Michel Delwiche
Michel Delwiche
Journaliste
Opinion

06/01/14 à 11:59 - Mise à jour à 11:59

Les ratés du bazooka de la N-VA

La campagne électorale va accentuer la bipolarisation gauche-droite, Wallonie-Flandre, PS-N-VA. Pour le parti nationaliste flamand, qui n'a de comptes à rendre qu'au nord du pays, tous les coups (bas) sont permis.

Les ratés du bazooka de la N-VA

© Belga

Avec son patron Elio Di Rupo au 16, le Parti socialiste va devoir mener une campagne électorale prudente, rassurer les épargnants, le monde économique et la libre entreprise tout en continuant à se présenter comme le défenseur de la veuve, de l'orphelin, de l'opprimé, du travailleur, du sans-travail... pour, selon l'expression consacrée, ne laisser personne sur le bord du chemin. Le PS y travaille en partageant les rôles entre ses ténors. Au premier ministre le discours au-dessus de la mêlée du champion de la confiance retrouvée, de la stabilité maintenue, du travail gigantesque accompli et autres satisfecit. A Laurette Onkelinx et son cabas débordant d'annonces en tous genres l'incarnation de la gauche pure et dure, seul rempart des plus faibles. A Jean-Pascal Labille la posture raide de défenseur du bien public, du rôle de l'Etat et de ses entreprises. Et à Philippe Moureau l'arrière-scène d'où il peut lancer ses scuds dans toutes les directions, comme un feu d'artifice un peu terne de la Saint-Sylvestre. Pschiiit !

La prospérité pour tous

Au nord du pays, le premier parti n'a pas besoin de réfléchir. La N-VA n'a en effet aucune décision à assumer au niveau fédéral, puisqu'elle n'y était pas, et n'a donc pas de partenaires à y ménager, ce qui lui permet de démolir tout ce qui a été fait et d'annoncer que, avec elle, ce sera la prospérité pour tous (sauf les chômeurs, dont les allocations seront limitées dans le temps). D'autant qu'un gouvernement fédéral auquel participerait la N-VA, ce serait sans le PS, "si possible".

Le PS espère évidemment de son côté pouvoir continuer à gouverner sans la N-VA, mais ne peut se permettre de l'attaquer de front (sauf scud erratique). Le gouvernement actuel ne dispose en effet pas d'une majorité politique côté flamand, et le Premier ministre ne peut pas déplaire à une majorité des Flamands. Le premier parti francophone doit donc tenir compte de l'électorat du nord du pays (qui ne peut pas voter pour lui), tandis que le premier parti flamand peut ne tenir compte que de l'électorat du nord du pays, au besoin en dénigrant Bruxelles et la Wallonie, sans trop s'encombrer de véracité.

Les faux calculs de Ben Weyts

Le député N-VA Ben Weyts vient ainsi de se scandaliser du nombre de policiers locaux en Wallonie, plus important qu'en Flandre, "pour des raisons inexplicables à moins qu'elles ne soient politiques", commente-t-il, avant d'affirmer que c'est surtout le contribuable flamand qui paie l'addition! Sur base des chiffres (de 2011) obtenus de la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet (CDH) en réponse à une question écrite parlementaire, le vice-président du parti nationaliste flamand estime que, proportionnellement au nombre d'habitants, la Wallonie compte 18% d'agents dans les zones de police locale de plus que la Flandre, un pourcentage en constante augmentation, un déséquilibre qui se creuse. La Wallonie compterait ainsi 26 agents pour 10.000 habitants, et la Flandre 22.

Ces chiffres et commentaires, abondamment repris tels quels par toute la presse, même francophone, demandent pourtant à être rectifiés. Selon le sociologue Jan Hertogen, un ancien du syndicat chrétien flamand, qui se base, lui, sur les chiffres irréfutables de la sécurité sociale, la différence n'est pas de 18, mais de 14%: 27 policiers locaux pour 10.000 habitants en Flandre, 31 en Wallonie, et 53 à Bruxelles. Mais surtout, poursuit le spécialiste des chiffres, il faut mettre ces données en relation avec la criminalité. Bruxelles comptait ainsi en 2012 un policier pour 30 infractions pénales, la Flandre un pour 31 et la Wallonie un policier pour 32 faits. Un policier wallon travaille donc plus qu'un policier flamand. "Mais ce type de calculs et de comparaisons basiques, c'est trop demander à Ben Weyts", affirme Jan Hertogen, qui dissèque et réfute un par un tous les chiffres du nationaliste pour démontrer le mensonge, et qui s'interroge en outre sur la complaisance des médias à propager de telles énormités. Ce matin, le "café serré" du Flamand Bert Kruismans partageait l'analyse du sociologue. Allez, courage, la Résistance s'organise, et elle est intelligente.

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