Ann Peuteman
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Ann Peuteman est rédactrice pour Knack
Opinion

11/08/15 à 11:24 - Mise à jour à 11:24

"On ne peut quand même pas attendre que sa vieille mère soit décédée pour partir en voyage ?"

Que faire de ses parents âgés quand on part en vacances ? "Aujourd'hui, il existe plus de solutions pour les animaux domestiques que pour les personnes âgées", écrit notre consoeur de Knack, Ann Peuteman. Pourtant, ces dernières ont beaucoup moins de chance de se voir recueillir par un passant.

"On ne peut quand même pas attendre que sa vieille mère soit décédée pour partir en voyage ?"

© iStock

Tara va à l'hôtel, mais ils ne savent pas quoi faire de Johanna. Comme chaque année, Caroline et Yves amèneront leur vieux labrador Tara dans une pension pour chiens. Ils auront mal au coeur, mais il n'y a pas d'autre solution puisqu'ils veulent partir en vacances. "Tara y sera bien soignée. Encore mieux qu'à la maison", se disent-ils pour se rassurer avant de payer 19 euros par jour à la gérante du chenil. Problème résolu.

Cependant, ils ont un autre problème: Johanna, la mère de 84 ans de Caroline. Elle figure sur la liste d'attente d'au moins quatre maisons de repos, mais refuse obstinément de quitter la maison où elle a élevé sa fille et soigné son mari jusqu'à la fin. Comme elle marche difficilement, Caroline fait ses courses, la conduit deux fois par semaine au club de bridge et l'aide le mardi et le vendredi à prendre sa douche. Johanna cuisine encore elle-même. Plus ou moins.

Cette année, Caroline et son mari partent donc deux semaines en Provence et ne savent pas que faire de Johanna. "Je voudrais qu'il y ait des hôtels pour personnes âgées où elles puissent résider chaque année", soupire Caroline." Nous pourrions partir l'esprit tranquille. On ne peut tout de même pas attendre que ma mère soit décédée pour partir en vacances ?"

Solitude

Finalement, elle a trouvé une grand-tante alerte prête à venir passer quelques jours avec sa mère. Ainsi, non seulement Johanna a quelqu'un pour l'aider, mais aussi de la compagnie. Beaucoup d'octogénaires n'ont pas cette chance. "En été, je suis souvent la seule qu'ils voient" me racontait récemment une infirmière à domicile. "La plupart se débrouillent, mais sont extrêmement seuls". Certains de ses patients plus âgés doivent être hospitalisés quand leurs enfants sont en vacances, parce qu'ils se plaignent de vagues troubles physiques ou qu'ils sont tout à coup confus. Généralement, le gériatre attend de les laisser sortir qu'il y ait quelqu'un pour les soigner, et donc on les garde à l'hôpital jusqu'à ce que les enfants soient de retour. D'autres se rendent dans une maison de repos qui les accueille temporairement, mais généralement il y a très peu de place dans ces endroits.

Évidemment, on ne peut pas s'attendre à ce que des filles et des fils restent chez eux pendant dix ou vingt ans et qu'ils ne repartent en voyage que quand leurs parents sont décédés ou qu'ils sont définitivement installés dans une maison de repos. Généralement, il s'agit de personnes de la "génération sandwich" qui sont retraitées, qui s'occupent de leurs parents et de leurs petits-enfants toute l'année et qui désirent avoir quelques semaines pour eux. Leurs enfants sont occupés et les voisins sont prêts à aller voir de temps en temps, mais pas plus. Donc, beaucoup de fils et de filles inquiets partent chaque année, la peur au ventre. En espérant que leurs parents arrivent à se débrouiller seuls et en leur promettant de leur téléphoner tous les jours.

Chaque année, on retrouve des chiens attachés à un arbre ou des chats abandonnés dans les bois. C'est évidemment scandaleux. Aujourd'hui, il existe suffisamment d'endroits pour héberger ses animaux domestiques, pendant qu'on profite de vacances bien méritées. Comme la pension pour chiens où réside Tara. Mais pour les personnes âgées, il y a - et c'est scandaleux - beaucoup moins de possibilités d'accueil. Et ce alors qu'elles ont beaucoup moins de chance de se voir recueillir par un passant.

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