"Le succès du simplisme de Bart De Wever"

28/11/12 à 11:26 - Mise à jour à 11:26

Source: Le Vif

Dans une grande interview croisée à Knack Louis Tobback et Jean-Luc Dehaene donnent leur avis sur "le simplisme de la N-VA" et" la créativité de Di Rupo".

"Le succès du simplisme de Bart De Wever"

© Danîl Geeraerts

Messieurs, n'êtes-vous pas d'avis que les moeurs se détériorent ? Pas seulement parmi les hommes politiques, mais aussi parmi les syndicats et les employeurs. Voyez les coups de griffe à l'encontre du "marxiste" Elio Di Rupo.

Dehaene: Cette évolution m'inquiète. J'ai ressenti ça pour la première fois dans le monde médical et juridique. Dans les années soixante nous parlions déjà de "polars" : des gens très forts dans leur profession, mais qui en dehors de leur spécialité ne sont pas capables de tenir autre chose que des conversations de café . Beaucoup de dirigeants d'entreprises sont des cracks économiques, mais ils ont de plus en plus tendance à écouter des messages simplistes. Je suis un peu étonné du succès de Bart De Wever. Qu'est-ce que De Wever a fait d'autre que reprendre le message de Filip De Winter et y remplacer "étrangers" par" Wallons" ? Et en plus, il réduit " Wallons" à "PS".

Tobback: A l'époque la droite était plus raisonnable. Prenez la critique sur le budget la semaine passée. D'abord, j'entends cet imbécile de Ben Weyts à la radio : "Nous sommes devenus des communistes. Nous ne pouvons plus décider ce qu'on paie à notre personnel. " C'est Sarah Weyts ou Ben Palin ?"

Monsieur Tobback, une fois vous décrivez Bart De Wever comme "l'homme politique le plus doué de sa génération", une autre fois vous citez Shakespeare : "Attention aux hommes maigres".

Tobback : Tout homme politique connaît l'usure, s'il n'a pas sombré dans la bêtise avant. La question est : quand l'impossibilité de l'histoire de Bart De Wever sera-t-elle démontrée? Et quand les médias lèveront-ils son état de grâce ?

Vous laissez à Elio Di Rupo le bénéfice du doute. Vous dites que lui au moins a formé un gouvernement.

Dehaene : Je juge Di Rupo positivement. Il est très intelligent, mais je n'oserais pas dire qu'il soit tout aussi créatif. Ses antécédents scientifiques le poussent à déchiffrer chaque détail d'un texte avant de le sortir. Sa méthode me rappelle celle de Wilfried Martens. Mais Martens a fait en sorte qu'il y ait une stabilité politique dans les années quatre-vingt. Même André Leysen a dit un jour : "Je préfère que le gouvernement ne fasse pas ce que je veux, du moment qu'il persévère dans ce qu'il fait et ne change pas d'avis toutes les cinq minutes. "

Tobback : On peut polémiquer sur sa méthode, même sur son résultat, mais quand Di Rupo a pris l'affaire en main la situation politique était en train de dégénérer et menaçait même de devenir catastrophique. En effet, il ne faut pas sous-estimer Di Rupo : à cause de ce qui lui est arrivé dans la vie, cet homme a développé un entêtement et une détermination incroyable.

WP

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