Les migrants, la N-VA et la stratégie de la tension

11/09/15 à 08:14 - Mise à jour à 08:14

Source: Le Vif/l'express

La N-VA met la majorité fédérale sous pression en multipliant les provocations. Le parti nationaliste doit contenter la part d'électorat qu'il a volée à l'extrême droite. Ce faisant, il impose au Premier ministre de délicates circonvolutions.

Les migrants, la N-VA et la stratégie de la tension

© Belga

Politiquement, la crise des migrants est une nouvelle bombe à retardement pour la coalition fédérale inédite pilotée par Charles Michel. La séquence des dix derniers jours est en effet révélatrice des tourments avec lesquels le Premier ministre libéral doit composer. Elle démontre une nouvelle fois combien la suédoise est un théâtre de boulevard, au sein duquel chacun joue sa pièce, au risque d'irriter ses partenaires. Une dramaturgie contrôlée, a priori, mais qui peut déraper à tout moment.

"Charles Michel n'a en réalité pas d'autre choix qu'accepter ces jeux de rôle, décrypte Pierre Vercauteren, politologue à l'UCL-Mons. C'est un capitaine en permanence sous tension, parce qu'il est confronté en même temps à une "participopposition" permanente du CD&V, vous l'avez souligné (NDLR : c'était l'objet d'une analyse dans Le Vif/L'Express du 4 septembre), mais également de la N-VA. Le parti de Bart De Wever doit occuper le devant de la scène pour exister, parce qu'il n'a pas encore l'assise historique du CD&V et de l'Open VLD. Il a cinq ans pour consolider sa position, dans une position difficile puisqu'en occupant toutes les fonctions régaliennes, il s'expose à des dossiers délicats au sein de la majorité. C'est flagrant dans le cas de Theo Francken avec cet afflux de réfugiés. Voilà pourquoi les nationalistes sont continuellement obligés de provoquer médiatiquement..."

"La stratégie de la N-VA dans ce gouvernement, c'est de consolider son noyau dur pour remporter de manière majeure les élections communales de 2018 et législatives de 2019, décode Pierre Vercauteren. Le communautaire ne suffisant pas, il a élargi le côté droitier sur le plan sociétal et libéral sur le plan socio-économique. C'est un parti qui aiguise la concurrence électorale très dure qui prévaut en Flandre depuis dix ou quinze ans. La N-VA est particide : elle veut manger les partis avec lesquels elle est en concurrence. C'est pratiquement déjà le cas avec le Vlaams Belang, mais les autres partis sentent eux aussi qu'il y a un danger mortel." Le politologue voit, dans le dossier migratoire, une "alliance objective" N-VA - Open VLD, les deux partis se montrant bien plus intransigeants que l'axe MR-CD&V.

Ce matraquage de la N-VA, qui a ensuite envoyé ses députés européens au combat pour réclamer le retour des contrôles aux frontières, a incité le MR à déléguer en retour les fidèles lieutenants de Charles Michel dans tous les médias pour rectifier le ton donné. "Sur l'immigration, il y a un fond idéologique très différent entre la N-VA et le MR, note Pierre Vercauteren. D'où la nécessité pour Charles Michel de laisser les différentes expressions s'exprimer pour calmer le jeu. Avec Olivier Chastel, Louis Michel ou Gérard Deprez qui jouent la carte d'un libéralisme plus libéral. Il y aura toujours bien Didier Reynders pour garder les choses plus à droite en cas de nécessité. Voilà le repositionnement du MR dans cette coalition."

Charles Michel doit en effet jongler en permanence entre ces opinions contradictoires. Au risque d'être parfois gêné aux entournures. Il est conscient du fait que cette crise aiguë de la migration peut durer de longs mois. Le Premier ministre mise sur la solution pour l'accueil au niveau européen, qui contraindrait la N-VA à accepter un effort supplémentaire. Son parti, en parallèle, insiste sur des enjeux à plus long terme : le parcours d'intégration en Wallonie et à Bruxelles, mis en oeuvre tardivement par le PS, ou la mise en place d'une capacité militaire opérationnelle permettant à l'Europe de stabiliser ses frontières... Mais cette thématique est un piège permanent pour la cohésion de la suédoise.

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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