Licenciement à Sud Presse : l'AJP dénonce un système "de peur, de diktat et de harcèlement"

14/01/15 à 12:47 - Mise à jour à 15/01/15 à 10:37

Source: Le Vif

Le sort de Xavier Lambert, journaliste et chef d'édition de "La Nouvelle Gazette - Centre" (La Louvière), n'est pas encore connu, mais déjà l'Association des Journalistes Professionnels (AJP) dénonce les pratiques internes de Sud Presse. "Nous sommes abasourdis. C'est révoltant, hallucinant", s'insurge Jean-François Dumont, le secrétaire général adjoint de l'AJP.

Licenciement à Sud Presse : l'AJP dénonce un système "de peur, de diktat et de harcèlement"

© Capture d'écran Sud Presse

Le chef d'édition sur la sellette avait estimé que la "Une" de son journal de samedi posait question. Elle concernait les attentats de Paris et titrait : "Justice est faite !", avec la photo des trois terroristes et la mention "abattus". Choqué par ce choix éditorial, Xavier Lambert a adressé un courriel à ses collègues (excepté le rédacteur en chef Michel Marteau et son adjoint Demetrio Scagliola) pour demander l'ouverture d'un débat à ce sujet lors d'une réunion mensuelle prévue le 22 janvier prochain. Dans son courrier, le journaliste a affirmé qu'il savait qu'il "risquait gros" en prenant cette initiative, rapporte Vers l'Avenir.

Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Xavier Lambert est en ce moment même en train de négocier ses modalités de licenciement avec de son employeur. Et même si l'issue n'est pas encore certaine, Jean-François Dumont, le secrétaire général adjoint de l'AJP, interrogé par nos soins, ne se fait pas d'illusions. Il nous fait part de sa consternation, car Xavier Lambert n'a pas commis de faute, selon lui. "Il n'a fait qu'exprimer une demande de débat interne, une opinion divergente et cela sans nuire au groupe qui l'emploie. Aujourd'hui, il est menacé de perdre son emploi pour cette raison".

Pour le secrétaire adjoint de l'AJP, cette affaire met la lumière sur le système interne de Sud Presse qui fonctionne sur "la peur, le diktat et le harcèlement". "Sud Presse s'enorgueillit d'être le premier journal francophone de Belgique en matière de vente, mais ses dirigeants sont incapables de concevoir une contestation interne. Ils instaurent un système dans lequel il faut rester muet et docile. Et cela va bien au-delà du rédacteur en chef".

Concernant les justifications apportées par l'organe de presse qui affirme avoir d'autres éléments à reprocher à Xavier Lambert, Jean-François Dumont affirme que l'AJP connait l'entièreté du dossier et qu'il s'agit de "broutilles".

"A l'AJP, nous pensons qu'il est nécessaire de rendre un minimum de prise aux journalistes sur le produit. Il faut restaurer un débat interne dans les médias. Les chefs de Sud Presse sont uniquement obsédés par les chiffres".

De son côté, la Société des journalistes du Soir (qui appartient au même groupe de presse que Sud Presse) a réagi en rédigeant une lettre à l'intention de Bernard Marchant, le patron de Rossel : "C'est avec consternation que la Société des journalistes professionnels du Soir a appris la nouvelle du licenciement de notre collègue Xavier Lambert. La SJPS juge inacceptable qu'un journaliste soit licencié pour avoir voulu soumettre au débat un choix éditorial. Si les faits devaient être avérés, cette décision de la direction de Sud Presse constituerait une atteinte claire et intolérable aux principes qui guident notre profession, à commencer par la liberté de pensée et d'expression. En outre, elle porterait gravement atteinte à l'image de Rossel, et indirectement aux titres du groupe, dont Le Soir".

Par conséquent, le SJPS demande l'intervention de Bernard Marchant "pour apporter une solution conforme aux valeurs de notre métier".

Nos partenaires