Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

30/07/10 à 09:16 - Mise à jour à 09:16

Le vol hasardeux d'Elio

Tel Icare, Di Rupo finira-t-il par se brûler les ailes ?

Le vol hasardeux d'Elio

Par Christine laurent
C'est tout à son honneur, il refuse la langue de bois. Dans l'interview exclusive qu'il a accordée au Vif/L'Express cette semaine, il hausse le ton. Coups de gueule, coups de boule, il parle vrai, brutal, abrupt. MR, PS, N-VA... Daniel Ducarme n'épargne personne et refuse de s'en laisser conter.

Trop pro, trop expérimenté, on ne la lui fait plus. Les vérités, ses vérités, tombent dru, aussi sec qu'un claquement de fouet. Morceaux choisis : "Le cadre belge n'existe plus. Le mouvement est irréversible. (...) Je vois une espèce d'agenda commun aux nationalistes flamands et aux socialistes wallons autour d'un point d'analyse: l'approfondissement des pouvoirs aux Régions. Je crains que ce ne soit (...) une entreprise de destruction larvée du pays (...) Toutes les boîtes de Pandore semblent s'ouvrir les unes après les autres (...) Les Bruxellois deviennent les petits poucets du socialisme francophone (...) Où est le front des francophones dans tout cela ? Un mythe. Il n'y a rien de plus persistant que la mythologie..." Di Rupo appréciera.

Certes, Ducarme n'est pas un tendre ; et en politique, au-delà de son appartenance au MR, ce n'est pas un bleu non plus. En fin connaisseur de l'arène et de ses coulisses, rien ne lui échappe. Et la haute voltige à laquelle se livre actuellement le préformateur pour tenter de trouver des majorités à géométrie variable lui donnerait plutôt des sueurs froides. De fait, bien malin celui qui, aujourd'hui, pourrait avancer la moindre certitude sur la mise en place rapide d'un gouvernement, tant la réalité est d'une complexité infinie et les acteurs embrouillés. Ainsi cette valse-hésitation des Ecolos et des Groen ! pour rejoindre la N-VA, le PS, le CD&V, le CDH, et le SP-A autour d'un accord institutionnel. Que de mystères, que de tergiversations ! Jamais sans Groen ! clamait Jean-Michel Javaux dans toutes les gazettes et les micros.

Et comme la N-VA ne voulait pas de Groen ! pas de participation ! CQFD. Pure loyauté ou peur bleue de s'embarquer dans le détricotage du pays, une opération à haut risque, après la déconfiture aux dernières législatives ? Moins un tiers des suffrages entre 2009 et 2010, ça compte. Hélas, hélas pour Ecolo, les voix envolées ont pris un aller simple en direction du PS qu'elles avaient quitté suite aux affaires douteuses de 2009.

Dur, dur, le rattrapage ! Et à l'heure où notre pays vit des moments historiques, que penser du repli frileux, de la stratégie timorée d'un parti qui veut "faire de la politique autrement" ? Où est passé le panache affiché hier ? S'emparer du pouvoir, surtout en période de crise, pour tenter d'apporter des solutions innovantes, originales, quoi de plus légitime, pourtant, quand on est ambitieux ? "On en a assez des pressions", déclarait exaspérée Isabelle Durant, l'ex-présidente d'Ecolo, au Soir la semaine dernière. Quel enthousiasme !

Et que dire du déficit budgétaire, celui-là même qui va nous demander à tous, les experts sont formels, de si grands sacrifices ? Pas moins de 25 milliards d'économies à trouver pour 2015, une paille ! On cherche, on scrute, toujours pas l'ombre d'un Ecolo-Groen ! à l'horizon. C'est simple, le tandem a été clairement écarté. Manque d'expérience ? Absence de programme crédible ? Transparence, bonne gouvernance, plans verts... Aucun doute possible, les Ecolo-Groen ! ne sont pas souhaités au fédéral, même pas sur un modeste strapontin.

Un MR dans les limbes, des verts craintifs, un CDH définitivement accroché aux basques du PS, mais dont la présidente n'a pas dit son dernier "nee", quel attelage ! Il en faudra de l'imagination, de la malignité, du sens politique, de la diplomatie, de la créativité au préformateur pour concilier l'inconciliable. Et la partie ne fait que commencer. Tel Icare, Di Rupo s'y brûlera-t-il les ailes ? Peut-être. Mais au moins aura-t-il osé s'y frotter. Tout ça pour un fauteuil boiteux et déjà bradé au 16 rue de la Loi !

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