Thierry Fiorilli
Thierry Fiorilli
Rédacteur en chef du Vif/L'Express
Opinion

23/10/13 à 14:05 - Mise à jour à 14:05

Mais que fait la police ?

Ce qu'elle peut. Dans un rôle toujours plus schizophrénique. C'est pour ça que les policiers manifestent à Bruxelles aujourd'hui.

Mais que fait la police ?

© Image Globe

Comment incarner l'ordre, et comment le faire respecter, lorsque les uns vous considèrent comme un bourreau, les autres comme un incapable, et que vous-même avez toujours plus la sensation d'être victime ? Comment rester celui qu'on appelle dès le moindre trouble en étant en même temps celui qu'on injure dès le constat posé ? Comment voler au secours de celui qui aime tant vous voler dans les plumes ?

C'est le défi du policier d'aujourd'hui. Confronté à une réalité de plus en plus hystérique : le sentiment général d'insécurité augmente, la petite criminalité ne baisse pas forcément, la variété des délits s'élargit, les rapports entre communautés se crispent, les politiques sécuritaires se durcissent, les moyens ne suivent pas, les zones à couvrir s'étendent, les pratiques sont de plus en plus contrôlées et l'attitude du citoyen de plus en plus hostile à l'uniforme. Dans ces conditions, allez donc encore remplir vos missions avec passion, dévouement, tact et fierté...

La manifestation policière de ce mercredi est donc hautement symbolique. D'un côté, les agents occupent les rues de Bruxelles parce qu'ils craignent pour leur... sécurité. Dans le climat sociétal de hargne et d'irritation qui caractérise l'époque, "le flic" est de plus en plus pris pour cible. Lorsqu'il est question de banals contrôles routiers autant qu'en pleines émeutes, avec ou sans guillemets, de quartier. Autour du stade, comme ce soir avec Anderlecht-PSG, ou en prison, à chaque mouvement de grève des gardiens et/ou de colère des détenus. Face à une manifestation ou lors d'une ronde de routine. C'est souvent l'union sacrée, contre le policier, entre "le jeune des quartiers défavorisés", le supporter de foot ultra, le brave homme mal stationné, le caïd, la fille trop ou trop peu habillée, le demandeur d'asile menacé, l'agriculteur spolié, le métallo licencié, le poivrot bagarreur...

Ils réclament donc l'application du plan global voulu et annoncé par Joëlle Milquet, ministre de l'Intérieur. Un plan destiné à "renforcer autant la protection contre la violence que le respect des policiers".

Ironie du calendrier : hier soir, lors d'une manifestation d'Afghans demandeurs d'asile à Bruxelles, ces policiers sont intervenus de façon fort, fort musclée, la Ligue des droits de l'homme parlant d' "usage disproportionné de la force". La veille trois policiers de la zone Montgomery impliqués dans une intervention violente à Etterbeek l'été 2012 ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel pour coups et blessures dans le cadre de leurs fonctions et pour traitements dégradants (tabassage d'un homme ivre et violent, mais menotté.

De la même façon, s'il est évident que les réactions à la simple vision d'un uniforme dans certains quartiers sont au mieux déplacées, au pire violentes, l'attitude et les propos de beaucoup de ceux qui endossent cet uniforme confinent aussi, encore et toujours, à ce qu'on peut qualifier de racisme primaire et de provocation gratuite. La traque à ces dérives est de plus en implacables, et les policiers doivent toujours plus rendre compte de leurs actes.

Parce qu'ils oeuvrent dans le cadre de règlements. Et de lois. Qui ne peuvent leur servir uniquement d'alibis.

On se retrouve dès lors dans cette situation paradoxale : des citoyens qui réclament davantage d'agents dans les rues, des punitions plus sévères pour ceux qui troublent l'ordre public, des politiques plus dures, plus autoritaires ; des dirigeants qui veulent coûte que coûte des villes nettoyées de toute "racaille" et des policiers qui s'estiment mal considérés, mal protégés, mal payés, mal équipés. Et dont les rangs ne doivent pas être épargnés par la progression du sentiment d'impunité et des signes de mépris pour "les autres cultures" qui gagne tous les étages de la population.

C'est un plan très global qu'il faudra ébaucher et appliquer.

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