Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

03/05/13 à 07:25 - Mise à jour à 07:25

Menace sur la démocratie

La permanence de crise économique mène à questionner le rôle du politique et l'avenir de la démocratie en Europe. Au moment de former l'équipe qui a sorti l'Italie de deux mois de paralysie, le nouveau Premier ministre Enrico Letta a promis un "gouvernement de service, [...] de basse intensité politique", auquel il a donné dix-huit mois pour faire ses preuves ou... se démettre. Interrogés dans un récent sondage, les Français plébiscitent à 78 % un gouvernement d'union nationale pour faire face à la gravité d'une conjoncture à laquelle ils ne voient pas d'issue.

Le politique est-il devenu à ce point impuissant qu'il doit taire ses valeurs et ravaler ses ambitions au profit d'un maëlstrom technocratique pour gérer la chose publique ? L'union nationale est-elle la meilleure réponse au défi de la crise ? Les gouvernements de grande coalition (Autriche, Finlande, Pays-Bas, Irlande qui se redresse, Belgique...) ne sont pas, il est vrai, ceux qui s'en sortent le moins bien dans la lutte contre le déficit public. Et en regard de l'éclatement du paysage politique issu des élections législatives de fin février, l'Italie n'avait pas d'alternative pour fermer la parenthèse du gouvernement de techniciens dirigé par Mario Monti. Dans le même temps, on voit bien le risque majeur qu'implique un recours fréquent à l'union nationale. Si la droite, la gauche, puis la grande coalition échouent à résoudre la crise, quels en seront les bénéficiaires ? Vers qui se tournera alors l'électeur en connaissance ou en désespoir de cause ? Les partis extrêmes ou antipolitiques, Geert Wilders à La Haye et Beppe Grillo à Rome, les formations séparatistes adeptes "du chauvinisme du bien-être" ailleurs...

C'est le grand tort de l'Union européenne, dans sa structure actuelle, de croire qu'elle pourra gérer une crise aussi durable avec le seul assentiment des dirigeants, sans consultation des peuples ni même effort de pédagogie. L'adoption du traité budgétaire européen en fournit une saisissante illustration. C'est sans doute le grand échec de l'Union européenne de croire que la réponse à la crise s'impose de façon univoque, sans individualiser davantage les stratégies pour parvenir à relancer la croissance. Même si la pensée dominatrice allemande n'excuse pas les relents de germanophobie observés au Parti socialiste français.

Le président de l'Assemblée nationale française Claude Bartolone n'a sans doute pas tort de craindre pour l'échéance électorale de 2014 "un 21 avril européen", en référence à l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002. De même, aucun démocrate ne peut se réjouir qu'un François Hollande recueille moins de 25 % d'adhésion auprès des Français après un an seulement de mandat.

"Le développement de la démocratie implique que soit réaffirmée l'importance des choix tranchants et que soient simultanément valorisées des décisions plus unanimes. Les deux éléments forment en effet un jeu à somme positive, ils ne s'excluent nullement", professait déjà en 2008 l'historien de la démocratie Pierre Rosanvallon dans La légitimité démocratique (Seuil). "Il ne s'agit pas de "dépolitiser la démocratie". Il faut au contraire la repolitiser, donner plus de centralité au politique", concluait-il. Devant une Union européenne en crise de légitimité démocratique, il est urgent que le politique reprenne le dessus sur l'expert et que le débat public soit ravivé par des oppositions affirmées. C'est l'affaire des politiques mais c'est aussi l'affaire de tous.

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