Marc Wilmots : "Je défends le drapeau belge !"

29/08/13 à 11:42 - Mise à jour à 11:42

Source: Le Vif

Le coach des Diables rouges est devenu une icône dans la population alors que l'équipe nationale de football enchaîne les résultats positifs et suscite un engouement sans précédent. S'il refuse de mêler sport et politique, Marc Wilmots s'exprime sans retenue au sujet des valeurs que représente la Belgique : solidarité, multiculturalisme, ouverture au monde, créativité... Entretien.

Marc Wilmots : "Je défends le drapeau belge !"

© Reuters

Qu'est-ce qui vous porte ?

Nous sommes fiers de représenter la Belgique, sans rentrer dans la politique. Nous portons les couleurs d'un pays ayant trois langues officielles, culturellement très intéressant. Quand on voyage beaucoup à l'étranger, on se rend compte de l'importance de ses racines. Tous ces joueurs, qui sont partis vivre ailleurs, ne reviennent pas jouer pour l'équipe nationale pour l'argent mais parce qu'ils ont des valeurs. Celles d'une équipe : solidarité, respect, honnêteté... Le collectif prime. Les joueurs savent très bien qu'à onze, on ne va nulle part, il faut être vingt-trois. En tant que manager, il faut créer une âme et un code de conduite partagé par tous.

Il y a un engouement populaire incroyable pour les Diables. Vous ne pouvez pas fermer les yeux là-dessus, si ?

Non, non, j'ai été le premier à le reconnaître. Et jamais je n'aurais pensé que l'on chanterait un jour la Brabançonne. J'avais d'ailleurs dit que je n'obligerai pas mes joueurs : ils jouent au foot, ils ne sont pas là pour faire une chorale. Puis, j'ai reçu quelques lettres de supporters qui voulaient le faire et j'ai proposé de chanter avec eux. Ce sont eux qui ont redoré ces valeurs-là. Nous, nous ne demandions qu'une chose, c'était une étincelle et elle est venue.
Je vois maintenant des jeunes gamins qui viennent au stade en portant le maillot des Diables. Ils s'identifient peut-être aux joueurs, mais surtout à leur pays. Chaque match est sold-out, c'est magique.

Mais je reste les deux pieds sur terre. Quand cette campagne a été lancée, j'ai dit à la fédération qui voulait construire des stades, des stades : waw, waw, doucement, que se passera-t-il si on n'est pas qualifié ? Nous, nous voulons un public qui soit là dans les bons et les mauvais moments. Parce que soutenir son pays, c'est inconditionnel. Pour l'instant, on n'a vu qu'une face de l'histoire.
Je réfléchis à long terme. Je ne peux pas m'empêcher de construire quelque chose pour mon pays, que ce soit au niveau des jeunes, de l'encadrement, du travail avec les clubs... Je ne suis pas là pour créer de la polémique ou pour diviser, je suis là pour rassembler les gens.

Vous dites souvent : "les politiques sont là pour diviser, nous sommes là pour rassembler".

J'ai vécu en politique. On s'y nourrit de conflits. Chacun essaye d'avoir le pouvoir, chacun tente d'influencer l'un ou l'autre... Le plus facile, quand on a rien à dire, c'est d'aller sur le terrain communautaire, ce qui n'est pas le cas dans le peuple ou très peu. Moi, je suis quelqu'un du peuple. J'apprécie les gens qui vont bouloter, qu'ils soient plombiers, électriciens, de n'importe quel niveau social. L'équipe nationale n'appartient à personne, sinon au peuple belge !

Votre capitaine, Vincent Kompany, a acquis une incroyable stature sportive à Manchester City. Il défend lui aussi l'unité du pays, la solidarité, l'éducation des jeunes...

Là, on se ressemble. A l'époque, je suis entré en politique pour ça : jeunesse, santé, éducation et sport. Ce sont parfaitement les mêmes valeurs que l'on retransmet, Vincent et moi. C'est quelqu'un de formidable, il se sacrifie, il est toujours disponible pour les autres. Nous venons tous les deux de milieux où l'on n'a pas eu la vie facile et nous n'oublions pas d'où l'on vient.
Mais il faut séparer le sport et la politique, c'est important. Il ne faut pas que l'on diabolise l'équipe nationale pour deux personnes. Nous représentons des valeurs, c'est vrai, mais nous ne faisons pas ça pour ça. Ce qui compte d'abord à nos yeux, ce sont les résultats.

Les Diables rouges ne deviennent-ils pas quelque chose qui les dépasse ? Avec le risque que certains utilisent leur image, le début de la Coupe du monde coïncidant avec les élections, l'année prochaine ?

Je ne peux pas empêcher les gens d'extrapoler, j'ai appris à ne plus écouter. Moi, j'ai mes priorités. Ce qui me passionne, c'est la tactique, connaître les joueurs et les adversaires sur les bouts des doigts... C'est pour cela que je suis payé, pas pour faire Tartempion qui se pavane.

Je m'occupe de mon métier. La vérité, elle est sur le terrain. Je fais des choix et je les assume seul. Quand je partirai, je pourrai regarder tout le monde dans le blanc des yeux, je n'aurai pas besoin de raser les murs.

Etes-vous conscient d'être à la tête du principal parti de Belgique ?

On ne parle pas de parti, ici, on parle de sport. Je ne veux pas tomber dans ce travers-là, ce serait stupide. Il y a une démocratie en Belgique, qui fonctionne. Tout ce que je peux dire, c'est que je suis content que les stades soient pleins, que les enfants viennent... J'ai envie que cette tradition des Diables rouges reste, ça oui, et qu'on la respecte.

Etes-vous inquiet pour l'avenir de la Belgique ?

Je n'y pense pas plus que ça, sincèrement. Ce n'est pas mon rôle. Je n'imagine pas que le pays se divise parce que tout le monde s'entend bien.

Mais un parti important a cet objectif en premier point de son programme...

Comme dans tous les programmes, il y a du bon et du moins bon. Sincèrement, ce n'est pas mon truc. Pour l'instant, je défends le drapeau belge. Il y a un nouveau roi, des institutions, je ne me pose pas d'autres questions.

Vous avez longtemps vécu à Jodoigne, vous habitez aujourd'hui àJeuk, près de Saint-Trond, toujours à deux pas de la frontière linguistique. Cela joue-t-il un rôle dans votre conviction belge ?

Mon père m'a mis à l'équipe de Saint-Trond à 14 ans, j'ai appris le néerlandais là-bas, puis j'ai été trois ans à Malines. Pour moi, Flamand ou Wallon, c'est la même chose. Je suis parti en Allemagne où j'ai appris la troisième langue nationale. Ma femme est flamande, mes enfants vont à l'école en néerlandais mais il font du sport à Visé, en français. Nous offrons le bilinguisme à nos enfants.

C'est aussi la force de mon groupe : 80% sont bilingues voire trilingues. Lors des repas, il n'y a plus trois tables comme quand j'étais joueur - une néerlandophone, une francophone et une bilingue - mais une seule pour tous les joueurs. Cela paraît anecdotique mais c'est fondamental à mes yeux.

L'intégralité de l'interview dans Le Vif/L'Express de cette semaine.

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