Olivier Mouton
Olivier Mouton
Journaliste politique au Vif/L'Express
Opinion

15/04/16 à 10:52 - Mise à jour à 11:27

Les attentats de Bruxelles auront été fatals à Jacqueline Galant

La position de la ministre de la Mobilité était devenue intenable: elle démissionne. Enfin, devrait-on dire. Mais sa succession sera un fameux défi et les questions demeurent...

Les attentats de Bruxelles auront été fatals à Jacqueline Galant

Jacqueline Galant, ministre fédérale de la Mobilité © Belga

Jacqueline Galant (MR), ministre fédérale de la Mobilité, a présenté sa démission ce matin au Conseil des ministres restreint. Sa position était devenue intenable : chargée par le responsable de son administration, Laurent Ledoux, pour son incompétence et ses méthodes "dignes de la Gestapo", elle s'est, en outre, enfoncé ces dernières heures dans des approximations d'autant plus graves qu'elles sont liées à un dossier dans lequel il y a eu morts d'hommes et de femmes : la sécurité de l'aéroport de Bruxelles-National.

On attendait cette nouvelle sans l'attendre. Jusqu'ici, malgré des casseroles de plus en plus nombreuses, Galant avait toujours été soutenue par Charles Michel. Cette fois, tant ce dossier explosif risquait de le toucher lui-même, le Premier ministre a fini par la lâcher. Les attentats de Paris avaient sauvé la ministre alors qu'elle était déjà au bord de la démission, pour sa gestion calamiteuse du dossier Clifford-Chance. Les attentats de Bruxelles lui auront été fatals.

Sa démission intervient alors qu'elle était convoquée au parlement cet après-midi pour une audition qui s'annonçait explosive en commission des Infrastructures. La ministre a gardé des rapports critiques de la Commission européenne sous le coude et négligé des recommandations émanant de son administration pour investir davantage dans la sécurisation de l'aéroport. Nul ne pourra prétendre que cela aurait empêché les attaques du 22 mars, mais le fait même de se poser la question est, en soi, d'une gravité exceptionnelle. Certaines familles des victimes néerlandaises ont annoncé qu'elles porteraient plainte contre les manquements à cet égard, voilà pour elles des arguments de poids.

Le pas de côté fait par la ministre ne résoudra pas tout. Le gouvernement et son Premier ministre resteront interpellés par l'opposition au sujet de ces dysfonctionnements majeurs. La commission d'enquête parlementaire, qui va entamer ses travaux, voit chaque jour sa barque chargée de nouveaux dossiers sensibles. Elle promet d'être explosive.

Quant au MR, il doit maintenant trouver quelqu'un pour succéder à cette "ministre-catastrophe" pour une mission de Casque bleu. L'ambiance délétère entre le cabinet ministériel et l'administration a atteint des sommets. Quant aux dossiers, tous plus sensibles les uns que les autres, ils n'ont pratiquement pas avancé en un an et demi : réforme de la SNCB, service minimum, RER, survol de Bruxelles et, in fine, sécurisation des lieux publics liés à la mobilité.

Jacqueline Galant démissionne parce qu'elle a failli dans le dossier qui était le plus sensible et le plus emblématique pour cette majorité : la sécurité. Gageons que cela laissera des traces profondes.

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