29/01/13 à 13:40 - Mise à jour à 13:40

Libération conditionnelle et "émocratie"

Patrick Henry, vice-président de l'Ordre des barreaux francophones et germanophone, a attribué à l'"émocratie" la décision gouvernementale, bientôt votée au Parlement, de durcir le régime des libérations conditionnelles.

Libération conditionnelle et "émocratie"

© Belga

Comme il était impossible de s'opposer légalement à celle de Michelle Martin, Annemie Turtelboom, ministre de la justice (Open VLD), a donné un tour de vis supplémentaire à un projet qui figurait déjà dans la déclaration gouvernementale de Di Rupo 1er. Résultats prévisibles : la surpopulation carcérale ne va pas se détendre, l'institution du tribunal de l'application des peines est vidée de sa substance, la réinsertion des futurs ex-détenus est laissée en rade...

La critique, déjà formulée dans le feu de l'émotion, en août 2012, était tellement peu souhaitée ou répétitive qu'aucun "expert" ne sera entendu à la Chambre. Entre la voix de la rue, en l'occurrence, celle de Jean-Denis Lejeune, certes, bien mal conseillé, et celle du troisième pouvoir (le judiciaire), dramatiquement affaibli depuis l'affaire Dutroux, la ministre libérale n'a pas hésité longtemps.

L'ancien bâtonnier liégeois, Patrick Henry, a parlé courtoisement d'"émocratie". Son homologue du nord du pays, Edgar Boyens, le président de l'Ordre des barreaux flamands (OVB), a, lui, employé le mot de "populisme" lors de ses voeux pour 2013. Il a reproché au Parlement et au gouvernement de suivre l'opinion publique plutôt que d'engager le débat lorsqu'un problème se pose. Une solution de facilité.

"Bien plus que le populisme lui-même, la plus grande menace consiste en l'incapacité à s'accorder sur une politique qui pourra y remédier, a-t-il dit. Le populisme ne parvient à s'offrir des gages de crédibilité que lorsque la crédibilité des politiques est atteinte à sa base." Il citait, à l'appui de son propos, la discussion sur les dotations royales, les émoluments des grands patrons, le vote des lois-programmes entre Noël et Nouvel An ou le report, sans débat parlementaire, de la nouvelle loi sur l'internement... Le durcissement des libérations conditionnelles pour les lourdes peines pourrait être ajouté à cette liste non exhaustive.

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