Les fous d'Allah veulent leur tribunal

16/09/11 à 12:20 - Mise à jour à 12:20

Source: Le Vif

Sharia4Belgium n'en est pas à une provocation près. Le groupe ultra-islamiste monte à Anvers un tribunal basé sur la charia coranique. Ce que le code pénal ne semble pas disposé à accepter...

Les fous d'Allah veulent leur tribunal

© Capture d'écran Youtube

Le groupe ultra-islamiste Sharia4Belgium, basé à Anvers et dont le but est d'instaurer à terme la loi islamique partout en Belgique, est passé du slogan à la pratique en instaurant un "tribunal islamique", indiquait Het Laatste Nieuws le week-end dernier. Sous le vocable de Centre de services islamiques, celui-ci sera chargé de régler les questions d'héritage ainsi que les différends conjugaux, en appliquant la charia. Divorces et annulations de mariage (répudiations, croit-on comprendre) seront au menu, avec émission de certificats au besoin. Ce faisant, le quotidien n'enregistrait toutefois bizarrement qu'une tiède réaction : celle de la présidente du CPAS d'Anvers et échevine de la Diversité, Monica De Coninck. Si ses services tiennent à l'£il Sharia4Belgium, dit la socialiste flamande, elle estime qu'il ne peut être question d'un tribunal prononçant et exécutant des peines, mais que l'initiative ne serait pas une mauvaise chose si elle se limitait à la médiation. C'est à voir.

Hors la loi

"Des médiateurs, la justice en a déjà et, d'une manière plus générale, je suis tout à fait opposé à l'idée de ces tribunaux, car nous sommes dans un Etat de droit. Pas question d'instances où chacun irait de sa culture, de ses croyances avec l'arbitraire à la clé. Tous les citoyens sont égaux devant la loi, et c'est tout ! Franchement, un prétendu tribunal islamique, ça n'a aucune utilité en Belgique", tonne Rachid Madrane, échevin de la Culture d'Etterbeek et député fédéral du PS actif dans le domaine de la justice, de la lutte contre les discriminations et des questions liées à l'immigration. Il sait de quoi il parle : "Au Maroc, d'où ma famille provient, il n'existe pas de tribunaux islamiques dans le sens voulu par ce groupuscule." Et d'insister : "C'est pour assurer les époux de l'indépendance de leur démarche à l'égard des institutions religieuses que le mariage civil avait été instauré. On ne va pas retourner en arrière..."

En droit, le plan de Sharia4Belgium n'est pas meilleur. Un très haut magistrat bruxellois résume : "La justice est un monopole de l'Etat et la rendre, cela dépend uniquement de la fonction publique." Dans laquelle nul ne peut s'introduire indûment : "Même si, sous le couvert du vocable de Centre de services islamiques, les personnes qui en font partie ne se font pas expressément passer pour des magistrats, sans donc en usurper formellement le titre, ils en exerceraient la fonction. Or l'article 227 du Code pénal prévoit précisément que quiconque s'immisce dans la fonction publique en usurpant une fonction est passible de poursuites."

Filière terroriste

"Mais il s'agit sans doute plus d'une provocation supplémentaire de la part de Sharia4Belgium que d'autre chose, estime un proche observateur de l'extrémisme islamique, car ce groupuscule est surtout connu pour ce genre de choses, entre manifestation pro-burqa, appel à brûler des drapeaux américains et propos gravement homophobes. En novembre 2010, lors de l'arrestation, à Anvers, de plusieurs membres supposés d'une filière terroriste, la justice avait indiqué que certains étaient liés à S4B. De plus, une instruction vise aussi le groupe à la suite de menaces de mort reçues par le ministre de la Défense, Pieter De Crem, en relation avec les événements en Libye. Enfin, son leader Fouad Belkacem, dit Abou Imran, est sous le coup d'un mandat d'arrêt international du Maroc pour trafic de drogue. De là à établir un tribunal, même marginal, il y a du chemin..."

ROLAND PLANCHAR

Nos partenaires