Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

26/03/14 à 16:48 - Mise à jour à 16:48

Pourquoi Di Rupo ne profitera pas de la venue d'Obama

La visite du président américain a permis au Premier ministre de se mettre sobrement en vedette. Mais il n'est pas acquis que cette visite tardive de Barack Obama permettra à Elio Di Rupo de récolter tous les fruits escomptés.

Pourquoi Di Rupo ne profitera pas de la venue d'Obama

© Belga

C'était au moment de la nomination d'Elio Di Rupo comme Premier ministre, fin 2011. Vincent Van Quickenborne, libéral flamand bon teint et peu suspect d'être admirateur du PS, se réjouissait alors de l'arrivée au "Seize, rue de la Loi" d'un enfant de l'immigration italienne. Notre "Obama belge", osait-il en évoquant un modèle d'émancipation. Une image forte quand on se souvient de l'engouement ayant entouré la première élection d'un président noir américain en 2008.

Le mandat d'Elio Di Rupo touche à sa fin et voilà enfin Obama qui a débarqué sur le sol belge. Une première tardive, alors qu'il est à la Maison-Blanche depuis six ans. Et une aubaine potentielle, en pleine campagne électorale, pour celui qui s'est mué dimanche en candidat socialiste pour le triple scrutin du 25 mai prochain. Voilà pourquoi cette visite risque pourtant de ne pas nécessairement lui profiter...

La consécration de la "nouvelle Belgique"

A priori, cela semble évident: c'est un succès pour Di Rupo, partagé à coups de photos à partager sur les réseaux sociaux. Le Premier ministre, en "vice-Roi" qu'il est devenu, fut le seul avec le roi Philippe à figurer continuellement dans l'image aux côtés de Barack Obama, depuis son arrive tardive lundi soir jusqu'à la visite solennelle d'un cimetière de Waregem en mémoire des soldats tombés lors de la Première guerre mondiale. L'air sérieux, compassé, humble, Elio Di Rupo a engrangé autant qu'il le pouvait: du capital sympathie, mais aussi du temps d'antenne en sortant des limites imposées par la "période de prudence". Une façon aussi de démontrer de main de maître que la "nouvelle Belgique" qu'il incarne a retrouvé sa stature internationale, étant "l'un des plus proches partenaires des Etats-Unis". Bémol: le storytelling de Di Rupo sur la "Belgitude" retrouvée commence au mieux à lasser certains auditoires, au pire à irriter ceux qui n'y voient qu'un trompe l'oeil face aux velléités autonomistes de la Flandre.

La frustration des adversaires

Cerises sur le gâteau médiatique: le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR), n'était pas convié à ces rendez-vous importants par le protocole - il ne s'en offusque guère, même s'il aurait des raisons de le faire. Le ministre-président flamand, Kris Peeters (CD&V), lui, rage dans son coin d'avoir été exclu de la cérémonie d'hommage sur ses terres. Banco pour Di Rupo, seul sur terre? Peut-être. Mais attention: il n'est pas exclu que les frustrations provoquées ne se retournent pas bientôt contre le numero uno du PS, quand il s'agira de nouer les coalitions. Voire qu'elles ne provoquent une exaspération populaire à l'encontre de ce Premier ministre "au-dessus de la mêlée" qui donne l'impression de tirer très - trop? - souvent la couverture à lui.

Obama n'a plus le charisme des premiers jours

En se présentant aux côtés du président américain, le Premier ministre (re)devenu candidat socialiste pouvait légitimement espérer bénéficier de l'aura symbolique du locataire de la Maison-Blanche. Le Barack Obama de mars 2014 n'est cependant plus celui dont l'aura incontestable avait enfiévré l'Europe autant que les Etats-Unis au moment de son élection. Son bilan politique est en demi-teinte, les Etats-Unis se sont peu à peu retirés sous leur tente au niveau international (or, le contexte est sensible, les exemples syrien et ukrainien en témoignent) et l'immense espoir qu'il avait fait naître est retombé comme un soufflé. A la gauche du spectre politique, en outre, les inquiétudes sont vives quant à la signature d'un traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l'Union européenne, qualifié ces jours-ci par les syndicats et associations de "profondément antidémocratique". Autrement dit: cette proximité forte, voire cette dépendance affichée par Di Rupo avec son homologue américain pourrait braquer davantage encore ceux qui dénoncent son bilan social.

Fête populaire confisquée et blocage routier.

Enfin, la fête populaire liée à la venue d'un président emblématique n'était pas au rendez-vous. La faute à un agenda surchargé, à un protocole plus qu'envahissant et à une sécurité perçue comme démesurée. Entre la "Beast", la voiture blindée du président, son Air Force One, ses hélicoptères et ses 900 accompagnants, il n'y avait pas la moindre place pour une manifestation d'enthousiasme comme ce fut le cas lors de ses premières visites européennes après son élection, à Berlin notamment. Au contraire: ce que le public retiendra de sa venue, c'est une ville de Bruxelles en état de siège, une autre de Waregem transformée en ville-fantôme et d'impossibles contraintes de mobilité. Pour ne pas parler des indignations, souvent infondées, relatives au coût de cette visite en période de crise.
L'apogée du règne de Di Rupo n'aura peut-être été, au final, qu'un sommet de l'indifférence légèrement irritée.

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