Etienne Dujardin
Etienne Dujardin
Juriste et Chroniqueur
Opinion

10/01/18 à 13:56 - Mise à jour à 13:56

"Ne plus subir la gauche culturelle comme nouvelle ligne politique gagnante ?"

On sent que quelque chose se passe dans l'opinion. La gauche est très mal prise sur la politique migratoire du gouvernement. Elle sait que l'opinion est pour une politique ferme et humaine en la matière.

"Ne plus subir la gauche culturelle comme nouvelle ligne politique gagnante ?"

Parc Maximilien © BELGA/Laurie Dieffembacq

Elle n'ose plus défendre sa politique de régularisation massive, mais essaye d'atteindre la politique du gouvernement via d'autres biais et fait monter des polémiques même sur base d'informations non vérifiées. Dans tout ce qui touche aux matières régaliennes, il existe une gauche très influente à savoir celle qui va de l'ensemble des ASBL subsidiées de gauche (type Mrax, Ligue des droits de l'homme...) au PTB et à une frange du PS et d'Ecolo, en passant par la gauche "anti-capitaliste". Aujourd'hui, cette gauche-là tremble, car elle sait que son hégémonie appartient désormais au passé. Qui aurait cru en 2014 que des ministres N-VA seraient dans les personnalités les plus populaires en Wallonie ?

Cette gauche qui était tellement habituée à dominer les débats, qui a réussi à imposer des processus de régularisation massive, a aujourd'hui compris qu'elle est devenue totalement minoritaire dans la population. Elle l'avoue même publiquement lorsque André Flahaut, par exemple, déclare sur antenne à une heure de grande écoute en parlant de la politique migratoire du gouvernement et de l'attitude de Francken : "On me dit que toute critique est devenue inaudible" ou lorsqu'Alexis Deswaef soutient dans un communiqué : "La politique de Charles Michel est un slogan destiné à rassurer la population". Par ces propos, ces deux acteurs avouent que la population souhaite une politique migratoire ferme et que leurs idées ne sont pas majoritaires. À toute cette gauche qui hystérise le débat depuis des semaines, qui déclare que la "démocratie belge est en danger", j'ai envie de répondre très simplement... Est-il normal qu'en démocratie, sur une question aussi importante que la politique migratoire d'un pays, on ne respecte pas l'avis extrêmement majoritaire dans la population à savoir : l'application d'une immigration choisie et non subie dans le respect des règles de droit ? La politique du gouvernement belge ne diffère pas de celle que le gouvernement de Macron semble vouloir entreprendre, elle est même plus laxiste. Lorsque le ministre de l'intérieur français annonce qu'il n'est pas normal que des clandestins restent indéfiniment sur le territoire français et que les procédures de retour seront considérablement augmentées, on ne commence pas à le caricaturer en nazi, pourtant le message est le même. Je ne doute pas de la sincérité de tous ces gens de gauche qui portent haut et fort leur conviction et dont le courage et la ténacité forcent parfois l'admiration. Ils ne doivent pas oublier comme le dit très bien Jean-Louis Debré que : "La gauche tiers-mondiste a mis la France au bord de l'extrême-droite". Regardons aussi les effets de la politique de Merkel qui a été plus applaudie par la gauche que par son propre camp et qui a ressuscité l'extrême-droite dans un pays où on pensait qu'elle aurait disparu heureusement à jamais. Comme le disait très bien l'intellectuel Raffaele Simone : "Merkel a affaibli la démocratie avec sa politique migratoire".

Si le sujet de l'immigration est extrêmement clivant, d'autres sujets le sont moins et rencontrent dans l'opinion un écho très important alors qu'ils sont mal ou peu défendus au sein des partis francophones. On pense notamment à la mobilité et à l'enseignement. Ce dernier est sans doute le thème le plus important à porter et où les dégâts de la gauche culturelle ont été considérables. Les derniers tests Pisa montrent des résultats catastrophiques. L'aptitude à la lecture des élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles, par exemple, est repassée en dessous de la moyenne des pays membres de l'OCDE. C'est affligeant, sachant que notre enseignement est bien mieux financé que beaucoup d'autres. À force de prôner "l'école de la réussite" et d'imposer des pédagogies innovantes, on a cassé l'école et augmenté les inégalités. À force d'appliquer les réformes voulues par certains gourous de l'éducation, qui veulent que l'élève apprenne par lui-même et qui déconseillent les évaluations certificatives, on a creusé les inégalités au lieu de les combler. L'école qu'on voulait rendre plus juste est devenue en réalité plus injuste. Le fameux pacte dit "d'excellence" ne rompt absolument pas avec cette pédagogie de la bienveillance présente dans l'enseignement francophone. Lorsque vous entendez certains professeurs se plaindre de la façon dont fonctionne l'enseignement, vous ne pouvez que leur donner raison. L'étude par coeur est quasiment bannie, les devoirs sont presque proscrits ou ne peuvent être amenés que de manière déguisée. Une interrogation ou une dictée ? Surtout pas ! L'enfant pourrait se sentir importuné, tiraillé dans son intérieur profond. Seuls quelques tests ou examens peuvent être certificatifs. Il serait temps de proposer un retour à l'exigence à l'image ce que fait l'excellent ministre de l'Éducation nationale en France, Jean-Michel Blanquer.

