02/05/13 à 11:10 - Mise à jour à 11:10

"Pour ce PS, seules les hausses d'impôts constituent une option"

Ce week-end, le nouveau président du PS Paul Magnette s'est montré très combatif. "Nous allons proposer un impôt sur les grosses fortunes. Quatre-vingts pour cent des Belges y sont favorables. Nous voulons un impôt minimum pour les entreprises qui ne paient pas d'impôts parce qu'elles utilisent la déduction d'intérêts notionnels." Magnette a également fustigé les exigences budgétaires de l'Europe. Trois questions à Johan Van Overtveldt, rédacteur en chef du Trends.

"Pour ce PS, seules les hausses d'impôts constituent une option"

© Belga

Le président du PS Magnette maintient son exigence d'un impôt sur la fortune et d'un impôt minimum pour les entreprises qui utilisent la déduction d'intérêts notionnels, deux propositions rejetées à plusieurs reprises par le gouvernement. Faut-il résumer cette demande à un message destiné uniquement aux militants d'un nouveau président combatif ?

Johan Van Overteldt: On ne doute pas que Paul Magnette ait démarré la campagne électorale du PS pour les élections du printemps prochain. Vu les résultats peu reluisants du PS dans les sondages, il fallait que ce soit de façon tapageuse. Le parti a clairement choisi un message simple à l'égard de ses membres: les riches doivent payer, il ne faut plus de mesures d'économie et une autre Europe. Le profil du PS devient de plus en plus limité.

L'approche lancée par Magnette dans son sixpack revient aux deux désirs du PS : davantage impôts et un endettement à la hausse.

La croissance de la dette doit être portée par le contexte européen, ce qui revient à dire que le PS part du principe que les pays forts comme l'Allemagne doivent se montrer aveuglément collégiaux. Keep on dreaming. Le PS continue obstinément à défendre des hausses d'impôts déjà refusées plusieurs fois au sein de Di Rupo Ier. Aussi les partis flamands sont-ils prévenus : on va leur représenter ces exigences (la déduction d'intérêts notionnels, un impôt minimum pour les entreprises). Espérons qu'ils les rejettent à nouveau et qu'ils continuent à confronter le PS avec ses tabous tel que l'index, une vraie réforme des pensions et la restructuration des marchés de le l'emploi.

Le PS refuse d'accepter les exigences budgétaires de l'Europe. Magnette loue Di Rupo parce qu'il a pu convaincre l'UE que notre pays doit moins économiser. "La première fissure dans l'absurde politique d'assainissement de l'Europe". L'Europe demande-t-elle trop à la Belgique?

Non, l'Europe ne nous demande pas trop. Le fait qu'on nous force à respecter les chiffres concrets en matière de déficits budgétaires annuels est effectivement un peu absurde, mais c'est la seule façon de maintenir l'attention des politiques. Le passé prouve clairement que les politiques tendent continuellement à une certaine irresponsabilité en matière de gestion des finances publiques. Les politiques qui doivent être élus ou réélus veulent dépenser et distribuer, pas économiser. Ce lien entre réalité budgétaire et réalité politique est trop souvent perdu de vue . Quand le degré d'endettement se remet à dépasser les 100% du PIB, il est tout simplement absurde de qualifier d'"absurde" la politique d'assainissement demandée par l'Europe à la Belgique.

Nous sommes en train de mettre une dette salée sur le dos des futures générations, surtout que la pression fiscale en Belgique est déjà colossale. En outre, nous sommes une économie petite et très ouverte. Pour la croissance économique dans un pays comme la Belgique, la position de concurrence internationale est très importante. Une correction sérieuse du handicap concurrentiel international en matière de coûts de travail et d'énergie nous rapportera plus de croissance que ce que le trajet dessiné par l'Europe nous coûte en croissance.

Le plus grand service que les gouvernements de ce pays puissent rendre à la croissance, et donc à l'état des finances publiques, c'est de sérieusement diminuer nos handicaps concurrentiels.

Le PS est déjà en mode élections et ce profil clairement à gauche. Cela a-t-il des conséquences pour le gouvernement dans l'élan vers les élections de 2014 ?

Même si nous tenons compte du fait qu'une partie de la rhétorique d'hier maniée par les ténors du parti doit être considérée comme uniquement destinée à ses propres membres, il reste toujours suffisamment de raisons pour s'inquiéter de ce que Di Rupo fera durant les mois qu'il lui reste. Si le mauvais temps économique se maintient, le budget de 2013 devra être sérieusement adapté à une détérioration du déficit budgétaire comme en 2012.

Pour ce PS, il est clair que seules les hausses d'impôts constituent une option pour le gouvernement. La même chose vaut pour le budget 2014 qui devra s'établir dans une atmosphère électorale assez lourde. Le budget 2014 revêtira une importance capitale étant donné que le risque est très réel qu'on se retrouve à nouveau et pour longtemps avec une chaise musicale autour de la formation du gouvernement.

Comme mentionné ci-dessus, la Commission Européenne s'inquiète fort de cette éventualité. Un budget bringuebalant en 2014 peut nous coûter une ou deux ou même plusieurs années en termes d'assainissement des finances publiques. On ne peut pas s'empêcher d'avoir l'impression que le PS ne s'inquiète pas vraiment à ce genre de perspectives.

Nos partenaires