Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

21/03/16 à 15:18 - Mise à jour à 16:20

Les cow-boys de l'équipe Michel et les Indiens de Tout autre chose

L'arrestation de l'ennemi public numéro un et la com' Far West de certains membres du gouvernement fédéral a occulté la mobilisation de quelque 20.000 personnes à Bruxelles. Comme si deux mondes vivaient en parallèle...

Les cow-boys de l'équipe Michel et les Indiens de Tout autre chose

© Belga

"Nous l'avons." Le tweet digne du Far West publié par le secrétaire d'Etat, Theo Francken (N-VA), et retiré depuis tant il a irrité dans ses propres rangs, restera comme celui qui a donné le ton de la communication du gouvernement Michel autour de l'arrestation de Salah Abdeslam. Même si le Premier ministre fut heureusement plus mesuré par la suite, il y a eu, ces trois derniers jours, une forme de fierté d'avoir arrêté celui qui était devenu l'ennemi public numéro un, après 126 jours de cavale. Légitime, mais par moments démesurée.

Certains l'ont exprimé de manière matamoresque, comme le président de la N-VA Bart De Wever (N-VA) félicitant son ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, d'avoir tenu sa promesse de "nettoyer Molenbeek". D'autres s'en sont félicité de manière plus digne, tel le chef de groupe MR au parlement Denis Ducarme saluant un "travail de fourmis" et applaudissant "la meilleure réponse au Belgium bashing". Mais tous ont joué d'une manière ou d'une autre la récupération politique.

Charles Michel ne fut pas en reste. La théâtralisation des moments accompagnant l'arrestation était effectivement digne de la politique américaine : invitation du président français François Hollande dans la "Situation Room", coup de fil surprise du président Barack Obama... Même s'il se dit toujours soucieux de la séparation des pouvoirs, le Premier ministre n'a pas boudé son plaisir en communicant tous azimuts sur cette prise judiciaire : "Nous avons gagné une bataille, pas la guerre." On lui aurait reproché, c'est vrai, de ne pas prendre la mesure de l'événement...

Bagarreur comme toujours, celui qui reste le chef de file libéral n'en a pas moins égratigné le bilan du PS au passage en soulignant la responsabilité de Philippe Moureaux à Molenbeek, au sujet de laquelle "plus personne n'est dupe"... On est un adepte de la polarisation politique ou on ne l'est pas. Fier-à-bras, les cow-boys du fédéral n'ont d'ailleurs pas évité les bévues ou les musculations intempestives : Didier Reynders a lui aussi brisé le secret de l'instruction en affirmant que Salah se préparait à agir en Belgique - on le reproche à suffisance au procureur de Paris.

Enfin, le ton guerrier du gouvernement fédéral a réveillé un autre débat : sa réponse, à ce jour, est uniquement sécuritaire et n'intègre pas toutes les autres dimensions que la lutte contre le radicalisme nécessiterait, en terme de prévention notamment. Cela est certes dû à la complexité institutionnelle de notre pays : la plupart des réponses "douces" au terrorisme se trouvent au niveau des Communautés et des Régions. Il n'empêche : on attend toujours un grand plan unissant tous les niveaux de pouvoir contre ce fléau.

La démonstration de force a relayé au second plan une autre information, ce week-end. Comme si le feu des cow-boys réduisait à néant la résistance des Indiens, dans leur réserve. Entre 14.000 personnes, selon la police, et 35.000, selon les organisateurs, ont défilé dans les rues de Bruxelles lors d'une grande parade pour réclamer Tout autre chose. Sans qu'il y ait eu de grande mobilisation médiatique ni d'élément déclencheur ou de drame catalyseur : ce n'est pas rien !

Ce mouvement, issu de la société civile, entend mettre en avant des alternatives au projet de société actuel, "parce qu'il y a urgence face à la montée des peurs". Tout autre chose, depuis sa réserve d'indiens, rejette la société du capital Roi et des épreuves de force. Avec des bouts de ficelles financières et une mobilisation en forme de réseau, ce courant creuse son lit. On retrouve certes en son sein des représentants syndicaux, des partis d'opposition, des idéaux classiques en cours de recyclage, mais surtout l'autre voix de ceux qui essayent de trouver des solutions en marge du politique. Et qui rêvent d'un monde où le terrorisme ne monopolise pas le temps d'antenne.

En entendant ces parents évoquant les peurs de leurs enfants suite à la nouvelle déferlante sécuritaire, ce matin, on était en droit de se dire que les cow-boys et les indiens feraient bien de se parler davantage...

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