16/03/13 à 11:25 - Mise à jour à 11:25

Les débats dominicaux servent-ils à quelque chose ?

Pas sûr. Ils sont surtout devenus des lieux de médiatisation de postures figées.

Les débats dominicaux servent-ils à quelque chose ?

© Frédéric Pauwels

Il y a peu, dans Le Vif/L'Express, Benoît Lutgen s'exprimait sur sa discrétion dans les médias : "Cette idée qu'il faut réagir dans les cinq minutes à un problème, sous peine d'être rejeté aux marges de l'actualité, ça me laisse dubitatif", déclarait le président du CDH. Lutgen champion de la slow-com' (à l'instar du slow food, ce mouvement d'écogastronomes soucieux de combattre la malbouffe) ? Le Bastognard nostalgique d'une éloquence politique à l'ancienne, privilégiant le contenu ? On aimerait y croire.

"J'ai rarement vu qu'un débat le dimanche midi apportait une quelconque solution", notait encore Lutgen, pour expliquer son mutisme cathodique. Des débats pour autant stériles ?

Contextualisons : l'art oratoire n'a pas bonne presse. Celui-ci s'est vu progressivement remplacé par du branding politique. C'est ce que nous signifient les partis qui, en situation d'élection permanente (sondages obligent), estiment devoir occuper des thèmes. L'offre politique consiste dès lors en un set d'opinions prédéfinies, qui diminue les coûts de transaction pour l'électeur, à savoir l'effort lié à la recherche de l'information politique.

Ainsi, à l'heure de midi, chaque parti propose son prêt-à-manger sur les plateaux télés qui, à l'instar des lasagnes Findus, se consomme sans que l'on con-naisse le mode de préparation. Pas étonnant que le "fact checking" politique - récemment redécouvert par les journalistes - se conçoive comme véritable innovation "sanitaire".

Lutgen n'a donc pas tort. Controverse ou Mise au Point constituent avant tout des lieux de médiatisation de postures figées (les thèmes propres au branding de chaque parti) - chacun se cantonnant à son pré carré, à ses parts du marché électoral. Résultat : un statu quo en plateau. Les politiques, "toujours les mêmes", y sont rarement malmenés, la véritable confrontation politique s'effectuant hors caméra, à l'abri des regards (du citoyen).

La verve politique, si prisée en France, demeure proscrite (Philippe Moureaux, pilier de comptoir historique des rondes dominicales, fait ici figure d'exception). Rappelons-nous de la "rupture sarkozyste" perpétrée en 2007 par Didier Reynders avec ce pacte de non-agression - un Reynders rapidement affublé du qualificatif "arrogant". Blâme et rappel à l'ordre immédiat. Objectif : protéger le fragile équilibre de l'entre-soi particratique.

Or, cette "particratie", souvent dénoncée, est davantage le résultat d'une médiatisation sélective que d'une dérive du système proportionnel belge.

Trustés par les quatre principales formations parlementaires francophones, les deux débats dominicaux puisent dans un réservoir limité et "oublient" les petits partis, qui ne demandent pourtant qu'à naître médiatiquement (et donc exister tout court). Le "bon client" Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, pourrait ici changer la donne. Mais quid des autres mouvances ? Parti libertarien, Mouvement de gauche, PP, Pro Bruxsel, voire le Parti pirate, n'ont pour l'instant pas droit au chapitre.

Les places sont d'autant plus chères que le paysage audiovisuel francophone n'octroie que peu d'espace à la parole politique. Rien de tel en Flandre. De Villa Politica (programme bihebdomadaire en direct de la Chambre et du parlement flamand) aux émissions d'infotainment sur la nouvelle chaîne VIER (citons ici le célèbre De Slimste Mens ter Wereld ou le quiz De Pappenheimers), les formats abondent, offrant autant de vitrines aux hommes et femmes politiques pour démontrer leur potentiel.

Il est de bon ton de rappeler que la démocratie se nourrit du débat civique. Mais là où les "copycats" Controverse et Mise au point se livrent à une guerre à l'audience sur des plateaux au préalable stérilisés, les réelles joutes oratoires en mesure d'enthousiasmer l'électeur font quant à elles défaut. Au grand dam des rhéteurs et autres passionnés de politique. Tant mieux pour Benoît Lutgen.

Nicolas Baygert, chercheur au Lasco (UCL), professeur en sciences sociales et politiques à l'IHECS.

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