"On peut espérer que l'Iran soutienne les grandes lignes d'une coalition contre l'EI"

15/09/14 à 15:08 - Mise à jour à 19:38

Le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond a déclaré lundi à Paris s'attendre à une coopération iranienne avec la coalition en lutte contre les djihadistes de l'Etat islamique en Irak.

"On peut espérer que l'Iran soutienne les grandes lignes d'une coalition contre l'EI"

Le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond. © AFP

"Il a toujours été improbable que l'Iran devienne un membre à part entière de la coalition mais je crois que l'on peut continuer à espérer que l'Iran soutienne les grandes lignes de notre projet, et on peut s'attendre à ce que l'Iran se montre coopératif en ce qui concerne les plans de la coalition", a-t-il déclaré à Paris en marge de la conférence internationale sur la sécurité en Irak.

Quant à l'éventualité de frappes en Syrie, le ministre a rappelé la position britannique selon laquelle "l'ampleur des difficultés" à surmonter serait tout "autre", "pour toutes sortes de raisons, militaires, légales, et techniques". "Mais nous ne l'excluons pas", a-t-il ajouté. Le ministre a en outre martelé que la Grande Bretagne jouerait "un rôle important dans la coalition".

Un peu plus tôt, le département d'Etat américain avait déclaré que les Etats-Unis ne se coordonneraient pas "militairement" avec l'Iran pour lutter contre l'EI, mais restaient ouverts à la poursuite d'une "discussion diplomatique" sur le sujet.

L'Iran, grand absent de la conférence de Paris, juge illégitime une coalition internationale dont l'objectif réel reste selon Téhéran de renverser le régime syrien.

L'Irak "regrette l'absence de l'Iran"

Pour sa part, l'Irak a dit "regretté l'absence de l'Iran" à la conférence internationale de Paris, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Ibrahim al-Jaafari. "Nous avons insisté pour que l'Iran soit présent, cependant ce n'est pas nous qui prenions la décision. Nous regrettons l'absence de l'Iran à cette conférence", a-t-il dit à la presse. "Tous les pays sont concernés par le problème de Daesh (acronyme arabe de l'EI) et l'Iran est un pays voisin qui nous a apporté son appui à plusieurs reprises", a-t-il précisé.

Le ministre irakien n'a pas voulu entrer dans les détails des discussions de la conférence, commentant: "Nous n'avons pas abordé de détails ce matin. Les différentes parties ont toutes eu des réactions tout à fait positives par rapport à la situation actuelle et l'appui qu'elles vont donner à l'Irak".

Le ministre a fait de la reprise de Mossoul "un objectif essentiel pour l'Irak. Grâce aux opérations armées que nous allons mener je pense qu'il ne sera pas très difficile d'y arriver. L'aboutissement ne sera pas prévu pour tout de suite mais à moyen terme je pense que nous allons réussir a libérer Mossoul", a-t-il dit.

A l'issue d'une réunion de trois heures lundi matin au ministère des Affaires étrangères à Paris, les participants (27 pays arabes et occidentaux, trois organisations internationales) ont répété que Daesh était "une menace non seulement pour l'Irak mais aussi pour toute la communauté internationale".

Les F16 belges prêts à entrer en action en cas d'intervention contre l'Etat islamique

Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a rappelé que la Belgique avait mobilisé récemment des C130 et F16 susceptibles dès lors de participer à une éventuelle intervention contre l'Etat islamique.

"La Belgique n'a pas fait à ce jour l'objet d'une demande précise. Mais il y a des possibilités que ce soit au niveau de l'aide logistique avec les C130, ou avec les F16 basés en Afghanistan", a commenté le ministre belge. Des F16 belges avaient participé à l'opération libyenne. Une chose est sûre, "il n'y aura pas de troupes au sol".

M. Reynders a souligné lundi qu'il existait un "consensus" assez large en Belgique en faveur d'une participation à une intervention dont il reste à définir les modalités. Le feu vert à une telle participation devrait, en l'absence de gouvernement de plein exercice, être donné par le Parlement via une résolution. Si entre-temps le nouveau gouvernement venait à être formé, c'est à lui qu'il reviendrait de se prononcer.

Au-delà de la question du soutien à une coalition militaire, la conférence de Paris a été l'occasion pour les participants d'afficher leur soutien au nouveau gouvernement inclusif irakien, censé être le reflet d'une meilleure représentation des principales communautés sunnites, chiites et kurdes. Il s'agit d'un soutien en vue d'une stabilisation du pays à terme, a indiqué le chef de la diplomatie belge qui a noté la participation à la conférence de Paris du gouvernement central à Bagdad et du gouvernement kurde à Erbil. Aux côtés des Américains et des Russes, une dizaine de pays européens, des Etats du Golfe ainsi que la Chine et le Japon ont participé à la réunion.

Didier Reynders a rappelé lundi l'apport de la Belgique dans les camps de réfugiés et son soutien aux organisations multilatérales qui s'est accru d'une aide supplémentaire de 2 millions d'euros en faveur d'OCHA, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU. Par ailleurs, un C130 belge avec de l'aide humanitaire a été envoyé récemment à Erbil. "J'ai insisté lundi sur la coordination nécessaire sur place à l'approche de l'hiver", a indiqué M. Reynders qui a par ailleurs fait écho à l'appel des pays voisins, la Turquie, la Jordanie et le Liban confrontés à une pression très forte dans les camps. Il y a actuellement 1,5 million de réfugiés en Jordanie. Le ministre MR, qui participe par ailleurs aux négociations sur la formation du nouveau gouvernement, a une nouvelle fois attiré l'attention sur la nécessité d'entreprendre "un travail de longue haleine de déradicalisation" de Belges qui se sont laissés convaincre par "un groupe terroriste qui ne représente pas le monde musulman".

Un de ces djihadistes, Mehdi Nemmouche, est poursuivi comme auteur de l'attentat du Musée Juif à Bruxelles qui a coûté la vie à quatre personnes. Il va falloir continuer à travailler sur l'échange d'informations au niveau européen et prendre des mesures de prévention, a répété M. Reynders.

La Norvège réfléchit à une contribution militaire

Quant au chef de la diplomatie norvégienne, il a dit ce lundi réfléchir à une contribution militaire, par exemple la formation de personnels, à la lutte contre les djihadistes de l'État islamique.

"Nous avons en premier lieu annoncé des efforts supplémentaires dans le domaine humanitaire", a déclaré Boerge Brende au journal Verdens Gang (VG) en marge de la conférence internationale sur la sécurité en Irak. "Mais nous avons une réflexion continue pour savoir si, au-delà de la contribution humanitaire, nous pourrions aussi participer à la mise en place de capacités militaires", a-t-il ajouté.

S'exprimant avant la conférence internationale de Paris, il a indiqué que l'aide norvégienne pourrait par exemple consister à former du personnel militaire.

A l'issue de la réunion, M. Brende a confirmé auprès de l'agence NTB que son pays, comme plusieurs autres, avait reçu une demande de contribution de la part des États-Unis. Une participation à des opérations terrestres ou aériennes "n'est pas envisagée" par la Norvège, a-t-il dit, excluant aussi la livraison de matériel militaire.

Les participants à la conférence de Paris sont convenus de soutenir la lutte des autorités irakiennes contre l'EI "par tous les moyens nécessaires", y compris militaires, selon le texte final de la réunion.

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