Rik Van Cauwelaert
Rik Van Cauwelaert
Directeur de Knack
Opinion

28/08/12 à 11:32 - Mise à jour à 11:32

Michelle Martin : quand la mère d'Eefje a plus de courage que les politiques

Il semble que la mère d'Eefje Lambrecks ait eu une réaction plus juste que les hommes politiques de la rue de la loi qui n'ont pas osé défendre ce qu'ils avaient préalablement accordé.

Michelle Martin : quand la mère d'Eefje a plus de courage que les politiques

© Belga

Entre une opinion publique qui gronde et les tambours médiatiques qui s'acharnent sur la libération de Michelle Martin, seule une voix ose la dissonance. C'est celle de Rachel Vanderhoven , la mère de Eefje Lambrechts qui, avec son amie Ann Marchal, fut enlevée et tuée par Marc Dutroux.

Madame Vanderhoven n'a pas fait appel contre la demande de libération de Michelle Martin. Elle a expliqué via son avocat qu'"il existe des lois pour défendre les droits individuels des citoyens contre les comportements de la société. Hélas, certains individus en profitent alors qu'il ne devrait, stricto sensu, ne pas y avoir droit. Ce n'est néanmoins pas une raison pour remettre en cause tout le système. Si Martin répond aux conditions établies par la loi, il n'y a aucune raison que cette même loi ne s'applique pas aussi à son cas et c'est ce que nous devrions respecter."

Cette déclaration qui va à contre-courant de ce que l'on entend ces derniers temps n'a pourtant eu que peu d'échos dans les médias occupés par les déclarations tonitruantes des divers partis politiques sur une justice qui a perdu tous sens commun et qui s'est déconnectée de la population. Il est vrai que la libération de Michelle Martin et sa possible admission dans un couvent ont suscité un tollé sans précédent. Celui des parents, pour des raisons que tout le monde peut comprendre, ainsi que celui d'une frange de la population qui a manifesté son émoi jusque devant les murs du couvent de Malonne. Mais aussi parmi les politiques. Avec une ministre de la Justice qui n'a pas fait preuve de la retenue nécessaire. Une ministre encouragée dans cette voie par Elio Di Rupo lui-même qui veut renforcer les conditions de libération. Et que dire du Vice-premier Johan Vande Lanotte ? Ce juriste et professeur d'université trouve, subitement, que, non décidément, 16 ans c'est trop peu pour quelqu'un comme Martin. Et son collègue Renaat Landuyt qui annonce que le jury qui condamnait Michelle Martin à une peine de 30 ans ne savait probablement pas qu'elle n'en ferait que 16 ? Dans toutes les déclarations politiques, c'est bien cette dernière qui tient le pompon. Ce juriste devrait savoir que lors de délibérations le président du jury d'assises est présent et que ce dernier a probablement informé les jurés de cette possibilité. Et même si ce n'était pas le cas, lui-même fait partie des forces dirigeantes qui ont voté les lois qui ont permis l'introduction des Tribunaux d'application des peines (TAP) pour que ce ne soit plus au ministre de la Justice de faire pencher la balance lors d'une libération conditionnelle .

Au-delà du brouhaha politico-médiatique des dernières semaines, il semble bien que la justice, tout comme le monde politique, ne soit en réalité pas prête à faire face à ce genre de cas. Et c'est pourquoi c'est à un couvent de prendre le relai. À la manière du 19e siècle et ses maisons de "femmes déchues" que l'on pouvait trouver dans les livres de Charles Dickens.

Rick Van Cauwelaert

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