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Beaucoup de nouveaux partis ne décollent pas. Ils n'ont pas compris que l'électeur ne veut pas d'une énième offre de centre-gauche ou d'une vaste foutaise programmatique qui serait le "ni-droite ni-gauche".

En termes de mobilité, certains ne jurent que par la multiplication de pistes cyclables, la suppression des places de parking et la prise des transports en commun. Si les déplacements en vélo sont à favoriser, encore faudrait-il avoir des tronçons complets, car c'est beau de faire passer une voirie de trois à deux bandes, mais si ce n'est pour n'y voir que très peu de vélos, car le tracé n'existe que sur 2 km, cela ne sert strictement à rien. C'est beau de vouloir supprimer à tout-va le parking, mais si c'est pour tuer les commerces de proximité et de ne pas savoir proposer une politique crédible à la place, c'est inutile. C'est beau de vouloir favoriser les transports communs (je les prends moi-même tous les jours), mais c'est impossible lorsque vous avez 4 rendez-vous sur la journée dans une ville où parcourir 9 km en transport en commun peut parfois prendre une heure tellement les correspondances ou le tracé sont mauvais. Ne plus entretenir les tunnels par simple idéologie sans apporter d'offre crédible de transports à la place est inacceptable. Tout comme est inacceptable le fait d'avoir laissé traîner le RER durant des années. Il serait temps que, du côté francophone, on tienne enfin tête à toutes les inepties proposées par Pascal Smet et qu'on mette sur la table un projet de mobilité global et bien pensé pour Bruxelles.

On aurait pu aborder beaucoup d'autres sujets... Faut-il continuer à avoir des coûts de fonctionnement exorbitants liés à notre belle protection sociale dont nous pouvons être fiers ? À titre d'exemple, faut-il continuer à payer via les syndicats la majorité des allocations de chômage ? N'est-il pas possible de supprimer tous les intermédiaires entre le citoyen et l'État belge ? Grâce à l'informatisation accrue, cela pourrait être mis en place très facilement tout en ne changeant rien aux montants versés aux allocataires. Simplement les coûts de fonctionnement pourraient ainsi être épargnés. Un certain nombre de tabous doivent tomber ou pour le moins être évoqués. Les personnes qui auront le courage de le faire et d'offrir une vision claire seront gagnantes politiquement aux prochaines élections.

Les partis traditionnels qui sont tous en plein chantier des idées ou qui tentent de se renouveler ont intérêt à comprendre le message de l'électeur d'ici 2019. Beaucoup de nouveaux partis tentent d'exister, mais ne décollent pas. Ils n'ont pas compris que l'électeur ne veut pas d'une énième offre de centre-gauche ou d'une vaste foutaise programmatique qui serait le "ni-droite ni-gauche". Le boulevard politique se situe aujourd'hui face à la doctrine prônée par cette gauche culturelle. L'espace à prendre politiquement est celui d'une droite qui s'assume, qui rassemble, qui propose un nouvel horizon, qui traduit politiquement le souhait de la majorité silencieuse et qui propose aussi des réponses aux grands défis de demain que sont le climat, l'intelligence artificielle, la mobilité. Non pas une droite qui se replie sur elle-même, non pas d'une droite infréquentable type Trump ou Farage mais d'une droite qui restant ferme sur ses fondamentaux, pratique la technique de la "triangulation", en prenant les meilleurs idées ou acteurs de gauche. Une droite dont le secrétaire d'État à la lutte contre la fraude fiscale serait le brillant Ahmed Laaouej. Il n'accepterait certainement pas le défi, mais il permet d'illustrer le propos. Nous arriverons vite en 2019 et nous verrons rapidement si l'offre politique s'élargit d'ici là et enrichit finalement la démocratie.

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