Ann Peuteman
Ann Peuteman
Ann Peuteman est rédactrice pour Knack
Opinion

30/09/13 à 11:00 - Mise à jour à 11:00

Pourquoi Maggie De Block a raison à propos de Navid Sharifi

La Belgique a un besoin urgent de critères clairs et objectifs pour la régularisation de jeunes réfugiés qui ont déjà construit une vie ici.

Pourquoi Maggie De Block a raison à propos de Navid Sharifi

© Belga

La Belgique a un besoin urgent de critères clairs et objectifs pour la régularisation de jeunes réfugiés qui ont déjà construit une vie ici.

Navid Sharifi est un garçon sympathique. Souriant, agréable à regarder, parfaitement intégré et un bon plombier. Il se rapproche fort du voisin idéal et même du gendre idéal. Du moins, pour autant que nous le connaissons en Belgique et abstraction faite de ses antécédents, sur lesquels nous n'avons pas encore de certitude.

Des centaines de Belges - parmi lesquels de nombreux politiques - estiment donc qu'il doit pouvoir rester en Belgique. Il leur semble insensé de le renvoyer en Afghanistan, un pays où il n'a plus mis les pieds depuis sa petite enfance et dont il se souvient à peine. Et c'est évidemment le cas.

Pourtant, la Secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Maggie De Block (Open VLD) a raison de ne pas intervenir dans la procédure de régularisation du garçon. Ou alors, nous voulons vivre dans un pays où une femme a le droit de juger de la vie de garçons et de filles nés du mauvais côté de la planète? Sommes-nous vraiment d'avis que quelqu'un puisse exercer son pouvoir seulement parce qu'il a été élu aux dernières élections ? Une impératrice romaine semblable - pour employer les mots de Maggie De Block - se retrouverait inévitablement et sans le vouloir prise au piège dans l'engrenage de l'arbitraire. De Block permettrait-elle à tous les jeunes pour lesquels au moins cent Belges descendent dans la rue de rester en Belgique? Ou le jeune réfugié en question devrait-il présenter une carte de membre d'un mouvement de jeunesse ou un contrat de travail fixe ? Ce n'est en aucun cas à la Secrétaire d'État d'appliquer ces critères, car jusqu'à nouvel ordre celle-ci est censée appliquer les lois existantes. Ou faire des propositions et les adapter.

Cependant, elle n'est pas la seule à pouvoir tenter de modifier les règles du jeu : les nombreux parlementaires qui aiment pousser de hauts cris et descendent même dans la rue lorsqu'un réfugié médiagénique est expulsé en sont également capables. Parce que n'oublions pas que ce n'est pas la première fois que nous remarquons que la loi présente des lacunes. L'année passée, le jeune soudeur Parwais Sangari a été expulsé en Afghanistan. Quelques mois avant, Scott Manyo, un chef scout de Boortmeerbeek, avait été sur le point d'être renvoyé au Cameroun. Au dernier moment, De Block lui a permis de rester jusqu'à l'obtention de son diplôme.

Toutes ces histoires montrent que la loi pourrait être revue. Il semble impropre à une nation civilisée de renvoyer des jeunes parfaitement intégrés et n'ayant aucune affinité avec leur pays natal pour la simple raison qu'ils ont eu dix-huit ans. Si des mineurs non accompagnés fuyant la guerre, la maltraitance, la négligence ou quoi ce soit, continuent à affluer en Belgique, c'est au législateur à établir des règles que la plupart des Belges peuvent comprendre et considérer comme acceptables et même justes. Peut-être pourrions-nous permettre aux jeunes demandeurs d'asile de terminer leurs études avant d'être expulsés. Ou nous pourrions décider de ne pas renvoyer les jeunes arrivés ici lorsqu'ils étaient enfants s'ils sont suffisamment intégrés et mènent une vie décente. Un contrat de travail fixe pourrait également constituer une condition. Peu importe comment on appelle cette nouvelle loi, du moment qu'on applique d'autres critères que la popularité d'un garçon ou d'une fille.

Car ils ne sont bien évidemment pas tous aussi médiagéniques et faciles de contact que Navid, Parwais ou Scott. La Belgique compte des dizaines de jeunes comme eux. Mais certains d'entre eux sont plutôt renfrognés, moins attirants, même un peu antipathiques. Marqués par la guerre, les menaces et la peur. Ce sont des jeunes en train de construire leur vie : ce sont des personnes que la plupart des politiques préfèrent voir partir et pour qui aucun voisin ne déploie de banderole. Du moins pas pour protester contre leur départ.

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