" MR et N-VA s'entendent pour saper les bases de la Belgique "

24/01/14 à 09:52 - Mise à jour à 09:52

Source: Le Vif

Ce sont peut-être les leaders politiques bruxellois de demain. Dans l'immédiat, ils fourbissent leurs armes. "Le CDH est chèvre-choutiste", ironise le socialiste Ahmed Laaouej. "On a technicisé à outrance le débat politique", dénonce l'écologiste Zakia Khattabi.

" MR et N-VA s'entendent pour saper les bases de la Belgique "

© Jonas Hamers

Zakia Khattabi, 38 ans, sénatrice Ecolo, et Ahmed Laaouej, 43 ans, sénateur PS, sont deux valeurs montantes de la politique bruxelloise. Le Vif/L'Express les a réunis pour confronter leurs visions de la crise, de l'économie, du racisme, du pouvoir. Une rencontre sur fond d'élections imminentes. Le 25 mai, Zakia Khattabi sera tête de liste à la Chambre. Ahmed Laaouej, en revanche, n'est pas encore fixé sur son sort.

Le Vif/L'Express : L'air du temps semble favoriser la droite. Une part importante de la population est acquise à l'idée qu'il faut réduire les impôts, diminuer le nombre de fonctionnaires, durcir les lois d'immigration. Vous débutez la campagne avec l'impression de devoir lutter contre les vents dominants ?

Zakia Khattabi : Le constat que vous posez est évident, mais de là à dire que c'est ça qui donnera le ton de la campagne... Je vais surtout défendre le projet écologiste, qui est une alternative à ce mainstream néolibéral et droitier.

Ahmed Laaouej : On vit une situation paradoxale. On subit encore les effets de la crise financière de 2008. Et en même temps, on voit revenir une arrogance des libéraux, alors que c'est l'idéologie dont ils procèdent qui a conduit à cette crise. La N-VA et le MR, de ce point de vue, sont sur la même longueur d'onde. Ils veulent réduire les pouvoirs publics à la portion congrue et démanteler tous les mécanismes de solidarité. Je constate qu'aujourd'hui, la N-VA n'est plus le seul relais politique du patronat flamand. Il y a aussi le MR. A un moment, il faut faire des choix. Je considère qu'on doit être plutôt du côté des travailleurs, des ménages, de ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois. Et j'inclus les classes moyennes. Le MR se prétend leur porte-voix. Mais ce qu'il va engendrer, c'est un déclassement des revenus moyens dont il affirme défendre les intérêts.

Z.K. : Parler de crise, c'est comme si le modèle était malade et qu'il suffisait de le soigner pour que ça aille mieux. Je crois au contraire qu'il faut changer de modèle. On ne peut pas non plus éluder la responsabilité d'une certaine gauche qui a aidé le désastre actuel à s'installer. Pourquoi l'a-t-fait ? Pour rester au pouvoir.

Vous critiquez les supposées convergences entre le MR et la N-VA. La sortie conjointe de Charles Michel et de Wouter Beke atteste plutôt l'émergence d'un axe MR-CD&V.

A.L. : Alors là, c'est le bal des hypocrites ! Comment prendre le MR au sérieux quand on lit les propos de Didier Reynders lui-même ? Dans son dernier bouquin, au sujet des liens actuels entre le CD&V et la N-VA, il dit : "Ce n'est pas un cartel, mais cela en a le goût et la couleur." J'observe que sur de nombreux sujets, les ténors libéraux sont sur la même ligne que les nationalistes flamands. Un peu comme si la N-VA et le MR s'entendaient pour saper les bases de la Belgique, ce pacte économique et social à travers lequel on essaye de trouver les bons équilibres entre les bénéfices du patronat et les salaires des travailleurs.

Z.K. : Sur un débat comme l'indexation des salaires, la proximité entre le MR et la N-VA saute aux yeux. A première vue, le projet économique de la N-VA va bien plus loin que celui du MR. Mais, en même temps, le MR ne dénonce jamais les propositions de la N-VA. En fait, la N-VA permet au MR d'assumer des postures socio-économiques bien plus à droite que celles qu'il pourrait défendre si la N-VA n'existait pas. Ce sont des alliés objectifs. C'est comme si Bart De Wever avait décomplexé les libéraux... C'est fou, parce que, du coup, on découvre le visage du MR.

A.L. : Le MR utilise la N-VA comme levier pour proposer une régression sociale, et ça n'échappe à personne.

A vous entendre critiquer en choeur le MR, doit-on déduire qu'une coalition de type olivier (PS-CDH-Ecolo) a forcément votre préférence ?

A.L. : Au soir du 25 mai, il faudra d'abord prendre la mesure du résultat des élections. Indépendamment de ça, je vois plus de points de convergence avec les partis progressistes, notamment sur la fiscalité et l'économie, qu'avec le MR. L'autre problème du MR, c'est qu'il reste une somme d'individualités, avant d'être un parti avec une cohérence programmatique. J'ai de l'empathie, et même un brin d'admiration pour Richard Miller, qui doit coexister avec quelqu'un d'ouvertement xénophobe comme Alain Destexhe.

Z.K. : L'olivier, j'ai envie dire que ce serait plus facile avec Ahmed qu'avec d'autres socialistes... Ahmed parlait des individualités qui composent le MR, mais au PS aussi, il y a des tendances. Alors, signer d'avance pour l'olivier, avec qui que ce soit, ce n'est pas aussi évident. Dans la pratique, le clivage gauche-droite n'est pas toujours aussi clair qu'en théorie. C'est une ministre socialiste, Monica De Coninck, qui propose les chèques-emploi, qui reviennent à imposer à certains travailleurs des sous-statuts.

Le PS au pouvoir sans interruption depuis vingt-six ans, c'est sain, en démocratie ?

A.L. : Comme si respecter la démocratie, c'était veiller à ce qu'un parti ne puisse exercer le pouvoir, même quand il reçoit l'appui d'un très grand nombre d'électeurs. Cela n'a aucun sens ! C'est même la négation de la raison d'être des élections. Si Ecolo faisait 30 % pendant vingt ans en Wallonie, je serais le premier à dire qu'il serait incompréhensible de le reléguer dans l'opposition.

Z.K. : Dire qu'il ne serait pas démocratique de mettre le PS dans l'opposition, dans un système proportionnel comme le nôtre, ce n'est pas tout à fait correct. Après les élections régionales de 2009, on a fait le choix de l'olivier, mais d'autres types de coalition étaient possibles, et tout aussi respectueux de l'électeur. Plus largement, je m'interroge sur le fait que certaines personnes restent aussi longtemps au sommet de l'Etat. Très honnêtement, je suis parlementaire depuis cinq ans et parfois, je me dis que j'ai perdu le contact avec la réalité. Alors, ministre pendant vingt ans...

L'intégralité de l'entretien dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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