Ewald Pironet
Ewald Pironet
Ewald Pironet est rédacteur du Knack.
Opinion

19/09/16 à 13:55 - Mise à jour à 13:55

"On le répète pour Alexander De Croo: il y a une différence entre les économies intelligentes et inintelligentes"

Le vice-premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) ne souhaite pas postposer l'équilibre budgétaire. Cela peut sembler intrépide, mais est-ce aussi intelligent ?

"On le répète pour Alexander De Croo: il y a une différence entre les économies intelligentes et inintelligentes"

Alexander De Croo © BELGA

Le vice-premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) a déclaré aux quotidiens Het Laatste Nieuws et De Morgen que lui et son parti ambitionnent toujours un équilibre structurel d'ici 2018, une voie que les autres membres du gouvernement étaient en train de quitter. "Si même une coalition de cette composition ne réussit pas à respecter ses engagements budgétaires, laquelle le fera ?", a déclaré De Croo. "Alors, on n'y arrivera jamais. Pour éviter tout malentendu, je suis pour les investissements, car notre patrimoine a vieilli". "Mais", poursuit De Croo, "je n'ai pas envie d'encore repousser la facture. Notre dette est trop importante." Cette prise de position peut sembler intrépide, mais est-elle intelligente ?

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On le répète pour Alexander De Croo: il y a une différence entre les économies intelligentes et inintelligentes

Nous l'écrivions déjà la semaine dernière: pendant des années, l'Europe a martelé qu'il fallait économiser. On suit ce mantra en Belgique aussi. En partie parce que l'UE nous y oblige, mais aussi parce qu'on ne peut faire autrement quand on voit le fond des caisses de l'état. Le gouvernement Michel a commencé en clamant son ambition de mettre de l'ordre dans les finances publiques, et maintenant on dit que la Belgique ne veut pas porter de préjudice à la discipline budgétaire, mais le premier ministre Charles Michel (MR) plaide tout de même pour une certaine souplesse afin de permettre les investissements stratégiques. "Aujourd'hui, il faut des investissements importants pour l'avenir", déclare le premier ministre, "en mobilité, en énergie, en nouvelles technologies et en sécurité". Le gouvernement Michel semblait parti pour laisser tomber l'équilibre budgétaire qu'il avait imposé pour 2018, mais Alexander De Croo ne voulait pas en entendre parler.

Répétons-le: depuis au moins 25 ans, la Belgique investit trop peu en nouvelles routes et dans leur entretien, en éclairage, en pistes cyclables, en écoulement des eaux, etc. Entre 1971 et 1990, 3,1% de notre PIB était consacré aux infrastructures ; pour la période 2010-2014, ce chiffre est descendu à 1,7%. D'après l'expert en budget louvaniste Wim Moesen, un pays civilisé dépense 3% de son PIB en investissements publics. Du coup, nous nous retrouvons avec une infrastructure inférieure.

Et ce n'est pas la seule raison pour laquelle les investissements en infrastructure sont nécessaires. Ils contribueraient aussi à la croissance économique, estimée cette année à seulement 1,4% et l'année prochaine même à 1,2%. L'économiste Paul De Grauwe l'a déjà dit : aujourd'hui la Belgique peut emprunter à un taux très bon marché, et si elle investit cet argent intelligemment, elle l'amortira facilement.

Bien entendu, le danger c'est que les politiques aient une vision assez opportuniste de la notion d'"investissements". On l'a vu quand la présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten, a déclaré que la baisse de l'impôt sur les sociétés de 34 à 20% ne devait pas être budgétairement neutre, car elle peut être considérée comme un "investissement". Une telle attitude nuit aux finances publiques, certainement quand elles sont déjà écrasées par une dette colossale. Un déficit budgétaire se défend uniquement s'il sert à investir en infrastructure et autres domaines qui rapportent de la croissance économique, et non à baisser l'un ou l'autre impôt.

Une baisse de l'impôt sur les sociétés doit être financée par d'autres impôts ou en économisant sur les dépenses. La Belgique, y compris la Flandre, possède un taux de dépenses publiques parmi les plus élevés d'Europe. Et il ne faut pas chercher plus d'impôts, mais essayer de limiter les dépenses non seulement pour payer une baisse de l'impôt sur les sociétés par exemple (d'après le projet du ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA), c'est d'ailleurs possible en instaurant des changements à l'intérieur de l'impôt sur les sociétés), mais surtout pour améliorer notre budget de 0,6% du PIB par an, car on ne peut continuer éternellement à dépenser plus que ce qu'on gagne.

Le gouvernement Michel ne doit donc pas poursuivre d'équilibre budgétaire structurel d'ici 2018, auquel De Croo est si attaché, car ce n'est pas intelligent. Il doit instaurer les investissements publics indispensables et pour cela, il peut aller jusqu'au déficit, car ce sont les investissements dans l'avenir qui sont amortis. En même temps, il doit en faire en sorte que le budget pour les dépenses courantes, qui comprend tous les coûts de fonctionnement et de personnel ainsi que tous les transferts afin que les retraites et les indemnités de chômage soient en équilibre. Il doit décider comment financer tout ça, non seulement maintenant, mais les années à venir aussi. On le répète : économiser et investir exige du courage, de la discipline et de la persévérance. Et aujourd'hui, on y ajoute de l'intelligence.

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