Philippe Lamberts : "Oui, il y a des dérives chez Ecolo"

31/10/13 à 14:20 - Mise à jour à 14:20

Source: Le Vif

A 50 ans, il a détrôné Isabelle Durant et décroché la première place sur la liste des candidats Ecolo à l'Europe, pour 2014. Connu pour ses positions radicales en matière de régulation du secteur bancaire, ce fils de marchand de choucroute mâtiné d'informatique n'a pas (encore ?) la langue en poche.

Philippe Lamberts : "Oui, il y a des dérives chez Ecolo"

© Image Globe

Le Vif/L'Express : Isabelle Durant offre une image plutôt consensuelle. Vous êtes plus radical. Cela a-t-il joué dans le choix des militants ?

Philippe Lamberts : C'est incontestable. Le réalisme nous commande d'être radicaux. Le statu quo n'est plus une option. Les défis sont à ce point graves qu'on ne peut plus se contenter de corrections à la marge. Nous devons évoluer vers un modèle de société fort différent de l'actuel. Le sens du mot radical est d'aller à la racine. C'est bien de cela qu'il s'agit. De ce point de vue, j'incarne sans doute une certaine radicalité. Mais ce radicalisme de projet est lié à un réalisme de trajectoire, car un projet qu'on ne peut concrétiser, cela ne sert à rien. Je ne crois pas au "Grand Soir". Il faut un changement important, mais celui-ci ne doit pas être tétanisant. Il doit commencer tout de suite, mais se réaliser pas à pas.

Aux élections de 2014, vous ne risquez pas de faire moins de voix qu'Isabelle Durant dont on connaît la popularité ?

Ecoutez, il faut être de bons comptes. Elle a été présidente de parti pendant dix ans et vice-Première pendant quatre ans. Moi, j'étais un illustre inconnu, il y a peu. Combien de voix a fait Isabelle la première fois qu'elle s'est présentée ?

Mais, même avec la position que vous avez maintenant, vous ne disposerez pas des leviers qu'elle a en termes de notoriété...

Cela veut dire qu'une personnalité qui fait 100 000 voix doit continuer à se présenter jusqu'à sa mort ? Le rôle d'un parti n'est-il pas aussi de faire émerger de nouvelles figures ?

Ecolo ne risque-t-il pas tout de même de perdre un siège européen ?

Rendez-vous le 25 mai 2014. Laissez-moi faire mes preuves et on jugera sur pièces.

Vous êtes l'ennemi des banquiers ?

Je suis l'ennemi des rentiers, ces prédateurs qui spolient la société d'une rente sans créer de valeur. Ceux-là sont mes adversaires. Le secteur financier est au-dessus de cette chaîne. Mais il y en a d'autres. On constate aujourd'hui des inégalités patrimoniales qu'on n'avait plus connues depuis le début du XXe siècle. Résultat : ceux qui étaient riches au début de la crise de 2008 le sont encore plus aujourd'hui, sans avoir créé de valeur. C'est devenu un problème critique dont pâtit le reste de la société.

Comment changer cela ?

La fiscalité est le véritable levier pour construire une société plus juste et plus performante économiquement. Et ce ne sont pas des gesticulations électorales à la François Hollande, avec son impôt de 75 % sur les revenus de plus d'un million d'euros, qui vont permettre d'avancer. Il faut remettre la fiscalité à plat, la réinventer. C'est un effort qui sera long et qui doit réunir une base électorale très large.

Est-ce parce que vous considérez le Parlement européen comme le lieu de pouvoir le plus important que vous y siégez ?

Pour mon secteur, le socio-économique au sens large, c'est ici que ça se passe. J'ai passé 22 ans dans le secteur privé (Ndlr, comme ingénieur informaticien chez IBM) et j'ai pu y observer la financiarisation galopante de l'économie. A mon arrivée, on parlait de solutions et de création de valeur avec nos clients. Quand j'en suis sorti, en 2009, on ne parlait plus que de retour sur investissement. J'ai vu la finance prendre le pouvoir. Si on veut le lui reprendre, il faut avoir le bon effet de levier contre elle et c'est ici, au niveau européen, que ça se passe. Au niveau national, on n'a pas le bon rapport de forces pour y parvenir.

A l'exercice du pouvoir, Ecolo n'est-il pas devenu un parti comme un autre ?

Si, il y a des dérives chez Ecolo. Un excès de professionnalisation de la politique porte en lui ce type de risque. La seule protection contre cela, ce sont les règles. Par exemple, celle qui interdit de s'incruster trop longtemps dans des mandats.

L'interview intégrale dans Le Vif/L'Express de cette semaine

Nos partenaires