Mgr Léonard : "Il faut du temps pour digérer les conclusions de la commission abus sexuels"

26/04/11 à 12:25 - Mise à jour à 12:25

Source: Le Vif

Mgr Léonard, le primat de Belgique tente de justifier son silence dans un entretien accordé au Vif.be.

Mgr Léonard : "Il faut du temps pour digérer les conclusions de la commission abus sexuels"

© F.Pauwels

Levif.be : Vous étiez conscient qu'en vous taisant pendant la semaine sainte, la réponse de l'Eglise à l'interview de Roger Vangheluwe serait forcément jugée très "insatisfaisante" au sein du monde politique et parmi les croyants ?

Mgr Léonard : Il faut parfois prendre le temps avant d'agir. En Belgique, n'est-on pas habitué à la patience [sourire] ? En réalité, il n'y a pas eu de silence de l'Eglise comme telle. J'ai tenu, comme je m'y étais engagé, à ne pas répondre aux sollicitations des médias. Mais mes confrères Guy Harpigny et Johan Bonny, deux évêques en charge de la problématique des abus sexuels, ont exprimé la position collégiale de la conférence épiscopale.

Beaucoup attendent une réduction de Vangheluwe à l'état laïc, voire une exclusion de l'Eglise. Pourquoi le pape n'a-t-il pas encore tranché, un an après la mise à l'écart du prélat convaincu de pédophilie ?

Ce serait bien que Rome s'exprime, dans un délai raisonnable. Vangheluwe étant évêque, une sanction éventuelle ne dépend pas de nous. Avant une décision plus approfondie sur son cas, une mesure de transition a été prise : une retraite hors de Belgique avec un suivi spirituel et psychologique. Mais alors que ce traitement avait à peine commencé, Vangheluwe a accordé une interview retentissante de près d'une heure, non conforme à la discrétion qui lui était demandée. J'espère que le murissement de la décision vaticane sera accéléré en raison de ce fait nouveau.

Suite au dégoût profond suscité par l'interview de Vangheluwe, Laurette Onkelinx et d'autres responsables politiques ont reproché à l'Eglise de tarder à répondre aux recommandations de la commission Lalieux. Une remise en cause du financement des cultes est même évoquée. Votre réaction ?

Il faut du temps pour digérer les conclusions de la commission sur les abus sexuels, analyser les différentes propositions et trouver les réponses les plus justes. Deux évêques, Mgr Harpigny et Mgr Bonny, y travaillent, conseillés par des experts juridiques et des spécialistes de la résolution des litiges. A chaque réunion de la conférence épiscopale, nous faisons le point. J'admire le temps investi par mes confrères dans ce travail.

Le CDH Christian Brotcorne et d'autres élus auraient préféré que vous régliez le problème de l'indemnisation des victimes avant que la commission n'achève ses travaux. L'Eglise est-elle restée amorphe ?

Si nous avions proposé une solution sur d'éventuelles compensations financières avant la fin des travaux de la commission, on nous aurait reproché de faire peu de cas du travail des parlementaires.

ENTRETIEN : OLIVIER ROGEAU

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