"Les Belges peuvent retirer du positif des attentats"

24/03/16 à 15:32 - Mise à jour à 01/04/16 à 14:49

Source: De Morgen

Dépression, méfiance, intolérance,... Le 22 mars aura-t-il les mêmes conséquences psychologiques sur la population belge que les attentats du 11 septembre 2001 sur les Américains ? Le quotidien flamand De Morgen s'est penché sur la question.

"Les Belges peuvent retirer du positif des attentats"

A la Bourse ce mercredi 23 mars. © REUTERS

Après New York en 2001, Madrid en 2004, Londres en 2005, ou encore, Paris en novembre dernier, la Belgique vient de vivre un jour noir marqué d'une barbarie aveugle. Depuis ce 22 mars, plus rien ne semble comme avant, la population tout entière se sent vulnérable, en insécurité et remplie de méfiance, tout en ressentant un sentiment d'union nationale, salvateur en ces moments difficiles. Le 22 mars aura-t-il les mêmes conséquences psychologiques sur la population belge que les attentats du 11 septembre 2001 sur les Américains ? Le quotidien flamand De Morgen s'est penché sur la question.

Dans une étude sociologique intitulée "The Expulsion From Disneyland" publiée dans le magazine American Psychologist en 2011, soit dix ans après les attentats qui ont touché les tours jumelles de New York, les chercheurs avancent : " Les attaques des tours jumelles ont marqué la fin d'un sentiment d'insouciance et d'invulnérabilité et cela a eu de lourdes conséquences et pas seulement sur les personnes qui étaient présentes lors de l'attentat. "

Les conséquences post 11 septembre ne sont pas réjouissantes: plus de dépressions, de stress post-traumatique, de crises d'angoisse, de méfiance, d'intolérance, de suicides, de discrimination, de crimes de haine, de soutien à la droite, à la répression et à la guerre...La Belgique va-t-elle aussi vivre une telle période sombre marquée par l'impuissance et la polarisation ? Lueur d'espoir et d'optimisme, les experts interviewés par De Morgen n'en sont pas convaincus, du moins pas sur le long terme.

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"Ce que vient de vivre Bruxelles est différent du 11 septembre. Nous savions que cela devait arriver, ce qui réduit un peu le choc. Dans le même temps, les auteurs des faits nous font plus peur, car ils se trouvent parmi nous."

Aussi bien sur le plan politique, sociologique que psychologique, les ravages sont bien là, mais ils seront de courte durée sont-ils d'avis. Le sociologue Marc Hooghe de la KUL explique : "Ce que vient de vivre Bruxelles est différent du 11 septembre. Nous savions que cela devait arriver, ce qui réduit un peu le choc. Dans le même temps, les auteurs des faits nous font plus peur, car ils se trouvent parmi nous."

Ce à quoi la population belge doit bien s'attendre à vivre, c'est un sentiment renforcé d'insécurité, une demande politique pour plus de répressions et des tensions entre les différentes communautés. Des réactions vécues après les attentats de Londres et de Madrid. "Soudainement, le monde extérieur devient très menaçant, mais nous ne pouvons pas éviter le danger. Nous ne pouvons pas éviter de prendre le métro ou l'avion", commente-t-il.

Occuper l'espace public

Entretemps, il est aussi important d'occuper l'espace public en organisant des marches silencieuses, des hommages aux victimes ainsi qu'en continuant à vivre normalement, en se rendant aux activités prévues avant les attentats. "Un an après l'attentat de Boston, le marathon a bien eu lieu. A Londres et à Madrid, les gares ont vite repris du service. Exprimer et ressentir ensemble sa solidarité est une des conditions pour retrouver la confiance et regagner l'espace public. C'est ce qui se passe pour le moment à la Bourse. Après un petit temps, le sentiment d'insécurité est relégué à l'arrière-plan ", explique Marc Hooghe.

La confiance entre les musulmans et les non-musulmans va bel et bien s'éroder même si cela peut être éviter est d'avis le sociologue. "Si ces groupes choisissent de ne pas se crisper dans une attitude offensive et si les politiques n'encouragent pas cette attitude, cela devrait ne pas arriver."

C'est également l'avis des psychologues de la KUL Bram Vervliet et Dirk Hermans: "Chaque citoyen et homme et femme politiques est maintenant devant ce choix. Il peut aller dans les deux sens", déclare le professeur Vervliet. Et cela est aussi valable pour les effets psychologiques plus profonds. Une personne directement impliquée dans les attaques aura très certainement pendant un petit temps des problèmes psychiques et aura besoin de davantage de soutien. Il est connu que près de 10% des victimes d'un traumatisme direct développent du stress post-traumatique.

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Hermans : "Une thérapie pourra aider ces personnes et aussi savoir que les auteurs des faits sont attrapés et poursuivis. Mais la majorité de la population semble avoir de multiples ressources et peut aussi retirer du positif des attentats. L'élan de solidarité est ainsi maintenant plus fort que jamais et cela peut avoir des effets pendant un petit temps".

C'est ce qui ressort aussi de l'étude post 9/11 : après leur impact négatif direct, les attaques ont fait émerger plus de fraternité, plus de bénévolat, de confiance politique, plus de sens citoyen et plus de participation aux enjeux sociétaux. Lueur d'espoir.

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