"Les syndicats se battent-ils vraiment pour l'emploi ?"

25/04/13 à 08:47 - Mise à jour à 08:47

Source: Le Vif

Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB, fustige les actions syndicales. Il réclame une concertation sociale sans tabous. Pour trouver d'urgence une solution de fond à notre perte de compétitivité.

"Les syndicats se battent-ils vraiment pour l'emploi ?"

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De nombreuses voix, poussées par les recommandations européennes, réclament des réformes structurelles plus profondes pour doper notre compétitivité. L'enjeu du moment, c'est l'harmonisation des statuts ouvrier et employé, réclamée par la Cour constitutionnelle avant le 8 juillet prochain. Mais au-delà, c'est tout notre système social qui doit être repensé. Pieter Timmermans, patron des patrons fédéral, appelle au sens des responsabilités.

Le Vif/L'Express : L'Union européenne rappelle régulièrement qu'il faut prendre des mesures structurelles en Belgique.

Je suis tout à fait d'accord. Nous devons apporter des réponses structurelles à notre problème évident de compétitivité. Il est temps d'apporter aussi des solutions au vieillissement de la population. La troisième réforme indispensable, c'est celle du marché du travail : il y a un problème entre la formation demandée par les entreprises et le système d'enseignement.

Votre leitmotiv, c'est la Flexysecurity.

Oui. Qu'est-ce que c'est ? Un mélange de flexibilité pour l'employeur et de sécurité pour le travailleur. Seuls les organisations syndicales belges ont voté contre.

Y a-t-il des pays modèles en Europe ?

On cite souvent l'exemple allemand mais moi, je parlerais aussi de l'Autriche, du Danemark, de la Suède... Des pays où le taux de chômage des jeunes est faible et où le taux d'emploi des plus âgés est élevé : ce n'est pas incompatible contrairement à ce que certains, comme Ecolo, prétendent. La clé de la réussite, c'est un système de chômage actif, avec un accompagnement bien plus développé que chez nous. Il faut d'autres formes d'enseignement orientés vers les besoins du marché de l'emploi, des ingénieurs ou des techniciens par exemple. Et une réforme des pensions.

C'est un dialogue de sourds entre partenaires sociaux, non ?

Oui, on ne parvient pas à parler du fond des choses. Je le regrette à 200 %. Pour avancer, il faut être deux. Or, tout le monde se rend compte que nous sommes en train de perdre des parts de marché. Nous, nous continuons à faire des propositions comme au sujet de l'harmonisation des statuts ouvrier et employés, en ce qui concerne les préavis. Nous suggérons de protéger les droits acquis avant le 8 juillet 2013. A partir de là, le nouveau système entrera en vigueur sur la base de la moyenne européenne, en permettant aux secteurs d'aller au double de cette moyenne. Ça me paraît logique. Dans le cadre de la Flexysecurity, nous prévoyons aussi un accompagnement en matière d'outplacement. C'est un système qui a montré ses vertus dans d'autres pays.
Mais les syndicats, eux, voudraient qu'un ouvrier devienne un employé. C'est tout simplement intenable. Cela coûtera des milliers et des milliers d'emplois ! Se battent-ils pour l'emploi ou pour de l'idéologie ?

Les syndicats insistent sur l'importance de préserver le pouvoir d'achat, précisément pour empêcher la crise de s'aggraver...

On a bien résisté jusqu'ici, c'est vrai, mais en grande partie grâce à des emplois subventionnés, à des titres services. Mais au bout du compte, le secteur privé doit quand même payer ça ! Il faut produire de la richesse.

Protéger le pouvoir d'achat et doper la consommation via les augmentations salariales, c'est une politique à court terme, à un ou deux ans. Or, la crise dure depuis quatre ou cinq ans. C'est pour cela que nous sommes arrivés à un moment charnière et que la Commission européenne multiplie ses recommandations. Notre compétitivité est sous pression, nous sommes 10 ou 15 % plus chers que l'Allemagne, on perd chaque jour des exportations alors notre richesse en dépend, davantage que de la consommation intérieure.

Nous avions déjà commis l'erreur d'oublier la compétitivité dans les années 1980. Le résultat fut une dévaluation et un appauvrissement généralisé. En 1993, même chose, avec le plan global pour conséquence. Tous les quinze ans, on retombe dans les même travers.

L'interview intégrale dans Le Vif/L'Express de cette semaine.

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