Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

14/11/14 à 12:33 - Mise à jour à 14:27

Mais arrêtez cette politique du bac à sable !

N-VA et PS poursuivent leur confrontation à distance, au mépris de l'intérêt général des citoyens... et du maintien de l'ordre. Une dynamique irresponsable à l'heure où, plus que jamais, notre pays a besoin d'huile dans les rouages.

Mais arrêtez cette politique du bac à sable !

© Belga

Il y a parfois, dans ce beau pays compliqué, de nombreuses raisons de s'étrangler. Ces derniers jours, on atteint tout doucement le summum dans l'indécence relative à la loyauté fédérale en raison d'un choc idéologique frontal entre deux partis qui gouvernent à des niveaux de pouvoir différents.

Jeudi, Paul Magnette (PS), bourgmestre de Charleroi, annonce que le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) ne serait "pas le bienvenu" à l'inauguration d'un nouvel hôtel de police dans sa ville. L'argumentation, purement morale, est liée aux propos tenus par l'excellence nationaliste au sujet de la collaboration alors que "des plaques commémoratives se trouvent dans le bâtiment" : sa présence pourrait donc choquer.

Vendredi, on retourne carrément dans le bac à sable de l'école primaire avec cette nouvelle sortie d'Yvan Mayeur (PS), bourgmestre de Bruxelles, dans la joute verbale à répétition née des incidents de la manifestation du 6 novembre dernier. Donc, en substance, le ministre de l'Intérieur Jan Jambon et d'autres (les syndicats policiers, mais aussi le bourgmestre MR d'Uccle Armand De Decker) critiquent la façon dont Yvan Mayeur a géré la fin de la manifestation. Pour rappel, 112 policiers ont été blessés. Bart De Wever (N-VA), bourgmestre d'Anvers, en rajoute une couche en affirmant que chez lui, ce serait différent. Mais Jan Jambon ne contacte pas Yvan Mayeur pour une évaluation des incidents, il le fera avec son ami anversois. Vendredi, donc, Yvan Mayeur le déplorait en riant (mais oui, de façon sarcastique précisons-le...), tout en... rejetant la responsabilité sur Bart De Wever qui aurait dû stopper les dockers anversois ivres, principaux fauteurs des troubles le 6 novembre, dès leur départ d'Anvers pour Bruxelles.

Stop ! N'en jetez plus, ce serait du grand Guignol si l'on ne parlait pas d'une responsabilité importante de l'Etat, en l'occurrence le maintien de l'ordre.

La traduction politique de ces incidents est simple : la N-VA et le PS, que tout oppose idéologiquement, continuent à distance le bras de fer qu'ils ont mené durant la campagne électorale, se nourrissant l'un l'autre. Le PS ne reconnaît pas la légitimité démocratique du "gouvernement MR/N-VA", la N-VA poursuit en retour les provocations et les dénonciations de tout ce qui peut venir des rangs du PS.

Il y a toutefois une différence de taille par rapport à la campagne électorale. Ces messieurs ne sont plus aujourd'hui en quête d'électeurs, ils sont aux commandes à des postes divers des rouages de l'Etat. Au-delà de leurs divergences, l'intérêt général impose tout simplement qu'ils fonctionnent ensemble ! On ne leur demande pas de partir en vacances ensemble ni même de prendre l'apéritif, on leur demande de faire tourner l'Etat ! Autrement dit, Paul Magnette peut dénoncer les propos de Jan Jambon, mais il n'a aucune raison de le déclarer persona non grata à un événement qui concerne la police. Autrement dit, Jan Jambon et Yvan Mayeur doivent se parler pour rectifier le tir et éviter qu'un tel chaos ne survienne à nouveau dans un climat social tendu.

Il est terriblement inquiétant de voir que des détenteurs du pouvoir refusent de se parler. Il est urgent de siffler la fin de la récréation.

L'intérêt général ne peut être pris en otage par ces intérêts partisans.

Et il ne s'agit pas que d'une expression relative au maintien de l'ordre. Le fonctionnement de notre Etat de plus en plus fédéral nécessite plus que jamais une collaboration entre TOUS les niveaux de pouvoir : fédéral, Régions, Communautés, provinces, communes, zones de police... La sixième réforme de l'Etat impliquera en outre des dizaines d'accords de coopération, indispensables pour éviter l'immobilisme. Que ce soit en matière sociale, fiscale, économique, de santé, de sports, de culture, de logement... dans tous les domaines, les compétences sont aujourd'hui morcelée, éclatées et exigent de la cohérence, de la loyauté, de la vision commune ou, si ce n'est pas possible, un minimum de concertation pour éviter les blocages.

Et en parlant de bac à sable, difficile aussi de ne pas épingler les débats "vitaux" (c'est ironique) et trompeurs, là encore, dont on nous a gratifiés ces derniers jours. Rebaptiser la commission de Défense nationale en Défense "tout court" (bon, soit, d'ailleurs le MR, le PS et Ecolo ont fait de même avec le ministre de la Défense sous Verhofstadt) ou rebaptiser la province d'Anvers en Midden-Brabant (ah oui, alors que les partis lançant cet enjeu vital réclamaient... la suppression des provinces il n'y a pas si longtemps que cela).

Il est terriblement inquiétant de voir que des détenteurs de pouvoir refusent de se parler ou de collaborer. Pourquoi ? La N-VA entretiendrait son agenda séparatiste tandis que le PS rêverait secrètement de faire tomber Michel Ier ou de lui imposer ses vues morales ? Assez ! Le résultat s'apparente à des gamineries préjudiciables pour tous.

L'enjeu de cette législature n'est-elle pas le socio-économique, la création d'emplois et la relance d'activités ? Cela ne nécessite-t-il pas l'implication de toutes les forces vives de ce pays ? Oui, il est urgent de siffler la fin de la récréation.

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