Ouverture du procès des victimes du Softenon

18/10/11 à 09:38 - Mise à jour à 09:38

Source: Le Vif

Le procès des victimes belges du médicament Softenon contre l'Etat belge débute aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Les victimes en attendent beaucoup, et d'abord une reconnaissance de leurs souffrances. Le Thalidomide est à nouveau vendu, sous un autre nom, en Belgique.

Ouverture du procès des victimes du Softenon

© Thinkstock

Martine Olivier a 51 ans et le corps fatigué. Ses jambes et son dos, notamment, doivent compenser ce que ne peuvent pas faire ses bras, réduits à deux moignons à cause d'un médicament que sa mère a ingéré durant sa grossesse : le Softenon, un des noms commerciaux du Thalidomide.

D'autres "enfants Softenon" vivent avec de petites jambes ou un organe en moins. "Le Softenon -utilisé comme anti-nauséeux en début de grossesse, ndlr- a provoqué des milliers et des milliers d'avortements", explique Martine Olivier, qui a fondé l'Association des victimes belges du Softenon. "De nombreux enfants nés malformés n'ont pas survécu à leur première année de vie et d'autres sont morts au fil des années."

Aujourd'hui, impossible de dire combien d'enfants Softenon vivent encore en Belgique. Quarante se sont manifestés et on estime qu'il reste 6.000 survivants dans le monde.

Retour sur les faits

La commercialisation du Softenon a commencé en Belgique en 1958. Les premières critiques de scientifiques étrangers sont émises deux ans plus tard. Certains médecins font le lien entre la prise du médicament pendant la grossesse et les malformations du bébé. Mais il faut attendre juin 1962 pour que le gouvernement belge prenne une mesure d'interdiction provisoire du Softenon -les pharmaciens peuvent toujours vendre les médicaments qu'ils ont en stock- et décembre 1969 pour que le Softenon soit totalement interdit.

Cinquante ans plus tard, les enfants Softenon ont l'impression que leur situation est tombée dans l'oubli. "Nous recevons des aides de l'AWIPh (agence wallonne pour l'intégration des personnes handicapées), mais qui ne sont absolument pas suffisantes pour tous nos besoins. Il faudrait par exemple quelqu'un pour nous aider à nous habiller et pour aider à faire les tâches les plus quotidiennes", commente une Martine Olivier amère.

Les enfants Softenon peuvent pour la plupart conduire, mais ils ont besoin d'un appareillage spécifique. Dont coût : 16.000 euros. "L'AWIPh participe, mais pas a priori. Il faut donc débourser la somme soi-même et attendre qu'elle rembourse." Autre condition pour bénéficier de l'aide : acheter une voiture neuve. "Je vais par exemple devoir changer d'appareillage parce que mon genou ne suit plus et je serai obligée d'acheter une voiture neuve, alors que l'actuelle a trois ans et que je n'ai pas fini de la payer."

Les regards dans la rue et les discriminations sont encore très fréquents. "Certaines personnes plus jeunes n'ont même jamais entendu parler du Softenon! ", s'étonne Martine Olivier.

Un procès contre l'Etat

Les victimes ont attaqué l'Etat parce qu'elles l'estiment responsable de leur situation. Elles lui reprochent d'avoir retiré tardivement le médicament, de ne jamais leur avoir présenté d'excuses et de leur allouer des aides insuffisantes. "Au Royaume-Uni, le Premier ministre a présenté des excuses, a débloqué 20 millions de livres sterling de compensations et a mis en place un accompagnement personnalisé."

Les victimes souhaitent une meilleure prise en charge et des services médicaux conscients de leur problème et aptes à les soigner.

Un monde médical qui utilise à nouveau le Thalidomide, sous le nom commercial Celgene, pour soigner des maladies dermatologiques. "L'Agence européenne des médicaments a autorisé son utilisation à condition que les pays élaborent un programme de gestion de risque", confirme Ann Eeckhout, porte-parole de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS). "Mais ici en Belgique, on tient un registre des prescripteurs, des pharmaciens et des patients et, en aucun cas ce médicament ne peut être prescrit à une femme enceinte." "Pour nous, c'est un nouvel affront, tout simplement", conclut Martine Olivier.

Le Vif.be, avec Belga

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