Où nos hommes et femmes politiques aiment-ils manger?

12/01/14 à 11:27 - Mise à jour à 11:27

Source: Le Vif

Voici les adresses wallonnes et bruxelloises où ceux qui nous gouvernent ont leurs habitudes et leur table. Et où seuls les murs ont des oreilles.

Où nos hommes et femmes politiques aiment-ils manger?

© Alexis Haulot

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Quels sont ces endroits où nos édiles ont leurs habitudes, où ils tutoient le patron qui leur réserve toujours la meilleure table - ou en tout cas la plus discrète ? Aiment-ils l'ambiance populaire d'une bonne brasserie ou optent-ils pour celle plus guindée d'une adresse étoilée ? Préfèrent-ils voir et être vus ou le charme discret d'une arrière-salle où leur tranquillité est garantie ? Et prennent-ils le temps de savourer ce qu'on leur sert avec des gants ou doivent-ils engloutir leurs plats en deux coups de cuillère à pot ?

Nous avons poussé la porte de quelques-unes de ces "cantines du pouvoir" dont seuls les murs ont des oreilles, guidés parfois par ceux qui les hantent et acceptent d'en parler. Ce n'est pas le cas de tous : plusieurs hommes et femmes politiques francophones de tout premier plan se sont défendus d'avoir une adresse de prédilection. Du moins pour y parler politique... Voici les "cantines du pouvoir" à Bruxelles.

Senzanome

Verhofstadt, Durant, Cohn-Bendit, Clerfayt, Vande Lanotte, Reynders ou encore Leterme : ils sont nombreux à s'être assis à la table de Nadia et Giovanni Bruno, les patrons du Senzanome, resto italien haut de gamme et étoilé de Schaerbeek. "Et encore, je ne me souviens pas de tous les noms", sourit Giovanni.

Les politiques y ont leurs habitudes et y défilent allègrement. Avec quelques belles rencontres à la clé. "C'est ici que j'ai réuni Verhofstadt et Cohn-Bendit pour la première fois, se souvient la députée européenne Isabelle Durant (Ecolo). Ils ne se connaissaient pas bien. La dynamique Spinelli (NDLR : du nom du groupe fondé en 2010 par Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit pour soutenir l'Europe fédérale) est née au Senzanome, de même que le livre qu'ils ont coécrit. Tous les deux apprécient la cuisine italienne. Ils ont donc été servis car on y mange vraiment bien ! Je viens régulièrement. Si je me souviens bien, la soirée s'est terminée très tard..."

Depuis ce repas mémorable, l'ancien Premier ministre libéral revient régulièrement. "C'est un habitué, reconnaît Giovanni Bruno. Il a une table bien définie, à l'arrière du restaurant. Une table de quatre couverts plutôt isolée. Tout le monde la veut ! Il y a tellement de politiques qui viennent ici qu'il faut parfois les séparer aux quatre coins du restaurant (NDLR : qui n'est pourtant pas bien grand) pour qu'ils gardent une certaine discrétion."

Le Senzanome est également le restaurant où Bernard Clerfayt et Isabelle Durant ont scellé leur accord de majorité en 2006 et 2012. La discrétion des lieux ne les a même pas obligés à changer de commune.

Bocconi

Situé à deux pas de la Grand-Place, le Bocconi est fréquenté par une clientèle plutôt internationale. Les hommes d'affaires y défilent. Le restaurant de l'hôtel Amigo est notamment apprécié par Elio Di Rupo et Charles Michel. "Elio y invite régulièrement des collaborateurs ou des journalistes pour des réunions de travail, explique son ancienne porte-parole Ermeline Gosselin. Il y apprécie la cuisine italienne et les plats simples. Mais, il faut avouer que, s'il doit décider de quelque chose d'important, il le fait davantage au siège du PS ou au Lambermont."

