Milice chez Meister : "des pratiques illégales"

27/02/12 à 12:44 - Mise à jour à 12:44

Source: Le Vif

La direction de l'usine Meister à Sprimont est vivement critiquée ce lundi après avoir engagé une vingtaine d'hommes pour forcer le barrage mis en place par une partie du personnel et des délégués syndicaux dimanche.

Milice chez Meister : "des pratiques illégales"

© Image Globe

Une vingtaine d'hommes, certains équipés de matraques, étaient arrivés dans l'après-midi sur le site de Sprimont avec l'intention d'emporter du matériel "de gré ou de force". Une centaine de membres du personnel et des délégués syndicaux s'étaient ensuite postés devant l'usine, déterminés à empêcher tout convoi de sortir. Les hommes engagés par la direction de Meister pour récupérer du matériel à l'usine de Sprimont ont été évacués par la police vers 23h30.

Un coup de force "illégal"

Le professeur émérite en droit social de l'UCL, Gilbert Demez, juge "illégal" le coup de force tenté par la direction de Meister Benelux.

"Un tel comportement est inacceptable de la part d'un employeur; d'autant plus que cela s'est fait alors qu'il y avait un conflit social dans l'entreprise", explique-t-il, estimant que cette manière de faire rend difficile la poursuite des négociations. "Tout ça est malsain. Il y a des procédures à suivre, notamment en matière de vente, alors pourquoi ne pas les respecter ? ", s'interroge-t-il encore.

Le professeur estime par ailleurs qu'il existe très peu moyens de pression sur cette entreprise allemande. Des démarches peuvent cependant être entreprises, notamment par le gouvernement ou des organismes de représentation des travailleurs, précise-t-il.

La ministre de l'Emploi condamne les méthodes de la direction

La ministre fédérale de l'Emploi, Monica De Coninck, a condamné "avec la plus grande fermeté" la manière avec laquelle la direction de l'entreprise de Meister Benelux à Sprimont a tenté de mettre la main sur des camions situés sur le site de l'entreprise, spécialisée dans la fabrication d'équipements automobiles.

"Le recours à ce que les différents témoignages qualifient de "milice privée" et la violence avec laquelle celle-ci semble avoir opéré relèvent d'un comportement inqualifiable digne d'un autre temps et contreviennent aux principes fondamentaux de notre état de droit", a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Monica De Coninck (sp.a) ajoute qu'elle s'entretiendra lundi avec le conciliateur social que le SPF Emploi a envoyé sur place dès dimanche. Selon elle, il appartient à la direction de rétablir un climat social susceptible de ramener la sérénité que la situation impose.

Si la ministre affirme "ne pouvoir souscrire" à la séquestration de la direction survenue la semaine dernière, elle saisit pleinement la nécessité pour les travailleurs d'être informés et rassurés quant à l'avenir des activités sur le site de Sprimont.

Pour elle, la décision de la direction de réaffecter plusieurs commandes importantes a "semé le trouble" chez les travailleurs. "Il appartient dès lors à la direction de clarifier la situation par l'entremise d'un dialogue sérieux et respectueux avec les travailleurs", conclut-elle.

Thierry Giet condamne fermement les événements Le président du PS Thierry Giet et le PS Sprimont condamnent fermement les événements, peut-on lire dimanche soir dans un communiqué du parti. "Il s'agit là d'une violation flagrante et choquante de notre modèle de concertation sociale, voire de notre État de droit. Un conflit social - si dur qu'il soit - ne peut en aucun cas se régler par la violence ou l'intimidation", a indiqué Thierry Giet qui appelle de toute urgence la direction à reprendre le dialogue avec les travailleurs.

Le PS Sprimont condamne également fermement le recours à de telles méthodes, qui portent atteinte aux relations sociales et à la démocratie en général.

L'UWE "condamnera toujours tout acte de violence, d'où qu'il vienne"

L'Union wallonne des Entreprises (UWE) "condamne et condamnera toujours tout acte de violence d'où qu'il vienne", a-t-elle réagi lundi. "L'UWE est d'accord avec les leaders syndicaux pour dire que nous vivons dans un État de droit et que la loi doit être respectée par tous et en toutes circonstances", ajoute-t-elle en s'étonnant toutefois de la réaction du monde politique.

"Les autorités sont toujours promptes à stigmatiser un entrepreneur, mais nous attendons toujours le premier mot de condamnation de la séquestration illégale de la direction en milieu de semaine dernière. Condamnation que nous attendons toujours bien sûr aussi du côté syndical", souligne ainsi l'Union wallonne des Entreprises.

"À défaut de réaction contre ces séquestrations, on peut craindre une escalade dans les actions musclées, comme les faits de ce dimanche l'ont prouvé", conclut l'UWE.

Les métallos de la FGTB dénoncent des pratiques "au fumet fascisant"

La MWB-FGTB "dénonce avec force des pratiques au fumet fascisant, qui constituent une agression flagrante contre le monde du travail et remettent gravement en cause les fondements mêmes de notre démocratie", a-t-elle déclaré lundi dans un communiqué.

"La MWB-FGTB s'étonne de n'avoir vu aucune interpellation ni administrative, ni judiciaire à l'encontre d'individus armés et caparaçonnés", poursuit le syndicat qui "exige qu'au plus vite les représentants patronaux les rejoignent sereinement à la table des négociations".

Lundi peu avant midi, une réunion au Palais de Justice de Liège, réunissant l'auditeur du travail, les syndicats et des représentants de la direction, était toujours en cours. Une autre rencontre entre partenaires sociaux devrait être organisée dans l'après-midi, a indiqué Fabrice Jacquemart, responsable de la communication à la FGTB Métal pour la région de Liège.

Écolo s'indigne d'une méthode antidémocratique

L'intervention de vigiles armés "constitue un acte d'une déloyauté jamais rencontrée dans l'histoire sociale récente de notre pays", affirme Écolo dans un communiqué. Écolo s'indigne de la méthode antidémocratique choisie par les patrons de l'entreprise.
"La gravité de l'événement à Sprimont nécessite une prise de position claire dans le chef du Gouvernement fédéral et du 1er ministre", ajoutent Zoé Genot et Éric Jadot dans un communiqué.
Écolo, par la voix de la députée Zoé Genot, interrogera la ministre de l'Emploi de Coninck ainsi que sa collègue Joelle Milquet, ministre de l'Intérieur, quant à la gestion et la signification des incidents de ce week-end. De même, le parti écologiste estime nécessaire une démarche diplomatique du Gouvernement fédéral à l'égard des autorités allemandes, afin de leur exprimer la désapprobation belge quant aux méthodes utilisées.

Le Vif.be, avec Belga

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