22/12/15 à 11:13 - Mise à jour à 20/01/16 à 11:47

Mères porteuses : "Un véritable retour en arrière pour l'égalité"

Des jeunes belges, membres de partis politiques différents, se rassemblent pour dénoncer unanimement la gestation pour autrui. Une pratique contraire aux droits des femmes et dont le Parlement européen a demandé l'interdiction cette semaine. En Belgique, le Sénat recommande de légiférer.

Mères porteuses : "Un véritable retour en arrière pour l'égalité"

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Mais que se passe-t-il au Sénat belge ? D'un côté, nous pouvons nous réjouir du dernier rapport sur "l'égalité des droits Homme-Femme" du 2 mars 2015. Il explique en 184 pages comment la Belgique prévoit de lutter contre les inégalités des droits entre les femmes et les hommes. Les engagements les plus détaillés sont pris pour vaincre toutes formes de violence et d'inégalité dont les femmes sont bien souvent les victimes. De l'autre, quelques mois plus tard, le Sénat adopte le 11 décembre 2015, un rapport recommandant de " légaliser la GPA, tout en interdisant la maternité de substitution à des fins commerciales, et, retenant toutefois l'idée d'une "rétribution" de la mère porteuse ". Une pratique permettant à un couple commanditaire de s'acheter les services d'une femme pour obtenir un enfant, abandonné à sa naissance. Un véritable retour en arrière pour l'égalité.

Ce rapport de 400 pages (1) de la Commission des affaires institutionnelles du Sénat, reprend les auditions de vingt-quatre experts, parmi lesquels plusieurs médecins, psychologues, ou avocats. Notons au passage que plusieurs d'entre eux sont directement impliqués dans la pratique actuelle de la GPA en Belgique et y trouvent une source de revenus.

Les sénateurs sont unanimes, la GPA rémunérée sera interdite, et ce, afin d'éviter les abus. Ceci n'empêche pas les mêmes pourfendeurs de la rémunération des femmes porteuses d'accepter le concept d'indemnisation, voir de cadeaux pour la mère porteuse. La femme ne sera donc pas rémunérée, seulement "indemnisée" et ce "pour ses bons services rendus", alors qu'elle sera lucrative pour de nombreux intermédiaires : les centres de procréation en hôpital, les psychologues, les avocats, les médecins et tous les autres. Quelle hypocrisie !

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Certains ont défendu la GPA altruiste et gratuite, mais ce concept ne tient pas.

Certains ont défendu la GPA altruiste et gratuite, mais ce concept ne tient pas. Comme plusieurs experts et avocats l'ont rappelé: la GPA est un marché qui sera régulé par les lois du marché, ceux qui ont le pouvoir et l'argent exploiteront ceux qui sont faibles, influençables ou sans ressource. Les tristes exemples de telles pratiques en provenance d'Inde, de Thaïlande ou encore des Etats-Unis devraient nous ouvrir les yeux ; mais pas ceux de nos sénateurs apparemment.

Une ferme interdiction dans un autre Parlement

Hasard du calendrier ou pas, ce 17 décembre 2015, le Parlement européen, à une large majorité, a réaffirmé le fait que (2) "la pratique de la gestation pour autrui (...) va à l'encontre de la dignité humaine de la femme, dont le corps et les fonctions reproductives sont utilisés comme des marchandises; De plus, les Parlementaires européens estiment que cette pratique, par laquelle les fonctions reproductives et le corps des femmes, notamment des femmes vulnérables dans les pays en développement, sont exploités à des fins financières ou pour d'autres gains, doit être interdite (...)"

Or, - faut-il le rappeler, - le rôle des rapports d'initiative votés au Parlement européen, est de servir de boussole pour l'ensemble des pays membres.

Dès lors, comment la position du Sénat belge est-elle conciliable avec cette injonction du Parlement européen ?

L'avenir est en jeu

Des jeunes de partis politiques différents se réunissent car c'est l'avenir de la société belge qui est en jeu. Quel avenir voulons-nous construire ? Quelle société pour demain ? Celui où un enfant pourra être conçu pour être intentionnellement abandonné par sa mère dès les premiers instants de sa vie ? Où un contrat poussera une mère à renoncer à l'enfant qu'elle a porté pendant 9 mois contre une indemnisation ? Ou des intermédiaires toucheront d'importants revenus sur la détresse de familles entières et de couples stériles ?

Une telle pratique ne peut nous laisser indifférents. Tous les citoyens responsables, eux aussi, sont invités à une vraie réflexion au-delà de l'émotion ou des slogans faciles mais abêtissants de lobbys. La dignité des femmes et la protection des enfants sont à ce prix !

La sagesse de l'Université des femmes, dont la lettre (3) adressée à la Commission des affaires institutionnelles, peut nous inspirer : "Le consentement des femmes invoqué tant pour la GPA dite altruiste que pour la GPA commerciale, doit être considéré comme non pertinent... Le glissement actuel du désir d'enfant au droit à l'enfant doit être interrogé.

Par Tanguy Bocquet, Jeune MR, et Guillaume Dos Santos, Président des Etudiants Démocrates Humanistes.

(1) http://www.senate.be/www/webdriver?MItabObj=pdf&MIcolObj=pdf&MInamObj=pdfid&MItypeObj=application/pdf&MIvalObj=100663578

(2) Initiative parlementaire, rapport sur les Droits de l'homme et de la démocratie dans le monde,article 114.

(3) La dernière pièce du rapport de la commission des Affaires institutionnelles au Sénat sur la GPA, est une lettre de l'Université des Femmes.

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