Pour Maingain, "le MR s'est scotché au PS"

12/10/12 à 15:19 - Mise à jour à 15:19

Source: Le Vif

Pour Olivier Maingain, cela ne fait "pas l'ombre d'un doute" : dans les grandes villes, l'heure est au rapprochement PS-MR. Le président des FDF invite les électeurs à chambouler ce scénario cousu de fil blanc.

Pour Maingain, "le MR s'est scotché au PS"

© Belga

Les libéraux, il les connaît. Pendant dix-neuf ans, il a travaillé avec eux au sein de la fédération PRL-FDF, puis du MR. Jusqu'à ce que son parti tente l'aventure en solo, en septembre 2011, par refus de souscrire aux accords sur la 6e réforme de l'Etat. Avant de claquer la porte de la maison bleue, Olivier Maingain aura toutefois eu le temps de visiter son arrière-cuisine. "Je connais un peu le dessous des cartes", s'enorgueillit-il.

Le Vif/L'Express : A votre connaissance, Charles Michel a-t-il obtenu de la part d'Elio Di Rupo la garantie d'accéder au pouvoir dans plusieurs grandes villes, en échange de son soutien à la réforme de l'Etat ?

Olivier Maingain : Il est clair que le PS et le MR ont l'ambition de diriger ensemble la ville de Bruxelles. Cela fait partie des accords conclus au moment des négociations institutionnelles. Socialistes et libéraux ont prévu de généraliser ce modèle à quelques communes importantes, dans une logique de donnant-donnant. Cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Mais ce scénario sera-t-il consacré par le résultat des élections ? Je n'en suis pas du tout certain. On peut toujours imaginer des coalitions à l'avance, encore faut-il que les électeurs leur donnent la majorité. Et moi, je crois qu'à certains endroits, pas partout, l'électeur va perturber les plans du PS et du MR. A Ixelles, par exemple, l'axe PS-MR est assumé publiquement, mais le jeu me paraît très ouvert.

Les interviews récentes de Didier Reynders et de Richard Miller ont accentué l'impression que les ténors libéraux modèrent leurs critiques à l'égard du chef de file socialiste, Elio Di Rupo. C'est aussi votre analyse ?

Le MR, c'est devenu zéro ambition pour déplacer le centre de gravité politique de la Belgique francophone. Où est passé le discours de Didier Reynders sur la remise en cause de la gestion publique au sud du pays ? Hop, aux oubliettes ! Comme s'il n'y avait plus d'efforts à faire pour simplifier les pouvoirs publics en Wallonie. Le MR se moule désormais dans la position qu'on a beaucoup reprochée au CDH : il s'est scotché au PS. Dans certaines communes, c'est tellement criant que le MR en perd toute crédibilité. Je le vois notamment à la Ville de Bruxelles et à Schaerbeek, où le MR se fait petit, petit, pour être admis par le Parti socialiste.

Des villes wallonnes sont-elles concernées par le "deal" qui lie selon vous PS et MR ?

Liège, incontestablement. C'est pour ça que Didier Reynders a quitté la ville, pour ouvrir la possibilité de l'accord entre le MR et le PS. Tant qu'il était là, le PS ne pouvait pas l'accepter, il a donc été invité à dégager. Et puis, Didier Reynders n'allait pas jouer l'appoint de Demeyer, en devenant échevin dans une coalition PS-MR. Compte tenu de sa personnalité, être numéro 2, cela ne fait pas partie de son comportement.

Et en dehors de Liège ?

Il n'y aucun doute que le MR a cherché à bétonner des majorités dans un certain nombre de villes wallonnes. Je crois que nous le verrons à Mons et à Charleroi, et peut-être même à Namur, où une surprise pour faire tomber le maïorat de Prévot n'est pas impossible.

Considérez-vous qu'une alliance PS-MR se dessine aussi pour gouverner la Wallonie et Bruxelles après les élections régionales de 2014 ?

Je ne crois pas du tout qu'ils ont signé un préaccord pour 2014. Mais par contre, il y a une sorte de promesse tacite, ça oui. En se disant : si les communales nous y encouragent, on se parlera en priorité. Maintenant, moi, je pense qu'au PS et au MR, il va y avoir un fameux débat interne au lendemain des communales. Parmi les socialistes, une allergie de plus en plus marquée se manifeste à l'égard de cette alliance contre-nature, comme dirait Mme Onkelinx. Et en même temps, il y a cette interrogation : quels sont les autres partenaires potentiels pour assurer une majorité confortable ?

Le résultat des élections communales aura une influence importante sur la trajectoire politique de la Wallonie et de Bruxelles ?

Bien sûr. Que seront le CDH, les FDF, Ecolo après les communales ? Les poids relatifs de chacun vont être déterminants pour l'avenir. A Bruxelles, ces trois partis se tiennent dans une fourchette assez proche, entre 10 et 15 %. Mathématiquement, cela donne-t-il la possibilité de faire d'autres combinaisons qu'une majorité PS-MR, pronostiquée jusqu'à présent comme la formule la plus confortable ? Je vois bien que tout le monde parle des jeux d'hypothèses. Reynders se dit que s'il pouvait retrouver une entente avec nous, ce ne serait peut-être pas mauvais pour son ambition personnelle. Il affirme certes qu'il veut continuer à jouer au fédéral, mais enfin, il se profile de plus en plus comme candidat à un poste de ministre-président bruxellois. Or je crois que les socialistes ne sont pas désireux de céder le témoin... Et comme je l'ai dit, Reynders, jouer les seconds rôles, ce n'est pas dans son tempérament.

Diriez-vous comme le président du CDH, Benoît Lutgen, que PS et MR sont "les meilleurs ennemis du monde" ?

Ils se lancent des déclarations matamoresques, mais dès qu'ils peuvent copiner dans des majorités, ils retrouvent vite les mêmes réflexes de partage du pouvoir. C'est le côté un peu maquignon du clan Michel, ça. Très peu de conviction, beaucoup d'intérêt pour le pouvoir. Le père Michel a toujours aimé ces sordides négociations secrètes où on troque un mandat de gouverneur contre un maïorat. Charles Michel ne dépareille pas. Il a pris la présidence du MR avec pour seul objectif de donner la satisfaction aux siens de les ramener au pouvoir.

L'opposition entre le PS et le MR sur les peines incompressibles, sur la fiscalité, sur le service minimum, cela reflète tout de même un vrai désaccord idéologique. Pour vous, ce n'est que du théâtre ?
La vérité, c'est qu'ils s'emploient à se renforcer mutuellement. Je me souviens du premier gouvernement Verhofstadt, entre 1999 et 2003. Libéraux et socialistes se disputaient beaucoup, et en même temps, ils se disaient que ce sont les écolos qui en feraient les frais, parce qu'ils ne pouvaient pas se démarquer nettement des deux mastodontes. Le CDH est en train de vivre le même écartèlement au gouvernement fédéral. PS et MR s'envoient les missiles, puis ils s'entendent pour se partager le pouvoir. Les deux grands blocs organisent une fausse guerre froide, avant de se répartir tous les leviers en coulisses. La conséquence de cette alliance des contraires, c'est souvent la paralysie. On retiendra du gouvernement Di Rupo que c'était sans doute le plus grand illusionniste en termes de communication. Un talent fou ! Mais ça n'aura pas été le gouvernement du courage face à des circonstances d'une gravité exceptionnelle. Tous les indicateurs de notre économie sont aujourd'hui au rouge. C'est peut-être la couleur préférée du Premier ministre, mais ce n'est pas rassurant pour l'avenir des francophones.

Entretien : François Brabant

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