Le Bocconi fait en tout cas partie de ses deux tables bruxelloises préférées. Dans une déco plutôt design, le chef Marco Visinoni y propose une cuisine plutôt simple qui revisite des plats traditionnels. Le Premier ministre PS y croise de temps en temps Charles Michel, le patron du MR : "On se mêle à une clientèle internationale, si bien que l'on peut discuter tranquillement, sans être remarqué", confirme ce dernier.

Un constat qu'appuye son porte-parole Frédéric Cauderlier : "Lors des discussions sur la réforme de l'Etat, Charles y invitait les autres présidents de parti ou des personnes influentes. C'est une bonne table où des infos importantes ont filtré."

Al Piccolo Mondo

Un incontournable pour de nombreux libéraux, tant des cabinettards que des politiques. Le siège du MR est situé à 200 mètres de là. La balade n'est donc pas bien longue avant de s'asseoir à la table du Piccolo Mondo, un restaurant italien convivial et sans prétention situé rue Jourdan, à Ixelles. Didier Reynders y a ses habitudes. Le patron est d'ailleurs un de ses grands admirateurs : "Il est toujours serviable avec le personnel et n'a aucune exigence particulière, explique Leo Spagnolo. Il se mêle aux autres clients, sans souci. Nous avons l'habitude de recevoir de nombreux hommes politiques. Notre cuisine est particulièrement appréciée."

Sa différence avec d'autres restos du quartier ? Outre sa cuisine, ses heures d'ouverture plutôt flexibles. "Didier et ses collaborateurs vont souvent au restaurant après une soirée de travail, explique David Maréchal, attaché de presse de l'ancien président du MR. Or, le Piccolo Mondo est un des rares à rester ouvert si tard. Le patron ouvre encore sa cuisine même quand on arrive à 23 h ou minuit. Un avantage indéniable. Et Leo Spagnolo est en plus très accueillant."

Le ministre des Affaires étrangères fréquentait encore davantage cette cantine quand il était président. Il y invitait journalistes, collaborateurs et politiques. "Je n'ai pas souvenir de grands accords mais la plupart des discussions post-élections ont dû se dérouler ici, poursuit David Maréchal. Et donc une série de décisions sur des nominations politiques ou autres choix importants. Il s'agissait à chaque fois de réunions informelles." Et le plus souvent autour d'un plat de tagliatelles, que ce soit au pesto, aux fruits de mer ou à la napolitaine. "Notre spécialité, sourit Leo Spagnolo. Je veux rester modeste mais nous faisons les meilleures pâtes de Bruxelles..."

La Brasserie de Bruxelles

Ouverte il y a seulement cinq ans par Laurent Veulemans, sur la place de la Vieille Halle aux Blés à un jet de pavé de la Grand-Place, La Brasserie de Bruxelles est très fréquentée par les politiques bruxellois, surtout membres du PS. "Freddy Thielemans y déjeunait deux ou trois fois par semaine, avec ou sans ses collègues du collège, comme Philippe Close ou Yvan Mayeur, précise Laurent Veulemans, le propriétaire. Il a sa table attitrée, au fond du restaurant, près des cuisines. Quand lui ou un autre politique vient, je sais qu'ils n'aiment pas être embêtés et je m'assure qu'il n'y ait pas grand-monde autour."

Laurent Veulemans gérait auparavant Les Armes de Bruxelles, une autre adresse bien connue du centre-ville. Il l'a revendue, "mais les clients nous ont suivis". Le restaurateur ne manque pas d'anecdotes. "Pendant les négociations pour former le gouvernement, je me souviens qu'après sa désignation par le Palais, Elio Di Rupo est venu manger ici tous les jours qui ont suivi et, à chaque fois, les gens dans la salle se levaient pour l'applaudir - au point qu'Elio pensait que je les avais payés pour ! Un beau moment. Et en décembre dernier, pour les 125 ans du Soir, le Premier ministre était ici pour interviewer Marc Wilmots, l'entraîneur des Diables Rouges. Beaucoup d'interviews se font ici, notamment en télé. Quand François Hollande est venu manger avec 80 journalistes, ça a été un vrai boom pour notre restaurant !"

Par Xavier Attout

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