez pas ?

Non. Il faut rappeler qu'il s'agit de 8 millions sur 40 millions d'euros mobilisés pour l'encadrement différencié. Et par rapport à nos voisins européens, notre enseignement figure parmi les mieux financés. Je n'invente rien : c'est un constat.

Une "peccadille" en quelque sorte, les efforts que vous demandez aux écoles pour atteindre ces 8 millions ?

Non ! Aucune école n'a jamais trop. Mais il n'y a jamais non plus de gouvernement qui a trop d'argent. Je rappelle que, depuis un an et demi, j'ai mis en place un bouclier en faveur de l'enseignement. Tout doit-il toujours se traduire par des moyens nouveaux ? Ne faut-il pas accepter certaines modifications au sein d'une enveloppe budgétaire ? En Communauté française, contrairement à nos voisins, on n'a perdu aucun emploi. Dans un contexte de crise, nous avons maintenu son niveau, voire même nous avons crée de l'emploi. L'encadrement différencié, ce sont 32 millions d'euros d'argent frais, qui se traduisent par 750 nouveaux emplois dans les écoles. Le bouclier, c'est bien cela. En France, on supprime 16 500 postes rien que sur l'année 2011. C'est autre chose, non ?

Il faut é-co-no-mi-ser. Allez-vous économiser sur les fins de carrière ?

Je ferai ce qui est écrit dans la déclaration de politique communautaire.

C'est-à-dire ?

On ne touche pas à l'âge de la pension. Mais le modèle actuel de départ à la prépension va évoluer : son âge sera relevé, le gouvernement vise 58 ans au lieu de 55 ans. C'est ce qu'ont fait la Flandre et les germanophones. Mais il y aura des modalités à négocier, avec une période transitoire, un phasing-out. Tout cela doit être négocié.

Donc, à partir de 2012, c'est bien fini les DPPR à 55 ans ?

Je négocierai avec les syndicats, mais l'objectif est 58 ans.

L'arrivée d'un troisième partenaire dans ces négociations, à savoir les pouvoirs organisateurs, fait aussi des vagues.

Il ne fallait pas retarder les négociations. Elles commenceront donc à deux : syndicats et gouvernement. Et elles se termineront à trois : syndicats, gouvernement et pouvoirs organisateurs, puisque, entre-temps, le décret tripartite sera voté au parlement.

Cela risque d'être mouvementé. Les syndicats refusent de négocier avec les PO. Ils craignent qu'ils ne s'immiscent dans les dossiers sociaux.

Les syndicats n'en veulent pas, les PO en veulent. Le gouvernement a tranché : les PO seront associés à la négociation. Pourquoi ? Parce que le contenu de l'accord sectoriel a une incidence sur l'organisation des écoles. C'est une première, ce sera sans doute peu confortable.

Les Assises de l'interculturalité recommandent le port du voile dans les écoles. Cette proposition n'est pas si éloignée de la vôtre. Le gouvernement PS-CDH-Ecolo ne vous a pas suivie ?

Ma proposition est différente. Celle des Assises est binaire : interdire le voile jusqu'en 3e secondaire, et l'autoriser à partir de la 4e. Je propose de l'interdire jusqu'en 3e secondaire, et de laisser le choix aux élèves à partir de la 4e, mais si et seulement si l'école a préalablement décidé de l'autoriser. Les recommandations des Assises sont sur la table, il y a des réflexions intéressantes, mais nous n'allons pas nous y engouffrer et leur donner force de loi.

Mais rien n'est encore déposé sur la table du gouvernement.

On attend encore des décisions de la Cour constitutionnelle. Ensuite, on relancera la discussion. Je fais partie de ceux qui veulent un décret sur le voile.

Quand ?

Je n'ai pas d'objectif. Quand on n'est pas tout seul, on n'est pas tout seul...

Sur le décret Inscriptions, l'enseignement libre affirme qu'il n'a pas accru la mixité sociale ?

Je l'ai déjà dit : il s'agit d'un décret pour s'inscrire, sans files, sans bulles, dans la transparence et la sérénité. Ça, on n'a jamais voulu l'entendre. Mon décret donne un coup de pouce à la mixité, là où il y a une demande, là où les écoles sont complètes. Nous n'avons jamais dit que l'on allait envoyer des bus de Charleroi dans le Brabant wallon, pour forcer la mixité.

Mais les décrets Arena et Dupont voulaient encourager la mixité sociale.

Non, on a assisté à une volonté de désinformation. Soyons clair : le décret Arena, ce n'était pas un décret de mixité sociale, il s'agissait d'organiser les inscriptions. C'est pourquoi le décret fixait une date unique d'inscription. Le décret Dupont a été fait pour supprimer les files Arena et introduire de la mixité. Pourquoi avons-nous revu le décret Dupont ? Pour éliminer les bulles d'inscriptions multiples, pas parce qu'il injectait un peu de mixité. La mixité est un objectif mais il faut que la volonté soit là.

Vous n'apporterez pas de modifications au décret Inscriptions ?

Il y aura des affinements. Il évoluera à la marge, puisqu'il sera évalué tous les deux ans. Mais c'est le meilleur système : les représentants du libre que vous citez l'ont affirmé clairement. Même dans les écoles complètes, celles où il y a de la tension, 93 % des élèves ont eu leur premier choix. Dans toute la Communauté française, c'est presque 99 %. C'est colossal. On ne peut pas faire mieux.

Un décret Inscriptions pour l'école primaire n'est pas dans vos plans ?

Non.

Il y existe aussi des passe-droits, non ?

On me dit que tout va bien. S'ils existent, il faut les dénoncer.

L'athénée royal de Watermael-Boitsfort fermera en septembre prochain. On manque pourtant d'écoles à Bruxelles.

Le dossier a été redéposé jeudi dernier sur la table du gouvernement.

Jean-Marc Nollet [NDLR : en charge des bâtiments scolaires] affirme que le problème vient avant tout du manque d'élèves.

Reprenez les faits et les documents. En juillet dernier, j'ai accordé une dérogation pour que l'établissement puisse continuer à fonctionner. Dans les documents, il n'est pas écrit qu'il s'agit de la dernière dérogation ! Il n'est pas écrit non plus qu'une dérogation ne peut se donner qu'une seule fois... Charles Picqué a entendu la même chose que moi : à ce moment-là, en juillet, il n'était pas question de fermeture. Puis le 7 octobre, l'exécutif a décidé de le fermer.

Chaque ministre se renvoie la balle...

C'est une décision du gouvernement que chacun doit assumer. Il faut se montrer uni. Moi, en tout cas, je suis loyale.

PROPOS RECUEILLIS PAR SORAYA GHALI

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