Les patrons belges ont la classe

18/10/13 à 15:27 - Mise à jour à 15:27

Source: Le Vif

Biberonnés au compromis, ouverts à d'autres cultures et pas arrogants pour un sou, les dirigeants belges ont (presque) tout pour plaire.

Les patrons belges ont la classe

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"Vous connaissez la définition du Belge ? C'est un Français qui ne râle pas, un Néerlandais qui n'est pas arrogant et un Allemand qui n'est pas rigide." Dans les pays limitrophes, on rit jaune. Mais ici, ma foi... Autrement sérieuse, l'étude pilotée par Céline Claus et le Pr Dirk Buyens, de la Vlerick Business School, consacrée aux caractéristiques des hauts managers noirs-jaunes-rouges, ne dit pourtant pas autre chose.

Fondée sur des interviews réalisées auprès de 25 responsables économiques, cette enquête conclut que le dirigeant belge présente certaines caractéristiques qui le rendent particulièrement apte à occuper des fonctions de haute direction, notamment à l'international.

La première de ces vertus est la faculté à conclure de solides compromis, utiles et acceptables par tous. "Dans un monde de plus en plus complexe, où il importe de plus en plus de comprendre différents courants et de les relier entre eux, c'est un atout déterminant", détaille Gilles Klass, consultant pour le cabinet de recrutement Mercuri Urvall. Evoluer dans un pays qui compte trois Communautés, trois langues nationales et six gouvernements contraint tout dirigeant vivant sur ce territoire à s'ajuster en permanence et à construire des passerelles. "Si vous parvenez à survivre en Belgique, vous y arriverez n'importe où ailleurs", résume l'un des dirigeants interrogés dans l'enquête de la Vlerick Business School.

Pétris d'un certain sens de la diplomatie, nos chefs de file avancent patiemment, sans craindre les détours. "Une course ne se gagne pas dans les lignes droites mais dans les virages, abonde Bert Kuypers, attaché à la société de conseil aux entreprises Talentium. En Belgique, on sait que le meilleur chemin n'est pas toujours le plus court. On peut emprunter des chemins de traverse mais il faut, toujours, avoir un objectif clair en tête."
Les dirigeants belges sont aussi perçus comme loyaux vis-à-vis de leur entreprise, relève l'étude de la Vlerick Business School.

Au point qu'au moment de penser à leur succession, ils ne se battent pas forcément pour qu'un autre Belge prenne le relais. Le Belge n'est pas chauvin... Considérés comme pragmatiques, les dirigeants belges sont connus pour être consciencieux et avoir une approche assez cartésienne. "Ce sont des entrepreneurs du quotidien, résume Bernard Degroux, du bureau de recrutement Odgers Berndtson. Pas des Steve Jobs ou des Richard Branson, considérés comme des visionnaires. Ils ne font pas beaucoup de bruit."

Enfin, le patron belge présente l'inestimable caractéristique de la neutralité. "Venus d'un petit pays, nous ne représentons une menace pour personne, précise Bernard Degroux. Nous sommes bien moins assertifs que les habitants de pays limitrophes." Ainsi l'illustre l'étude de la Vlerick Business School : "Si vous engagez un administrateur délégué allemand, vous envoyez d'emblée un certain message au monde extérieur. Avec un Belge, ce ne sera pas le cas. Ce ne le sera d'ailleurs pas pour tous les chefs de file issus de petits pays car ceux-ci sont imprégnés d'une culture non dominante. Ils ne partent pas du principe qu'une stratégie efficace en Belgique le sera forcément ailleurs. Certaines nationalités présument d'emblée que leur approche locale doit produire les mêmes effets dans d'autres pays."

Par Laurence van Ruymbeke

Le dossier La Belgique décomplexée dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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