31/01/13 à 13:01 - Mise à jour à 13:01

Onkelinx, Magnette, et les statuts zappés du PS

La particratie belge repose sur une pointe décidément bien étroite. Une oligarchie, en fait, du grec oligos (petit nombre). L'illustration, au PS, par le dernier remaniement interne destiné à mettre le parti "en ordre de marche" en vue des élections législatives et régionales de 2014. La "mère des batailles" d'où découlera la répartition des postes et mandats rémunérateurs.

Onkelinx, Magnette, et les statuts zappés du PS

© Image Globe

On se souvient que le 17 janvier, le bureau politique du PS avait annoncé, dans un grand froufrou médiatique, le remplacement de Thierry Giet par Paul Magnette à la tête du PS, alors qu'Elio Di Rupo, Premier ministre, en est toujours président. Laurette Onkelinx, vice-Première ministre, avait quant à elle été proclamée cheffe de file des socialistes bruxellois, alors que Rudi Vervoort, élu au suffrage des membres de la Fédération bruxelloise du PS en février 2012, est toujours président. Quel mic-mac ! Pour pouvoir présenter ce casting "de rêve", les maîtres du PS ont dû quelque peu solliciter leurs propres statuts.

Un premier souci a déjà été réglé par le congrès de Bruxelles du 11 mai 2010. Depuis la ministre-présidence wallonne d'Elio Di Rupo cumulée "illégalement" avec la présidence du parti (2005-2007), les statuts du PS national ont été modifiés en conséquence. L'article 42 paragraphe 4 prévoit dorénavant que "la fonction de président est incompatible avec toute responsabilité ministérielle, sauf circonstances exceptionnelles dûment constatées par le Congrès". Les "circonstances exceptionnelles" sont un concept fourre-tout qui autorise le viol du principe de base: pas de cumul entre la présidence du parti et une fonction ministérielle. En outre, la fonction de présidence-bis, dédoublée, partagée, collaborative,factotum, de façade, etc., n'existe pas dans les statuts socialistes.

Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Le 6 février prochain, à la Maison du Peuple de Saint-Gilles, le congrès de la fédération bruxelloise adoptera les statuts du PS national qui permettent, en cas de "circonstances exceptionnelles", de cumuler la présidence avec une fonction ministérielle, ce qu'interdisent actuellement les statuts bruxellois (article 9 quinquies paragraphe 4). En mai prochain, Rudi Vervoort pourra ainsi devenir ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, tout en restant en titre le président de la Fédération. Quant à Laurette Onkelinx, puisqu'elle n'est pas tout à fait présidente bruxelloise du PS, rien ne s'oppose à ce qu'elle reste au gouvernement fédéral.Vous suivez ?

Pour Paul Magnette, la question se pose différemment, mais il est, lui aussi, "hors-statut". Certes, s'il était vraiment le président du PS, il ne pourrait pas cumuler cette fonction avec la présidence qu'il exerce de l'union socialiste communale (USC) de Charleroi. L'article 10 paragraphe 1 des statuts du PS prévoit, en effet, cette incompatibilité, ainsi qu'une autre, supplémentaire, entre un mandat exécutif communal (Magnette est bourgmestre de Charleroi) et la présidence d'une USC. Cette incompatibilité-là n'est pas encore réglée. Bref, une histoire de pouvoirs apparemment gigognes, délimités par des statuts, mais qui révèle aux militants qu'un parti est une machine de pouvoir aux mains d'un petit nombre de dirigeants, à la verticale.

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