"Nemmouche est plus psychopathe que djihadiste"

11/09/14 à 07:09 - Mise à jour à 07:20

Source: Le Vif/l'express

A travers le témoignage du journaliste français Nicolas Hénin, la personnalité de Mehdi Nemmouche se révèle davantage. Pour le spécialiste des tueurs en série Stéphane Bourgoin, le meurtrier du Musée juif de Belgique est à l'évidence un psychopathe.

"Nemmouche est plus psychopathe que djihadiste"

© Image Globe

Les nouvelles informations à propos de Mehdi Nemmouche, l'auteur de la tuerie du Musée juif de Belgique, à Bruxelles, permettent de mieux cerner son profil. Le journaliste français Nicolas Hénin a reconnu le Franco-Algérien de 29 ans comme un de ses geôliers et bourreau lorsqu'il était détenu en Syrie par les djihadistes. Le reporter l'a dépeint en ces termes : "Un égocentrique et un affabulateur, pour qui le djihad n'est finalement qu'un prétexte pour assouvir sa soif maladive de notoriété."

D'après l'ex-otage, Nemmouche rêvait de figurer dans l'émission Faites entrer l'accusé de Christophe Hondelatte, dont il avait téléchargé des épisodes sur son ordinateur. "Je crois qu'il savait que nous tiendrions un jour une conférence de presse en son honneur et qu'il a fait le choix de se présenter à nous le visage découvert afin d'être sûr qu'il serait confronté à nous dans un processus juridique qu'il attend avec délice", raconte Hénin qui évoque aussi la violence de Nemmouche avec cette anecdote : "Il regarde ses mains, fait craquer ses doigts dans une attitude de boxeur et ajuste ses gants. ''Tu vois ces gants de moto ? Je les ai achetés pour te frapper. Rien que pour toi. Tu les aimes ?''".

L'avis de Stéphane Bourgoin, spécialiste mondialement connu des tueurs en série et des tueurs de masse (1).

Le Vif/L'Express : Mehdi Nemmouche présente-t-il les traits du pervers narcissique propres aux tueurs en série ?

Stéphane Bourgoin : Absolument. Le fait qu'il soit apparu à visage découvert devant Nicolas Hénin, alors que les djihadistes ont l'habitude de se montrer masqués à leurs otages, est très révélateur. Au Musée juif, avant de sortir sa kalachnikov, il n'a pas non plus enfilé la cagoule retrouvée, plus tard, dans son sac lors de son arrestation en France. Il souhaite être reconnu. Nemmouche, c'est la mentalité du serial killer pour qui le djihad est juste un habillage. Il est motivé par le plaisir de tuer, d'humilier, de dégrader, de chosifier ses victimes, bref par un sentiment de toute-puissance qu'il habille d'une idéologie, comme l'ont fait certains tueurs en Bosnie pendant la guerre contre les Serbes ou certains volontaires SS pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sans cette idéologie, Nemmouche pourrait-il quand même passer à l'acte ?

C'est difficile à dire. Il faudrait l'interroger à ce sujet. A priori, on peut penser que, s'il n'avait pas embrassé l'idéologie djihadiste, il ne serait pas passé aux actes. Pour lui, le djihad est l'opportunité de devenir un héros ou un martyr tout en assouvissant ses fantasmes, un peu comme Anders Breivik qui, en 2011, a tué 77 personnes en Norvège en revendiquant des idées fascistes. L'un comme l'autre s'estiment victimes de la société parce qu'on ne les reconnaît pas à leur juste valeur. Ils sont animés par une soif de vengeance vis-à-vis de la société ou d'une religion et s'habillent d'une idéologie extrême pour agir. C'est aussi le cas de Timothy McVeigh qui, sous couvert de l'idéologie suprématiste blanche, a fait exploser un bâtiment fédéral à Oklahoma City en 1995, tuant 168 personnes.

Pourquoi Nemmouche veut-il que ses victimes reconnaissent son visage ?

En se montrant à visage découvert, il veut lui-même être reconnu comme une victime de la société. On n'est plus un martyr si on n'a pas de nom ni de visage. Par ailleurs, contrairement à Breivik ou McVeigh qui tuent massivement à distance, Nemmouche, lui, a besoin d'un contact intime avec ses victimes, ce qui est typique du serial killer. C'est particulièrement frappant dans la description avec les gants de moto faite par Nicolas Hénin. Il dit les avoir achetés "rien que pour toi". Nemmouche est clairement plus psychopathe que djihadiste.

L'intégralité de l'entretien dans Le Vif/L'Express de cette semaine.

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