Renaud Duquesne
Renaud Duquesne
Avocat à Marche-en-Famenne
Opinion

24/06/15 à 10:15 - Mise à jour à 10:15

Le stade fantôme

La Région bruxelloise et la Ville de Bruxelles ont pris l'engagement à maintes reprises de construire le nouveau stade national sans que des fonds publics ne soient utilisés.

Le stade fantôme

/ © DR

Il est censé remplacer le stade Roi Baudouin. Il doit être le stade de tous comme son nom l'indique. Ces exigences sont-elles remplies ? La question mérite qu'on s'y attarde attentivement.

La Ville de Bruxelles, la Région bruxelloise et le consortium Ghelamco/BAM veulent construire un stade de 60 000 places pour fin juillet 2019.

Le coût annoncé est de quelque 300 millions d'euros. Le tout serait financé exclusivement par le privé.

Un regard avisé devrait relever que cette assertion est mise à mal par le montage financier envisagé.

Pour construire un stade, il faut un terrain. Il est prévu que celui-ci soit cédé gratuitement par la Région flamande.

Dès lors le parking existant devra être reconstruit ailleurs sur des fonds publics. En outre il faudra aussi aménager les infrastructures autour du stade, les voies d'accès et prolonger la ligne de métro jusqu'au bout du plateau du Heysel où se situera le stade.

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Une grande partie des investissements du stade national sera faite par des Bruxellois en terre flamande. Ah si on pouvait espérer l'inverse. Rien n'est moins sûr

Dont coût une somme approximative de 500 millions d'euros. À charge, non pas, du privé, mais bien de la collectivité bruxelloise.

Le comble de l'histoire est que cet investissement sera fait par des Bruxellois en terre flamande. Ah si on pouvait espérer l'inverse. Rien n'est moins sûr.

Il l'est encore moins que les autorités flamandes délivrent les permis de construire et de bâtir. On peut rêver au nom du fédéralisme de coopération, mais la NVA guette.

Un stade national sur le territoire flamand, voilà pour eux les indépendantistes acharnés une merveilleuse occasion de mettre à mal l'unité de notre pays.

Mais continuons notre devoir d'introspection.

Ce stade national sera occupé par le Sporting d'Anderlecht moyennant le paiement d'une location annuelle.

Dans un ensemble touchant tant les responsables politiques que sportifs n'ont pas voulu dévoiler le montant dudit loyer.

Mais pourquoi donc un tel secret ?

Aurait-on fait des cadeaux financiers au Sporting d'Anderlecht avec de l'argent public ?

À ne rien dire, on pourrait se poser la question.

L'étonnement va grandissant quand on apprend que la Ville de Bruxelles va payer une redevance de 4 millions d'euros par an pour les frais de fonctionnement du Stade.

On pourrait nous opposer que tel était déjà le cas par le passé pour le stade Roi Baudouin. Mais cet argument ne résiste pas à l'analyse, car le Sporting d'Anderlecht n'a jamais joué au stade Roi Baudouin par le passé.

Dès lors la Ville de Bruxelles n'interviendrait-elle pas par ce biais dans les frais de location du stade ? Cette thèse n'est pas idiote vu que le secret est gardé quant au montant de ladite location.

N'oublions pas que ce stade national est entre autres construit pour un des prochains "Euro" de football.

En effet il a été décidé par l'UEFA que dans un proche avenir les prochains "Euro" de football se dérouleraient dans plusieurs pays et qu'un stade serait choisi dans chacun d'entre eux.

N'est-ce pas là une distorsion de la concurrence avec les autres clubs ?

Par le passé quand l'"Euro" de football se déroulait dans un seul pays, plusieurs stades étaient rénovés de telle sorte que l'équité sportive était respectée les clubs étant subventionnés équitablement.

Le droit européen impose des règles très strictes en matière d'aide d'état.

La commission européenne par une décision du 22 novembre 2014 a autorisé les régions flamandes et bruxelloises à aider à certaines conditions les clubs de football de divisions 1 et 2.

L'aide maximale est plafonnée à 10 % de l'investissement avec un maximum de 2,5 millions d'euros.

Ce carcan est-il bien respecté ?

Combien vaut le terrain qui est donné pour la construction du stade ?

Les infrastructures connexes qui doivent être construites et qui serviront au club d'Anderlecht respectent-elles les canevas financiers ?

Et qu'en est-il de la subvention de 4 millions par an ?

La sécurité juridique imposerait que des vérifications approfondies soient faites en corrélation avec l'Union européenne.

Elle exige également que les aides apportées pour la construction d'un stade permettent le caractère multifonctionnel de celui-ci.

On vient d'apprendre que les responsables du mémorial Van Damme sont prêts à quitter la Belgique vu que le nouveau stade ne prévoit pas d'emplacement pour une piste d'athlétisme.

Ce stade est il vraiment multifonctionnel et encore plus reste-t-il national ?

Et que va faire le Sporting d'Anderlecht de son ancien stade le Parc Astrid ?

Qui en est propriétaire et qui va bénéficier du prix de sa vente ? Que va-t-on en faire ? Restera-t-il à disposition du Sporting d'Anderlecht ou sera-t-il reconverti ? Et si oui, avec quels deniers ?

Nous voilà confrontés à de nombreuses incertitudes.

Manifestement les instigateurs du projet entretiennent volontairement la confusion existant entre la construction d'un stade national et sa mise à disposition du Sporting d'Anderlecht pour duper les conseillers communaux, les parlementaires, les médias et le public.

C'est très habile. Comment s'opposer dans son principe à la construction d'un stade national vu les succès des Diables Rouges et l'adhésion qu'ils suscitent. S'y opposer serait un crime de lèse-majesté.

Nous avons tous le devoir d'exercer notre esprit critique et d'exiger des réponses aux nombreuses incertitudes qui planent sur le projet.

Nous sommes beaucoup à être des supporters. Le football c'est l'occasion de se détendre et de supporter parfois avec une certaine mauvaise foi notre club. Mais ici, c'est du Football en général dont il est question. Il faut prendre de la hauteur qui plus est en ces temps généralisés de suspicion vis-à-vis des instances mondiales du football.

Est-il judicieux par ces temps de crise de construire un nouveau stade dans de pareilles conditions alors que le stade roi Baudouin pourrait être rénové à moindre prix et rester un vrai stade national ?

Ce nouveau stade apparaît plus comme un fantôme qui effraie et ne fédère pas.

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