Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

19/04/13 à 08:49 - Mise à jour à 08:49

Préparons nos mouchoirs

Ce n'était pas forcément toujours mieux avant. Mais ce sera sans doute moins bien demain. Parce que face aux nouvelles donnes économiques mondiales, les systèmes actuels - mis en place depuis parfois belle lurette, obtenus souvent de haute lutte et répondant alors à des besoins légitimes - ne vont plus pouvoir tenir, tels quels, très longtemps. Et ils seront remplacés par des modèles moins alléchants.

Les systèmes actuels ? On parle des pensions, des salaires, des allocations sociales, de ce qu'on peut considérer dans beaucoup de cas comme des avantages, voire des privilèges, pour la majeure partie des citoyens.

C'est tout ce pan de vie, bien installé en Belgique, qui tremble sur ses bases, là, en ce moment, et qui devrait à moyen terme être abattu pour faire place à de nouveaux édifices, érigés par la prise de "mesures structurelles" que réclament toujours plus d'experts et de dirigeants. Cette revendication, qui fait écho aux projets de réformes en cours (réforme fiscale, réforme des pensions, réforme salariale, réforme des statuts ouvrier et employé, réforme des soins de santé, réforme du chômage, réforme du travail, réforme des allocations familiales...), équivaut à s'attaquer à des piliers. A des tabous. A des acquis. Et donc, oui, elle déclenche hurlements et panique, très naturellement. L'inverse serait interloquant.
Mais on aura beau dénoncer les risques - l'appauvrissement d'une (grande) partie de la population, toutes générations confondues -, on aura de plus en plus de mal à contester l'indispensabilité de ces réformes. La crise économique, le vieillissement de nos populations, la concurrence de pays "émergents", le basculement du centre de gravité industriel, les nouveaux modes de production et de consommation, l'harmonisation des politiques européennes, entre autres, sont d'une telle ampleur, et provoquent une telle urgence, que refuser d'admettre la nécessité d'autres systèmes relève de l'aveuglement.

Ainsi, la semaine dernière, la Commission européenne a à nouveau encouragé la Belgique à repenser sa politique salariale : parce que le coût moyen d'une heure prestée (37,2 euros) est trop élevé et parce que ces quatre dernières années, le salaire horaire moyen a augmenté plus qu'ailleurs. Comme il l'explique au Vif/L'Express, l'économiste Eric De Keuleneer prône du coup une réforme de l'augmentation barémique des salaires, soit de la clé de voûte du système de rémunération des cadres et des employés. Une révolution, donc.

Et côté pensions, ce lundi 15 avril, douze experts académiques ont été chargés de préparer des propositions concrètes pour l'année prochaine. Parmi les objectifs des mesures visant la période 2020-2040 : éviter que l'Etat ne puisse plus payer les pensions et que le travailleur retraité ne puisse toucher ce que l'épargne-pension et l'assurance-groupe lui garantissaient comme revenus, malgré le montant de ses cotisations durant sa carrière. Et il y a de quoi s'activer : 25 % de la population aura plus de 65 ans en 2060. Dans le même temps, le nombre de travailleurs actifs diminuera : de 2,5 pour un pensionné aujourd'hui à 1,5 pour un pensionné en 2040. Or, si les dépenses de l'Etat pour les pensions représentent 10,1 % du PIB actuellement, elles pèseront 16,2 % dans moins de 50 ans.

Les réformes sont donc indispensables. Elles sont inévitables. Et elles ne promettent pas, pour nos enfants comme pour nous-mêmes, des lendemains plus radieux. Le savoir et s'y préparer devrait permettre qu'ils soient moins douloureux.
THIERRY FIORILLI

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