Paul De Grauwe: "Laissez tomber la norme budgétaire"

20/08/14 à 10:41 - Mise à jour à 10:41

Source: Le Vif

"Il faut laisser tomber cette norme budgétaire stricte" a déclaré Paul De Grauwe, professeur en économie à la London School of Economics et à la KuLeuven, à nos confrères de Knack. Pour lui, le prochain gouvernement doit surtout investir.

Paul De Grauwe: "Laissez tomber la norme budgétaire"

© Saskia Vanderstichele

"Je trouverais bien qu'il y ait un gouvernement fédéral avec la N-VA", déclare l'économiste Paul De Grauwe. "Il serait particulièrement grave que ce parti puisse à nouveau se trouver dans l'opposition pendant cinq ans. À présent, ils doivent prouver ce dont ils sont capables, et les attentes sont élevées. Je dirais : allez-y les gars, réalisez ce que vous avez dit".

Il le dit avec un sourire qui fait présumer qu'il doit voir avant de croire. "Pour commencer, il ne faut pas se faire d'illusions" dit-il. "Il y aura certainement de nouveaux impôts. Kris Peeters a déclaré récemment que ceux-ci ne sont pas encore à l'ordre du jour. C'est admettre qu'ils le seront plus tard".

Mais les partis de centre droit semblent d'accord sur le fait qu'il faut surtout économiser...

Paul De Grauwe: "Il faut se montrer prudent. Je mets en garde contre cette tendance depuis quelques années : si l'économie ne tourne pas bien et qu'on économise, on ne fait qu'empirer les choses. Il ne faut pas considérer les objectifs de budget comme des dogmes. Atteindre un équilibre budgétaire n'est pas le premier objectif de l'État".

Quel est alors son objectif?

De Grauwe: "Faire en sorte qu'il y ait des dispositifs collectifs qui fonctionnent bien. Qu'il y ait une sécurité sociale. Que les transports en commun fonctionnent convenablement. Que la qualité de l'enseignement soit bonne. Si je devais participer aux négociations, j'insisterais pour avoir un gouvernement qui investit à nouveau. Ces vingt dernières années, les investissements de l'État ont diminué de moitié alors qu'autant l'enseignement que la SNCB ont besoin de beaucoup d'argent. L'état bénéficierait certainement d'un soutien social à l'égard de ces investissements".

Mais il n'y a plus d'argent.

De Grauwe: "Les intérêts sont tellement bas qu'emprunter de l'argent ne nous coûterait presque rien. En émettant des obligations, par exemple. Si nous arrivons à convaincre l'Europe de l'intérêt d'investir dans l'avenir, nous pourrons garder ces investissements hors budget, de sorte qu'ils ne soient pas comptés dans le déficit budgétaire. De plus, il faut lâcher ce fétiche de trois pour cent de déficit budgétaire".

Les négociateurs vont vous traiter de fou: De Grauwe va contracter encore plus de dettes et estime que l'équilibre budgétaire n'est pas important.

De Grauwe: (rit) "Je sais que je m'expose à de telles critiques simplistes. Mais je crois qu'aujourd'hui, grâce aux intérêts peu élevés, nous avons une opportunité unique de moderniser les chemins de fer par exemple. Notre déclin est dû en partie à leur mauvais état. Il faut également investir d'urgence dans les énergies alternatives. Et aujourd'hui, nous pouvons le faire presque gratuitement".

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