Parc Maximilien: "Je n'ai pas pu photographier certaines personnes, leur histoire était trop poignante"

10/09/15 à 10:36 - Mise à jour à 10:36

"Je n'ai pas pu photographier certaines personnes, leur histoire était trop poignante" explique le photographe Jürgen Augusteyns qui s'est rendu au camp de réfugiés installé dans le parc Maximilien à Bruxelles.

Quelle histoire vous a marqué?

Jürgen Augusteyns: J'ai été vendredi pour la première fois. Après avoir un peu erré, je me suis mis à discuter avec quatre habitants d'Alep. L'un d'entre eux était d'accord pour que je le prenne en photo. L'homme avait mis trente jours pour atteindre Bruxelles. Sa femme était décédée pendant le voyage, il était seul. J'ai pris la photo, on a encore un peu discuté et je suis allé prendre d'autres photos ailleurs dans le camp. Chez moi j'ai imprimé la photo. Le dimanche, je suis retourné au camp et je lui ai donné l'image. Je n'oublierai jamais son émotion, sa fierté - il l'a immédiatement montrée à ses amis - et sa gratitude.

Comment ces gens réagissent-ils en voyant un photographe? Est-ce qu'ils n'ont pas l'impression d'être dévisagés ?

Cela dépend beaucoup de la façon dont on les aborde. Si vous voulez vraiment faire un portrait de quelqu'un, demandez-lui avant. Parfois, on se met à parler, d'autres fois ils approuvent d'un hochement de tête et parfois, mais c'est très rare, ils font signe qu'ils ne préfèrent pas être photographiés.

Grâce à mon petit appareil, je peux travailler discrètement. Les grands appareils peuvent être intimidants, ce qui n'est pas à sous-estimer. Il ne faut jamais oublier que les circonstances font qu'il n'y a aucune zone de confort. Ces gens viennent d'une zone de conflit et réagissent parfois en conséquence quand on les brusque. Mais si vous êtes calme et que vous les traitez respectueusement, vous êtes déjà bien parti. Je n'ai jamais eu l'impression d'être un "intrus". On se promène pendant des heures, on retourne quelques jours plus tard et rapidement les gens vous reconnaissent.

Parfois, on dit que l'objectif filtre la misère. Est-ce le cas ou pas ?

La décision de prendre une photo ne prend qu'une fraction de seconde. Après, on passe en mode technique : le cadre, la lumière, etc. C'est automatique. Et pourtant, parfois les choses se passent autrement. Vendredi, je n'ai pas "pu" photographier certaines personnes, parce que leurs histoires étaient trop poignantes. À ce moment-là, je ne pouvais tout simplement pas leur demander de les prendre en photo, ça n'allait plus. Si on est incapable d'éprouver de l'empathie quand on prend une photo, on ne peut pas faire du bon travail.

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