Le supérieur selon Marcourt fâche le réseau catholique

10/12/12 à 15:37 - Mise à jour à 15:37

Source: Le Vif

On savait que la réforme du paysage de l'enseignement supérieur était un foyer potentiel d'incendie. Illustration : des hautes écoles sont inquiètes, et en colère. Elles estiment que l'avant-projet de Jean-Claude Marcourt fait la part belle aux universités. Il n'y a rien là de bien neuf, en réalité.

Le supérieur selon Marcourt fâche le réseau catholique

© Image Globe

Les universités et les hautes écoles ont longtemps vécu dans leur coin. Marie-Dominique Simonet (CDH), quand elle occupait le poste de Jean-Claude Marcourt, avait tenté de stimuler des synergies, des fusions, en suivant le processus de Bologne. A l'inverse de ce que propose son collègue PS, les synergies se sont faites sur une base confessionnelle - les trois Académies (UCL, ULB, ULg) - : le catholique avec le catholique, l'officiel avec l'officiel...

Or, c'est un constat d'échec : dès le départ, "on a réfléchi en réseaux laïques-catholiques, au lieu d'appliquer une logique géographique mais surtout compétitive, face à un univers de compétition mondiale", dénonçait déjà un professeur de... l'UCL. "Nous sommes aujourd'hui prisonniers des trois académies et il est temps de sortir de cette situation de "No man's land". La réforme doit aboutir rapidement", poursuit Yves Poulet, recteur de l'Université de Namur.

Que propose Jean-Claude Marcourt ?

Une espèce de révolution : passer justement d'une logique confessionnelle à une logique géographique, basée sur cinq pôles. Jean-Claude Marcourt casse les vieux schémas, et doit affronter essentiellement l'opposition du réseau catholique. Ainsi, dans son avant-projet, chaque pôle regroupe université, hautes écoles, école supérieur des arts d'un périmètre géographique. Ces pôles sont centrés sur l'ULB, l'UCL, l'ULg, l'UMons et l'Université de Namur (ex-FUNDP). Toutes les universités, sauf l'UCL, sont derrière Jean-Claude Marcourt. L'UCL est donc isolée, mais toutefois soutenue par le CDH.

Qu'est-ce qui bloque ?

L'UCL s'oppose à la logique géographique, car elle craint que la réforme Marcourt freine son développement. Détail piquant : hier, sous la houlette de Marie-Dominique Simonet, où primait une logique confessionnelle, on craignait un autre scénario : celui de voir émerger une UCL toute puissante, hégémonique, offrant un éventail complet de formations supérieures sur des campus couvrant tout Bruxelles (son site à Woluwe-Saint-Pierre) et la Wallonie (Louvain-la-Neuve), concurrencée par deux ou trois universités régionales (ULB, ULg et UMons).

Mais il n'y a pas que l'UCL qui ne digère pas l'avant-projet de décret Marcourt. Des hautes écoles gravitant autour de l'UCL critiquent, elles aussi, le futur décret. Elles affirment que, jusqu'ici, Jean-Claude Marcourt ne prête l'oreille qu'aux recteurs d'universités, qu'elles ne sont pas été entendues, laissées sur le carreau. Bref, elles s'estiment lésées.

Chez nous, les hautes écoles forment, en fait, la grande majorité des étudiants : 70 % de nos jeunes sortent diplômés d'un bachelor décroché dans une haute école. Parmi elles, certaines délivrent des cycles longs et octroient alors un grade académique. Ainsi Saint-Louis, Ihecs, Isti ou encore celles qui forment aux hautes études commerciales. Or, le texte actuel prévoit "qu'à l'intérieur de chaque zone géographique, l'unique université de la zone, ou celle qui est la plus importante, joue le rôle de référent". En d'autres termes, les masters (pour rappel, les ex-licences) risqueraient de tomber dans le giron exclusif des universités.

Pour une partie des hautes écoles, ce scénario est inacceptable. C'est, à leurs yeux, la remise en question de leur identité : leur construction, leur place, leur valeur ajoutée et leur autonomie.

A côté du combat idéologique, les hautes écoles craignaient le pire. Sous Marie-Dominique Simonet, elles se voyaient alors sur le carreau. Et dénonçaient déjà, qu'en poussant à la fusion hautes écoles qui octroient un grade académique, avec les universités, on encourageait le transfert de toute formation de type long vers l'université, et on reléguerait le type court professionnalisant aux hautes écoles.

Rien de bien neuf, et une impression réelle de temps perdu, non ?

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