Pierre Piccinin : "on a subi de fausses exécutions"

09/09/13 à 15:49 - Mise à jour à 15:49

Source: Le Vif

L'enseignant belge Pierre Piccinin, revenu lundi en Belgique après avoir été détenu par différents groupes pendant cinq mois en Syrie, a raconté lundi dans plusieurs médias son "odyssée terrifiante".

Pierre Piccinin : "on a subi de fausses exécutions"

© Belga

Pierre Piccinin da Prata, de son vrai nom d'origine italienne, qui était détenu en compagnie du journaliste italien Domenico Quirico, est arrivé à Bruxelles lundi à 5h40. L'enseignant de 40 ans était en bonne santé physique et psychologique, "malgré les tortures subies", a-t-il déclaré sur les ondes de Bel RTL et au journal Le Soir.

Les deux détenus, qui étaient entrés en Syrie via le Liban le 6 avril, ont été arrêtés deux jours plus tard par l'Armée syrienne libre à Qussayr, où ils sont restés deux mois. "Les cinq derniers jours ont été terribles. Nous étions enfermés dans une cave sordide aux murs couverts de cafards. Alors que les bombes tombaient à proximité, nous avons failli être ensevelis." Ils ont ensuite été régulièrement déplacés et détenus par différents groupes, "très violents, très anti-Occidentaux et des islamistes anti-chrétiens". "Cela a été une odyssée terrifiante", résume M. Piccinin qui évoque des "violences physiques très dures, des humiliations, des brimades et de fausses exécutions".

L'enseignant n'a eu qu'un seul contact avec sa famille durant ses cinq mois de captivité, grâce à un GSM qu'il a pu se procurer "dans la confusion d'une bataille". Les détenus ont essayé deux fois de s'échapper. "Une fois on a pu aller assez loin. On a profité de la prière pour s'emparer de deux kalachnikovs et nous avons quitté le bâtiment. On a couru la campagne deux jours avant de se faire reprendre et très sérieusement punir", explique M. Piccinin.

Enseignant de l'athénée de Philippeville, historien et politologue de formation, passant ses congés scolaires à voyager dans les zones de guerre, Pierre Piccinin se rendait en Syrie pour la 7e fois depuis le début du soulèvement populaire en 2011. Il ne compte pas y retourner prochainement, a-t-il laissé entendre.

"La révolution syrienne a connu une évolution très importante depuis 7-8 mois. L'Armée syrienne libre s'est quasiment évaporée. On est actuellement face à des vagues islamistes, du brigandage de certains groupes qui rançonnent les territoires qu'ils contrôlent. Je pense qu'il est devenu très dangereux pour des Occidentaux d'encore se rendre en Syrie. La révolution est en pleine déliquescence et tourne à autre chose."

L'enseignant sera entendu par le parquet fédéral

Pierre Piccinin sera prochainement entendu par le parquet fédéral dans le cadre du dossier ouvert à la suite de son enlèvement en Syrie, a confirmé le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, à l'agence Belga.

Un agent des Affaires étrangères a été en contact permanent avec la famille de M. Piccinin, précise M. Reynders. "Nous avons organisé des réunions avec les différents services concernés (Défense, Sureté de l'Etat, ...) et mis nos moyens logistiques à disposition. Nous avons également mis la famille du détenu en relation avec les autorités italiennes, tout en précisant à ces dernières que conformément à nos principes, nous ne participerions pas à des négociations en vue du paiement d'une rançon."

Le chef de la diplomatie belge tient à ce que l'ancien otage puisse désormais se reposer, avant d'être entendu par le parquet fédéral. Celui-ci avait repris l'enquête ouverte par le parquet de Dinant à la suite de la plainte déposée par les parents de M. Piccinin.

L'ancien otage a indiqué à plusieurs médias, dans la foulée de son retour en Belgique, qu'il avait des révélations à faire sur l'usage d'armes chimiques en Syrie. "C'est un devoir moral de le dire. Ce n'est pas le gouvernement de Bachar al-Assad qui a utilisé le gaz sarin ou autre gaz de combat dans la banlieue de Damas. Nous en sommes certains suite à une conversation que nous avons surprise", a ainsi déclaré l'enseignant.

"Il faut prendre ces déclarations avec beaucoup de précaution pour l'instant, que des professionnels puissent analyser en détail les informations, puis attendre une éventuelle initiative du parquet fédéral", réagit M. Reynders, qui rappelle que les voyages en Syrie sont fortement déconseillés.

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